Rétrospective littérature 2015

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Je n’ai lu qu’une cinquantaine de livres cette année, ce qui est très modeste pour une blogueuse. L’année a bien commencé car j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour faire partie d’un jury étudiant: Le prix du roman des étudiants France-Culture-Télérama. Si j’ai voté pour Tristesse de la terre j’ai également beaucoup aimé Évariste, L’Amour et les forêts et Échapper.

J’ai poursuivi ma découverte de la littérature britannique notamment à travers Daphné du Maurier dont j’ai enfin lu le célèbre Rebecca.

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Cette année a également été marquée par la littérature américaine. J’ai adoré Oona et Salinger de Frederic Beigbeder un magnifique hommage au monde de la culture américaine des années 1940. J’ai découvert l’écriture haute en couleur de Fannie Flagg (Miss Alabama et ses petits secrets, La dernière réunion des filles de la station service) ainsi que celle plus grave de Joyce Maynard (Les filles de l’ouragan, L’homme de la montagne).

Lors de la rentrée littéraire française j’ai beaucoup aimé La terre qui penche de Carole Martinez, une de mes écrivaines contemporaines préférées et j’ai découvert Agnès Desarthe dont le style est exigeant mais mérite le détour: Ce coeur changeant.

Vous l’aurez remarqué, il y a beaucoup de femmes parmi ces écrivains et j’en suis fière, mais force est de constater que les anglo-saxons ont une sacrée avance à ce niveau. L’an prochain j’aimerais revenir un peu plus aux classiques du XIXe siècle mais les tentations sont très nombreuses en littérature contemporaine.

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Retrospective Cinéma 2015

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J’ai vu 66 films au cinéma ce qui pas mal même si on peut faire mieux bien sûr. Cette année a été plutôt un bon cru. En janvier j’ai été impressionnée par Foxcatcher, à un tel point de je n’en ai même pas fait de chronique. Il s’agit d’une plongée dans la lutte (un sport assez méconnu) ainsi que dans la psychologie d’un milliardaire instable (Steve Carell) et de 2 frères en manque de reconnaissance. La mise en scène est parfaite et glaçante. Ensuite, j’ai adoré Les nouveaux sauvages, film argentin violent, parfois cruel mais toujours jouissif. Du festival de Cannes, je retiens deux films: Youth une réflexion sur la vie, le désir et surtout le temps qui passe confirme le talent de Paolo Sorrentino. Enfin, plus surprenant et dérangeant The Lobster que j’aimerais beaucoup revoir.

D’autres films m’ont plu comme Phoenix, Invincible et American Sniper trois films  qui traitent de manière très différente les ravages psychologiques provoqués par  la guerre. Ex-machina est également un film que je conseille d’autant plus qu’il était à l’affiche dans peu de cinémas. Dans un genre plus classique j’ai aussi beaucoup aimé Imitation Game et Loin de la foule déchaînée mon nouveau film-doudou.

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Côté films français, je suis assez mauvaise langue d’habitude mais cette année plusieurs films m’ont agréablement surprise. Le journal d’une femme de chambre est impressionnant par sa noirceur et la justesse de ses interprétations. L’ombre des femmes, sorte de chassé-croisé amoureux très « film d’auteur » m’a touché par sa simplicité. L’Hermine mêle habilement procès et retrouvailles amoureuses et enfin, Le grand jeu est un film politique comme on aimerait en voir plus souvent.

Bonus: J’ai aussi eu la chance de découvrir quelques chefs d’oeuvre en DVD: Only lovers left alive, Alice ou encore Dans ses yeux.

Il me reste à rattraper les films importants que je n’ai pas encore pu voir de Birdman à Mustang.

Le grand jeu – Nicolas Pariser

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Synopsis; Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger.

Chronique: Voilà un film français rafraîchissant malgré les thèmes assez sombres qu’il aborde. Le réalisateur traite la théorie du complot politique avec intelligence.

Pierre Blum personnage désabusé, a renié ses amis de jeunesse gauchistes et ne parvient pas confirmer son premier et seul succès littéraire. Il est resté ce dandy prometteur et orgueilleux. Cependant, sa situation financière est désastreuse, il squatte une chambre de bonne et accepte donc rapidement d’être l’auteur anonyme d’un appel à l’insurrection, censé à terme, ridiculiser le ministre de l’intérieur. André Dussollier incarne à merveille le commanditaire, un homme politique de l’ombre. Le film s’inspire de l’affaire dite « de Tarnac » qui avait vu des gauchistes accusés de destruction de voies ferroviaires et de…terrorisme.

Une âme romantique

Il ne s’agit pas simplement d’un thriller politique. Le héros est un grand sentimental qui parle de son ex à toutes les phrases et qui fera plus tard la rencontre d’une autre jeune gauchiste interprétée avec Clémence Poesy. Leurs échanges seront aussi poétiques que politiques. Le réalisateur revendique s’être inspirer des romans de Balzac et des écrivains russes de la fin du XIXe, chez lesquels esprit romantique et passion révolutionnaire étaient liés.

