La terre qui penche – Carole Martinez

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Résumé: Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.

J’ai acheté ce roman au Livre sur la place de Nancy car je suis totalement fan de cette auteure, je trouve son écriture très poétique et très originale dans la littérature contemporaine française qui a tendance parfois à avoir un style quasi-journalistique.

Je n’ai pas été déçue! Ce roman pourrait être un conte médiéval voire une très longue chanson populaire. À travers un contexte historique assez peu détaillé, Carole Martinez dresse le portrait d’une jeune adolescente qui découvre la féminité, l’amour mais aussi l’écriture.

Une passion du récit 

Blanche est la fille d’un seigneur qui sait très peu de choses sur les circonstances de sa naissance et cela l’intrigue. Ce thème constitue l’un des fils conducteurs du récit, elle n’aura de cesse de poser des questions à toutes les personnes qu’elle rencontre un peu comme dans un récit picaresque. Les personnalités qui l’entourent sont toutes assez originales et intéressantes notamment son promis Aymon qui est une sorte de « débile » très attaché à la nature, le père de celui-ci doté d’un amour paternel qui semble totalement anachronique ou encore la Loue qui se personnifie occasionnellement en Bérengère la grande verte du Domaine des murmures.

 Carole Martinez alterne le récit enthousiaste de la jeune Blanche et celui plus pondéré de la vieille âme mais elle insère également des chansons et des poèmes. Elle fait de ce roman un véritable exercice de style où se mêlent joutes épiques, amours impossibles et surnaturel (les fantômes ne sont jamais loin).

Il s’agit donc d’un très beau roman qui se savoure lentement, à la fois conte et poème géant.

Lecture commune avec les copinautes Fanny et Fanny.

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Perfect sense – David Mackensie

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Synopsis: Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

J’ai revu récemment ce petit film assez méconnu qui date de 2011. Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux êtres solitaires et assez peu épanouis mais qui réinventent leurs vies face à l’épidémie qui sévit.

En effet, les êtres humains perdent leurs sens l’un après l’autre. Les deux personnages sont aux premières loges car elle Susan est scientifique, lui Michael est cuisinier donc dépendant des sens pour poursuivre son métier. Cela peut paraître un petit peu didactique mais en réalité le film est original et tout simple dans sa mise en scène.

Ces deux personnes ont du mal à vivre en couple, leur histoire d’amour sera donc une façon de se redécouvrir, se redéfinir et faire preuve de courage. À plus grande échelle, c’est la même chose qui se passe puisque l’humanité doit se redéfinir à chaque perte d’un sens et en cela le scénario est très inventif et va au bout de son idée de départ.

Les deux acteurs sont excellents, Erwan McGregor joue un « beau salaud » assez éloigné de ses rôles de jeune premier et Eva Green poursuit son exploration de rôles difficiles. Le tout est enrobé dans des réflexions plus ou bien philosophiques sur la beauté du monde qui rappelle les films de Terrence Malick.

Il s’agit donc d’un film très qui questionne la nature humaine. À (re)découvrir de toute urgence!

Spectre – Sam Mendes

Spectre

Synopsis: Un message cryptique surgi du passé entraîne James Bond dans une mission très personnelle à Mexico puis à Rome, où il rencontre Lucia Sciarra, la très belle veuve d’un célèbre criminel. Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre.
Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6, dirigé par M. 

Chronique: Ce nouvel opus reste en partie marqué par l’atmosphère crépusculaire de l’excellent Skyfall. La mort et les morts restent influents, ils sont d’ailleurs mis en scène dans la scène d’ouverture qui se déroule au Mexique. Les vengeances et les comptes à régler restent nombreux. Malheureusement, cela donne surtout la désagréable impression que le scénario se repose sur les acquis de la saga.

À cela vient se greffer une menace plus banale et dans l’air du temps: le nouveau C un technocrate antipathique (Andrew Scott de la série Sherlock) souhaite remplacer les 00 par une surveillance mondiale et permanente ainsi que des drones tant qu’on y est. James Bond va donc devoir mener ses combats avec une logistique et une aide minimes de MoneyPenny et surtout de Q (le trop chou Ben Wishaw). Cette clandestinité et cette faiblesse de moyens rappellent bien sûr Mission Impossible.

Une mise en scène brillante et rétro

Ce scénario peu inspiré et mal ficelé laisse la part belle à la mise en scène et à une certaine nostalgie. En effet, le film se présente presque comme un best of des nombreux épisodes de la saga. Une scène d’action à l’intérieur d’un train type « Orient express » est délicieusement rétro. De façon générale, j’ai adoré les scènes d’actions, Sam Mendes à défaut d’avoir eu la main sur le scénario offre beaucoup de panache à James qui ne semble n’a voir plus rien à perdre. Léa Seydoux est une James Bond Girl forte et assez mystérieuse qui n’a pas encore réglé son Oedipe. Christoph Waltz en revanche n’est pas gâté par le scénario.

