Lolo – Julie Delpy

Lolo

Synopsis: En Thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori. 

Avec cette comédie sur les couples improbables et le complexe d’Oedipe, Julie Delpy nous offre un film bien plus dynamique et audacieux que les autres films français de ce registre.

Julie Delpy apporte à cette comédie certaines des obsessions habituelles de ses personnages (le sexe, le bavardage, l’hypocondrie). Les personnages sont tous assez décomplexés et dotés d’une certaine auto-dérision cela donne donc des dialogues très savoureux. La liberté de ton dans les discussions mère-fils est également rafraîchissante.

Une fois les présentations passées, le film adopte un rythme assez classique fait de quiproquos, de gros mensonges et de manipulations. Tous les gags ne font pas mouche mais j’ai souvent souri. La surprise vient de l’importance croissante d’Eloi (excellent Vincent Lacoste) en post-ado presque démoniaque. Et Violette qui ne cesse de se moquer de la naïveté de Jean-René est peut être elle même plus crédule qu’elle n’en a l’air.

La fin est très réussie, tout en restant dans la comédie, le film désamorce des conflits anciens et douloureux.

Bonus:

Le-Skylab

Après avoir vu Lolo, j’ai eu envie de voir un autre film « très français » de la réalisatrice Le Skylab sorti en 2011. Il s’agit d’une chronique d’un weekend en famille durant l’été 1979. Tout y est les jeux et rivalités entre les enfants, l’oncle fachos, les vieux qui perdent la tête. Les acteurs sont excellents. Tout sonne très juste mais il ne se passe strictement rien.

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Le temps des aveux – Régis Wargnier

Le-Temps-des-aveux

Synopsis: Cambodge, 1971. Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Douch, le jeune chef du camp, de son innocence. 

Régis Wargnier connaît bien l’Asie, il a par exemple réalisé le film Indochine Oscar du meilleur film étranger en 1992. Ce film nous montre les débuts de la révolution des Khmers et exclut tout idéalisme du début. En effet, pour asseoir leur autorité les révolutionnaires multiplient les procès expéditifs et les interrogatoires sous la torture. Au total on estime le nombre de victimes à 1,7 millions de personnes!

François Bizot est un scientifique parfaitement intégré au Cambodge, il a même épousé une Cambodgienne. Sa place est donc là-bas malgré les débuts de révolution. En s’aventurant dans une zone occupée par les révolutionnaires il est pris en otage. Malgré cette situation difficile il semble bénéficier d’un traitement de faveur de la part de Douch qui sera l’un des chefs des Khmers rouges. Il pourra aussi compter sur le consul de France incarné par Olivier Gourmet décidément très à l’aise dans les rôles d’homme d’État (L’exercice de l’Etat, L’affaire SK1).

Je ne vous en dévoilerai pas plus sur l’intrigue. Raphaël Personnaz est très bon dans ce rôle de scientifique et père de famille plongé dans une situation extrême. Le film s’appuie énormément sur les dialogues qui alternent le français, l’anglais et la langue locale car il s’agit pour Douch de défendre le « bien fondé » de sa politique de répression et pour François de revendiquer son innocence. Les évènements se précipiteront ensuite donnant l’impression d’assister à l’Histoire en marche.   Le vieillissement des acteurs pour certaines scènes est en revanche lourd comme souvent.

Il s’agit donc d’un film très instructif sur une petite partie des déchirements qu’a engendré la révolution des khmers rouges.

Anna Karénine – Clarence Brown (1935)

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Attention cet article contient des spoilers! 

Ce film est l’une des nombreuses adaptations d’Anna Karénine le sublime roman de Léon Tolstoï. J’en parle relativement peu sur mon blog mais il s’agit de mon roman préféré, celui dont je relis parfois de longs passages pour en savourer les descriptions tellement justes et touchantes. J’essaye également de voir les nombreuses adaptations, en janvier 2014, je parlais d’une des plus récentes: une coproduction TV européenne.

Cette fois j’ai testé une adaptation des années 1930 avec Greta Garbo. Chose rare, l’actrice suédoise avait déjà interprété le même rôle dans Love en 1927. Elle interprète très bien une certaine gravité chez Anna comme si elle portait le malheur en elle, jamais repentante elle fait preuve de fierté avant de céder au désespoir. Les autres acteurs correspondent également très bien à leurs personnages.

