Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

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Résumé: Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère.

Chronique: Nathalie Azoulai propose un parallèle entre une femme anonyme quittée par son amant et Bérénice reine de Palestine à laquelle l’empereur romain Titus a dû renoncer pour des raisons politiques. Dans la version contemporaine Roma est la femme légitime de l’amant. Cependant, cette histoire est très peu développée et semble bien banale par rapport aux tragédies de Jean Racine. Il s’agit d’ailleurs avant tout d’une biographie romancée du dramaturge.

Jean Racine reçoit une éducation sévère et élitiste à Port-Royal un établissement janséniste particulièrement austère. Le jeune orphelin dévore les écrivains antiques et Nathalie Azoulai l’imagine fasciné par l’aspect synthétique du latin et les thèmes sulfureux (amours, adultères, suicides) qui contrastent avec la morale chrétienne. Le jeune garçon déambule dans l’édifice, se lie s’amitié avec les maîtres et a même des airs d’Harry Potter:

« Le lendemain Jean ne résiste pas à l’envie de fixer son reflet au carreau d’une fenêtre. Il commence par cacher sa cicatrice sous une mèche de cheveu mais il apprécie la symétrie qui se forme entre la pointe de son nez et la marque sur son front »

J’ai été sensible au thème du jansénisme que j’avais étudié en fac d’Histoire mais à moins d’être étudiant en khâgne on se lasse assez vite des questions existentielles autour de la traduction d’une phrase. Cette éducation littéraire m’a d’ailleurs rappelé Les mots de Jean-Paul Sartre qui m’avait prodigieusement ennuyé.

Mais la vie adulte de Jean Racine est passionnante, il fréquente le grand monde, rencontre Molière, jalouse Corneille. Il devient même historien du roi et reçoit une pension pour cela. Mais ce qui est véritablement marquant c’est son obsession pour les héroïnes et la souffrance des femmes amoureuses. Il se démarque aussi par la formulation très particulière  de ses vers même s’il doit pour cela commettre quelques fautes de grammaire. L’écrivaine se met au diapason du dramaturge et nous offre de très belles phrases qui soulignent les paradoxes de ce jeune orphelin élevé par les jansénistes et devenu coqueluche du tout Versailles.

Après Delphine de Vigan qui faisait l’éloge de la fiction Le roman des étudiants est décidément très littéraire cette année avec cet éloge du théâtre et de la poésie.

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8 réflexions sur “Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

  1. Je vais le lire sous peu, également pour le RDE et j’appréhende un peu au vu de ma très faible connaissance du théâtre racinien… Crois-tu que ce soit un problème ou peut-on apprécier le roman quand on n’y connaît rien ?

  2. Je l’ai lu et ai été déroutée pendant un temps avant de « raccrocher tous les wagons »… Un livre à lire absolument, mais peut être et surtout dans un état d’esprit ouvert et serein 😉

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