Enfin le film souffre de longueurs (2h30!) et la fin est plutôt décevante.  Il s’agit donc d’un épisode qui remplit presque trop scolairement le cahier des charges de la saga et qui a le malheur de succéder à Skyfall.

A Year in England
A Year in England

The Lobster – Yorgos Lanthimos

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Synopsis: Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix.

Chronique: Cette dystopie nous est présentée à travers les mésaventures de David (Colin Farell) un quadragénaire qui semble mou et fatigué par la vie mais qui est tout de même déterminé à trouver une compagne.

On assiste alors à toute une série de scènes qui nous exposent les règles de cet hôtel: emploi du temps, rencontres, punitions en cas d’infractions aux règles…etc. Cela pourrait presque être un jeu si ce n’était aussi cruel. Les tentatives de séduction sont souvent pathétiques et basées sur des points communs très superficiels comme par exemple le fait de saigner du nez. Oui c’est assez absurde. Pourtant, c’est une critique à peine voilé à l’égard des couples qui ne savent parfois même plus ce qu’ils font ensemble. L’aspect vieillot des vêtements féminins et les thés dansants font penser à une critique qui viserait en particulier les couples formés avant « la libération sexuelle ».

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L’enfer c’est les autres 

Ces parades amoureuses sont ponctuées de punitions extrêmement violentes et de comportements étranges. Plusieurs personnages semblent attirés par la violence gratuite. Ils font globalement preuve de peu d’empathie les uns à l’égard des autres. Cela pousse donc David, qui a de toute façon peu de succès auprès des femmes à rejoindre les solitaires. Comme leur nom l’indique ils prônent l’individualisme y compris lorsqu’ils dansent et représentent plutôt les jeunes pour lesquels le couple n’est pas vraiment un but. La mise en scène de cette partie est particulièrement belle, la lumière, la forêt et même les visages sont sublimés notamment celui de Rachel Weisz.

Rachel-Weisz
Certaines scènes sont assez oniriques

S’ouvrira ensuite un troisième acte, qui donnera l’impression q’une autre vie est possible. Cependant, la rébellion de David reste limité, on le sent cerné par les idées prônées dans cette « dictature ». Là où le film devient encore plus inquiétant et pessimiste c’est lorsque les personnages qui se disent « rebelles » peinent à définir leur propre vision du couple et restent finalement prisonniers de cette fameuse dictature du point commun.

Il s’agit donc d’un film passionnant qui paraît parfois extrêmement proche de notre monde mais qui prend également des directions inattendues voire absurdes. Il ne faut pas chercher à tout comprendre ou interpréter.

Miniaturiste – Jessie Burton

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Résumé: Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste.

Derrière cette couverture un peu mystérieuse se cache l’un des best-sellers du moment que j’ai découvert sur la blogosphère. Il s’agit d’une belle histoire puisque l’auteure est une actrice au chômage qui s’est inspiré d’une maison miniature vue dans un musée d’Amsterdam.

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Il s’agit d’un roman initiatique qui reprend le cliché de la jeune fille innocente qui doit s’habituer à la mystérieuse maison de son époux (De Jane Eyre au Crimson Peak c’est un classique de la fiction). L’atmosphère d’Amsterdam ville richissime mais étouffante s’ajoute aux difficultés de Nella.

Devant l’absence du charismatique Johannes, Nella s’intéresse au caractère austère et à l’autorité naturelle de Marin sa belle-soeur au cheveux et aux tenues noirs. Je l’ai imaginé ressemblant à Jessica Chastain dans Crimson Peak (bien que je n’ai pas encore vu ce film). La jeune mariée est également fascinée par la familiarité des deux seuls domestiques dont l’un est un ancien esclave noir.

De nombreuses révélations et des difficultés économiques vont pousser Nella  à surpasser sa timidité et à devenir une véritable femme-forte. Cependant, certains secrets liés aux moeurs de l’époque sont un peu « faciles », on les retrouve régulièrement dans ce types de romans historiques. Il est aisé de condamner l’intolérance de cette société avec notre recul.

Le miniaturiste en revanche apporte beaucoup de mystère et de magie à cette histoire, la maison et ses créations s’intègrent parfaitement dans l’intrigue.

Il s’agit donc d’un assez bon roman historique, qui traite de multiples thèmes « sociaux » et réserve des rebondissements. Cependant j’éprouve une certaine lassitude face à certains de ces sujets « tabous » sous l’Ancien Régime et qui sont devenus des moteurs faciles des fictions historiques. Le roman bénéficie tout de même d’une atmosphère très originale notamment grâce au mystérieux miniaturiste.