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En revanche, il s’agit d’un film très court (1h30), le couple Kitty-Lévine est quasiment absent comme dans plusieurs autres adaptations. L’intrigue se déroule à une grande vitesse, Anna n’a pas d’enfant avec Vronski dans cette version. Pourtant les différentes étapes de leur relation sont bien présentées notamment la lassitude de vivre en marge de la société et les tensions croissantes entre elle et Lévine.

La fin est plus développée ce qui la rend très émouvante. La dernière visite d’Anna à Stiva et Dolly est pleine de doubles sens, il s’agit de véritables adieux de la part d’Anna, ce que Dolly ressent. La tristesse de Lévine suite au suicide d’Anna est également bien montrée et fidèle au roman.

Il s’agit donc d’une adaptation élégante qui transcrit bien l’aspect tragique de cette histoire.

Seul sur Mars – Ridley Scott

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Synopsis: Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Chronique: J’ai beaucoup apprécié ce film qui pourrait être un Spin-Off de Interstellar dont il emprunte deux acteurs: Matt Damon et Jessica Chastain. Il n’est cependant pas exempt de quelques défauts typiquement américains.

L’épopée de Mark est spectaculaire, ponctuée de rebondissements et de difficultés qui mettent à l’épreuve son inventivité et celle des équipes au sol. L’ensemble est assez ludique on assiste par exemple à différentes tentatives de « créer » de l’eau. Le tout est parsemé d’humour et de multiples références à la pop-culture. Je n’ai jamais trouvé le temps long, il s’agit d’un blockbuster qui s’assume et dans lequel on trouve de nombreux codes ou lieux communs de ce genre de films.

Tout d’abord le personnage principal représente tout ce qu’il y a de plus américain, inventif il ne se laisse jamais abattre par aucun problème et ne connaît aucune période de déprime ou d’apathie. Il prend chacun de ses échecs avec autodérision. J’ai trouvé que sa psychologie n’était pas très crédible pour une personne coincée sur Mars pendant une aussi longue période. Je pense même que les aléas psychologiques du personnage auraient pu constituer le coeur de l’intrigue mais ce n’est évidemment pas le cas ici.

Un hommage à la NASA?

Les personnages secondaires sont nombreux, ils sont traités avec un grand respect et une certaine tendresse notamment les Geeks! Le personnage de Mitch Handerson incarné par Sean Bean est un ancien astronaute qui sait quand il faut désobéir aux ordres et faire confiance à l’instinct des équipages. Ce traitement positif de chaque personnage permet indirectement de souligner la rigidité du fonctionnement de la NASA en tant qu’institution et l’importance d’obtenir le soutien de l’opinion publique.

Le film comporte également des incohérences scientifiques qui ont été expliquées dans de nombreux articles sur internet, je vous met d’ailleurs le lien vers l’un de ces décryptages mais attention il contient des spoilers.

Il s’agit donc d’un film grand spectacle que j’ai beaucoup apprécié, il est assez euphorisant car il offre beaucoup de rebondissements et autant de réponses héroïques. Il contient cependant tous les poncifs des blockbuster américains.

Les filles de l’ouragan – Joyce Maynard

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Résumé: Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche.

Chronique: Ce roman de Joyce Maynard nous présente alternativement la vie de deux filles nées un 4 juillet dans le New-Hampshire des années 1950. Je ne vous dévoilerai pas les liens « secrets » qui les lient mais je pense qu’au bout de dix pages vous aurez deviné. Ce n’est pas un roman à suspens ni une fresque qui se voudrait exhaustive sur les femmes américaines nées dans les 1950’s.

Au contraire, Joyce Maynard s’applique à décrire et analyser les personnalités de ces deux femmes fortes qui ne sont que faiblement influencées par leurs familles. Ruth, ma préférée semble être inspirée de la propre vie de l’auteure. Elle ressent une très forte attirance pour l’art et vivra une histoire d’amour intense au Canada, sans doute inspiré de son aventure avec J.D Salinger. Dana, elle économise dès ses années de collège pour s’offrir des études d’agronomie. Sa vie privée est plus audacieuse pour l’époque.

On ressent beaucoup de solitude chez ces deux héroïnes souvent incomprises et qui font le choix de n’avoir que très peu d’amis.  Joyce Maynard souligne également l’importance des racines et de la terre aux Etats-Unis ce qui est un thème assez peu évoqué habituellement surtout du point de vue des filles.