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Le scénario est sobre voire simple mais tellement mieux écrit que la plupart des films français. Il joue autant sur une froideur politique que sur la perte des rêves de jeunesse. Qui n’a pas connu un(e) jeune prêt(e) à faire la révolution à 20 ans et fonctionnaire à 30 ans? Sans les juger, le réalisateur traite de ces générations perdues (à partir des années 1980) qui n’ont pas eu droit à leur mai 68.

L’homme de la montagne – Joyce Maynard

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Synopsis: Rachel, 13 ans, et sa sœur Patty, 11 ans, vivent seules avec leur mère en bordure d’une colline broussailleuse, abandonnée aux chats sauvages, aux joggers et aux amoureux en quête de solitude. Leur père adoré, le séduisant et brillant inspecteur Toricelli, qui passe les voir trop rarement à leur goût, va se retrouver chargé de l’enquête qui met San Francisco en ébullition : un sadique agresse et étrangle des jeunes femmes sur la colline où ses deux filles adorent aller jouer. 

Après avoir lu Les filles de l’ouragan je suis définitivement entrée dans une étape Joyce Maynard. Ce roman est un sublime récit d’apprentissage et un très bel hommage à l’amour familial.

Les deux soeurs sont fusionnelles et se créent leur propre monde qui s’accommode largement de la depression de leur mère et de l’absence de leur père. Bien que ne leur rendant que d’irrégulières visites leur père est un demi-dieu d’origine italienne, beau, séduisant et féministe à sa manière. Aucune description ne semble pouvoir lui rendre justice. On pense forcément à Ne tirez sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, les affres de l’adolescence en plus. Néanmoins, au fur et à mesure de l’enquête, à travers différents regards on découvre de nombreuses failles chez ce père adoré.

Avoir 13 ans en 1979 à San Franscico

Le génie de l’écrivaine réside dans sa description de cet âge si particulier. Rachel attend ses règles tout en continuant à jouer et s’inventer des histoires avec sa soeur Patty qui est au fond la seule personne sur qui elle pourra toujours compter. Si elle intègre pour un temps le groupe de filles ultras branchées, et qu’elle « sort » avec un garçon, elle a déjà un regard très critique sur ces jeunes superficiels.

Joyce Maynard analyse aussi le trouble entre vrais/faux souvenirs d’enfance. Visions et amour de la mise en scène se mêlent. Cette histoire de violeur/tueur bouleverse les adolescents qui ne connaissent la sexualité que de façon partielle. Je suis certaine que l’auteure y a intégré beaucoup de souvenirs personnels ce qui me donne envie de découvrir ses oeuvres autobiographiques.

J’ai été moins convaincu par le troisième acte qui met en scène Rachel, devenue adulte et romancière à succès. Je trouve que cela fait perdre un peu de magie et d’émotion à l’ensemble.

« Il m’arriva alors quelque chose d’étrange: une soudaine flambée d’amour pour celle à qui je ne pensais pas souvent- ma propre mère, qu’on pouvait taxer de négligence, mais qui ne me disait jamais comment m’habiller, ne m’emmenez jamais chez la pédicure avec elle, ni n’essayait de me faire embaucher chez les pom pom girls. En ce moment elle devait se trouver à la bibliothèque, cherchant de nouveaux livres d’obscures gourous indiens ou un recueil de poésie de Sylvia Plath. Peu importait d’ailleurs. J’ai compris ce jour là qu’en nous laissant libres de nos choix, ma soeur et moi, elle nous avait fait un grand cadeau. Patty et moi n’appartenions à personne qu’à nous-même. »

La vie très privée de Monsieur Sim – Michel Leclerc

MonsieurSim

Synopsis: Monsieur Sim n’a aucun intérêt. C’est du moins ce qu’il pense de lui-même. Sa femme l’a quitté, son boulot l’a quitté et lorsqu’il part voir son père au fin fond de l’Italie, celui-ci ne prend même pas le temps de déjeuner avec lui. C’est alors qu’il reçoit une proposition inattendue : traverser la France pour vendre des brosses à dents qui vont « révolutionner l’hygiène bucco-dentaire ». Il en profite pour revoir les visages de son enfance, son premier amour, ainsi que sa fille et faire d’étonnantes découvertes qui vont le révéler à lui-même.

Chronique: Adapté d’un roman de Jonathan Coe, ce film m’a surprise et un peu déçue car d’une part il est vendu comme « comique » ce qu’il n’est pas du tout et d’autre part on a du mal saisir quel est le propos exact.

La première scène rappelle celle de Blue Jasmine, Monsieur Sim raconte ses déboires à un homme qui n’a rien demandé. Pendant tout le film, le personnage va rester assez hermétique aux autres et au monde, à la fois détaché et dépressif.