À travers les destins de ces deux femmes, se dessinent les portraits très touchants de deux hommes charismatiques. Le premier est Edwin le père de Ruth: homme de la terre, fier de ses filles en toutes circonstances et qui se révèle assez surprenant. L’autre est Ray, jeune homme rêveur et fragile avec qui Ruth se sentira en connexion.

Il s’agit donc d’un roman qui décrit avec douceur et par petites touches les destins de deux femmes déterminées et assez incomprises. C’est belle lecture même si il manque peut être un petit quelque chose qui aurait rendu le livre plus difficile à refermer.

Quartier lointain – Sam Garbarski

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Synopsis: Thomas, la cinquantaine, père de famille, arrive par hasard dans la ville de son enfance. Pris d’un malaise, il se réveille quarante ans plus tôt, dans son corps d’adolescent. Projeté dans le passé, il va non seulement revivre son premier amour, mais aussi chercher à comprendre les raisons du mystérieux départ de son père. Mais peut-on modifier son passé en le revivant ?

Chronique: Il s’agit d’une adaptation du cultissime manga du même nom de Jiro Taniguchi, on pourrait même parler de transposition car dans ce film, Thomas revient dans une petite ville de Rhône-Alpes des années 1960. Il n’est donc plus du tout question de Japon.

L’ensemble du film est baigné dans une atmosphère un peu irréelle, les couleurs sont très pures et très belles mais à l’image du personnage principal on se demande quand ce « rêve » va s’arrêter. La musique de Air apporte encore un peu de rêverie et s’adapte parfaitement à l’état d’esprit du personnage. Le « jeune » Thomas est dans un état très particulier puisqu’en plus d’avoir voyagé dans le temps, il se retrouve dans les jours qui précèdent la disparition de son père.

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Les personnages semblent en lévitation devant le lac vous ne trouvez pas?

En effet, ce dernier se donne la responsabilité de tenter de comprendre ce père taiseux et de l’empêcher d’abandonner sa famille. Il mène donc son enquête.

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Le contexte familial est pesant même si Thomas tente de profiter davantage des moments passés avec ses parents et sa petite soeur. Il faut dire qu’il s’agit d’une période durant laquelle les échanges entre parents et enfants étaient différents. Il veut à tout prix faire sourire sa mère, une très belle femme dévouée à sa famille mais qui porte une profonde tristesse en elle.

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Même durant cette période, Thomas connait aussi son premier amour et replonge dans la période de la conquête spatiale, des juke-box et des sorties au bord du lac.

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L’enjeu familial de ce « voyage dans le temps » offre donc une grande force émotionnelle à ce film et le rend bien plus intéressant que d’autres films qui ont le même ressort scénaristique.

L’homme irrationnel – Woody Allen

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Synopsis: Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme qui a perdu toute joie de vivre. Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame 2 liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie.

Chronique: Pour la première fois depuis To Rome with love j’ai été déçue par Woody Allen. Seul le dernier quart d’heure sauve ce film très répétitif dans la filmographie du New-Yorkais.

Le réalisateur parvient à installer rapidement sa petite musique, le professeur de philosophie pessimiste (excellent Joaquin Phoenix) n’est plus qu’une épave. Mais par sa réputation et son « charisme » il magnétise deux femmes d’âge différent, une collègue et une étudiante: deux clichés évidemment.  Ses longs monologues sur ses tentatives de sauver le monde et ses articles universitaires sont ridicules et comiques mais Jill (Emma Stone) boit ses paroles. Ce badinage entre bourgeois de la côte Est n’est pas désagréable mais l’ennui guette…

Crime et sentiments

Woody Allen nous sort alors un rebondissement de son chapeau. Je ne vous en dirai pas plus mais ceux qui ont lu Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski ou qui ont vu Match Point auront un sentiment de déjà vu et l’impression de prédire ce qui va se passer avec une dizaine de minutes d’avance. Le tout est rythmé par une musique jazzy dansante qui ne fait qu’augmenter la confusion des genres et donne un aspect patchwork à ce film.

Heureusement que le film est sauvé par certaines évolutions des personnages, Jill se révèle plus maligne que prévu et le philosophe devra descendre de son piédestal.  Que faut t’il conclure de ce film poussif? Que la théorie et la vraie vie ne sont pas du tout une même chose? Qu’il y a plusieurs moyens de trouver un sens à sa vie? Que nos vies peuvent basculer à cause du hasard? Rien de transcendant ni de nouveau.