Le film aborde de nombreux thèmes sans qu’il y est de réelle unité ni de progression. On y trouve notamment une description assez pathétique du milieu du travail. Le salarié est censé se féliciter de disposer d’un véhicule neuf et de prendre ses repas dans les cafétérias  de zones commerciales périphériques.

Les malentendus dans la vie privée de Monsieur Sim sont profonds notamment avec son ex-femme et sa fille de 13 ans. Le film approfondit le passé de son père (censé avoir inconsciemment influencer son fils?).

On ne s’ennuie jamais vraiment mais on a bien du mal à saisir l’intérêt du film. D’autant plus que le premier film de Michel Leclerc Le nom des gens était très original et riche d’un message politique. Ici on a tout juste l’impression d’un hommage maladroit rendu aux incompris et aux looseurs (avec notamment l’histoire vraie du navigateur Donald Crowhurst distillée tout au long du récit).

Ce coeur changeant – Agnès Desarthe

Ce coeur changeant

 

Résumé: Née à l’aube du XXe siècle, Rose débarque à Paris à 20 ans et se trouve projetée dans un univers totalement inconnu. L’affaire Dreyfus, puis la guerre de 14 éclatent. Les années folles se succèdent. Les bas-fonds, la vie de bohême, la solitude… Rose risque à tout moment de tomber.

Chronique: J’ai choisi ce roman car comme La terre qui penche, il se détache du courant hyper-réaliste et contemporain de la rentrée littéraire.  L’entrée en matière n’a pas été facile, Agnès Desarthe a style particulier, fait de très longues phrases pour expliquer le passé de Rose mais ma lecture s’est progressivement accéléré.

L’époque du roman est connue pour ses multiples crises (Affaire Dreyfus, antisémitisme, Grande Guerre). On ressent cette forme de crise morale à l’image du roman Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau.

Rose, personnage principal est issue d’un couple mal assorti entre un militaire français rêveur et passif et une belle danoise que les médecins qualifient d’hystérique. Ces deux personnages représentent chacun à leur manière une forme de « fin de race ».

Elle débarque à Paris, armée de quelques « compétences » acquises grâce à sa charismatique gouvernante  Zelada. Mais elle ignore tout des rapports humains et des règles de la société. Elle connaît pourtant un destin riche en rebondissements au gré des rencontres qu’elle fait. Il s’agit majoritairement de rencontres avec des femmes fortes, les hommes semblent inutiles ou dangereux. À la manière d’un personnage de feuilleton populaire, elle connaît plusieurs revers de fortune.

Cependant, Rose est incapable de comprendre son propre comportement ni celui des autres. Plongée dans sa propre vie, dominée par ses émotions elle a beaucoup de mal à prendre du recul. À l’inverse elle paraît parfois déconnectée de la réalité. Elle est semblable à la pierre inconsciente des causes qui provoquent son mouvement comme le décrit le philosophe Spinoza.

Agnès Desarthe revisite donc le roman-feuilleton de la fin du XIXe siècle en y apportant une réelle amertume et une noirceur. Les personnages restent assez loin de nous, ils sont souvent antipathiques. Le style, fait de très longues phrases déroute un peu au début de la lecture mais on est progressivement happé par les aventures que vit Rose.

L’Hermine – Christian Vincent

L'hermine

Synopsis: Michel Racine est un Président de cour d’assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « . Avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait partie du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Chronique: Après Les saveurs du palais qui était clairement raté Christian Vincent revient avec un film qui revendique une grande sobriété.

Il s’agit de suivre le procès d’un jeune père de famille accusé d’infanticide dans le Nord-Pas-de-Calais. À cette occasion, le président du tribunal revoit une femme qu’il a aimé (presque secrètement) parmi les jurés. La richesse du film réside dans son réalisme autour du fonctionnement du tribunal, on découvre les rivalités entre collègues, l’attitude parfois hilarantes des témoins peu habitués à s’exprimer en public…etc. Les jurés sont un peu stéréotypés. Le président Racine a juste ce qu’il faut de « Luchini »: solitaire, détesté par son entourage, en plein divorce il est en revanche très attaché à sa fonction au point d’être parfois extrêmement pointilleux. Ce rôle est parfait pour Luchini et inversement.

L’histoire d’amour est plus discrète, elle repose sur quelques rendez-vous mais surtout sur la beauté et le charisme de Ditte (excellent choix d’actrice). Fidèle à sa fibre réaliste que j’évoquais, le film n’offre que le point de vue des jurés sur l’affaire d’où une certaine frustration, la vérité ne peut être qu’entrevue.  Cela montre la fragilité des témoignages et des éléments d’enquête.

Il s’agit donc d’un film de procès (genre quasi-inexistant) en France qui offre un autre point de vue que celui des films policiers. Derrière une apparente simplicité, le film traite de nombreux sujets et glisse un peu d’humour et de tendresse là où on ne s’y attend pas forcément.