Des héroïnes de Cinéma – Octobre 2016

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Une vie entre deux océans – Derek Cianfrance

Le réalisateur indépendant est connu pour ses films forts et portés de grands sentiments (Blue Valentine avait été une grosse déception pour ma part mais j’ai beaucoup The Place Beyond the Pines). Le réalisateur adapte cette fois un best-sellers pour évoquer une nouvelle fois le couple et la famille. Il prend un plaisir visible a réaliser un mélodrame dans la plus pure tradition avec couleurs saturées et acteurs à leur diapason. Le film a des défauts prévisibles: tout d’abord parce que la Bande-Annonce dévoile 2/3 de l’intrigue, parce que de fait il y a une certaine lenteur et également parce qu’il cumule un peu trop de thèmes (traumatisme de la Première guerre mondiale, solitude, mariage, dilemme moral…etc). Le réalisateur reste attaché à une image de « bonté » humaine et malgré les rebondissements il n’y pas vraiment de « méchants ».

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Mal de pierres – Nicole Garcia

Comme Derek Cianfrance, Nicole Garcia sort l’artillerie lourde pour reconstituer cette fois les années 1950 (décors, belles robes, image sepia). Le film commence par un flash-foward qui plombe un peu l’ambiance puis on découvre la jeunesse difficile de Gabrielle, la fille de propriétaires terriens à tendance un peu érotomane. Tous les personnages sont particulièrement bien creusés  et respectés, l’acteur Alex Brendemühl (Le médecin de famille, Ma-ma) crève l’écran. Plusieurs ambiances se succèdent: la Provence sèche et accablante, une ville de pêcheurs, une cure en Suisse, des références à la guerre d’Indochine, le film tourne à l’exercice de style un peu vain. Traiter de la vie amoureuse de Gabrielle sur le temps très long était sans doute plus adapté au format roman écrit par Milena Agus.

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Bridget Jones Baby – Sharon Maguire

On termine par un film plus léger mais qui met lui aussi en scène une femme forte, notre chère Bridget. Ce 3e opus se plonge pleinement dans les références culturelles actuelles, il est bourré de références et j’aime beaucoup ça. C’est également un plaisir de retrouver ce cher Mark Darcy plus coincé que jamais! Le film est très drôle (mention spéciale aux apparitions d’Emma  Thompson en gynéco) et la salle était ultra réactive. Il peut paraître un peu long pour une comédie romantique mais moi je ne voulais surtout pas que ça s’arrête!

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La danseuse – Stephanie Di Giusto

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Synopsis (Allociné): Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.

Chronique: C’est un film que j’ai vu en avant-première et que je voulais vraiment vous  le chroniquer dès sa sortie mais je n’en pas vraiment eu la possibilité. Bref nous y voilà enfin.

La danseuse est un biopic très dense qui dresse le portrait d’une femme talentueuse et un brin masochiste, de sa vie sentimentale complexe et de l’époque qu’elle a traversé. Le résultat n’est pas lourd pour autant, la réalisatrice a fait beaucoup de choix en simplifiant la relation entre Loïe Fuller et Gabrielle (Mélanie Thierry) et en ne s’étalant pas sur les personnages célèbres (comme les époux Curie) que la danseuse américaine a rencontré.

Culte de la performance

À l’image de Black Swan ce film nous montre un personnage principal dont la vie tourne autour de sa performance artistique. Loïe Fuller porte ses longs bâtons de bois durant des heures, elle a le corps couvert de bleus, doit porter une minerve la plupart du temps. Qu’importe si ses yeux sont brûlés par les lampes électriques, elle réalise un spectacle de plus en plus sophistiqué, élevée sur une plateforme elle tournoie pendant près d’une heure. Elle travaille sans cesse la mise en scène avec des miroirs et des jeux de lumière qui s’intègrent pleinement dans la mouvement Art Nouveau. On ne peut qu’être impressionnés par tant de force voire de violence consacrée à son art. Soko se donne corps et âme et correspond à plus d’un titre au personnage qu’elle incarne.

Les autres personnages servent de miroirs déformant, c’est le cas de Louis (Gaspard Ulliel) un dandy, aristocrate fin de race et fin de siècle avec lequel elle vit une historie d’amour assez originale. Ce personnage est fictif mais on comprend la volonté de la réalisatrice de confronter Loïe Fuller avec un personnage qui représente le passé mais ne manque pas de charme ni de charisme. Quant à Isadora Duncan (Lily-Rose Depp) elle représente une sorte de Lolita dotée d’une grâce naturelle, superficielle et manipulatrice. Ce personnage n’est pas aussi présent que le laisse entendre la bande-annonce et la promo.

Ambiance très XIXe siècle
Ambiance très XIXe siècle

Enfin, je pense que la réalisatrice s’est fait plaisir avec la mise en scène: le début dans l’ouest américain qui fait très Western, la traversée de l’Atlantique, les scènes de danses bien sûr mais aussi les moments d’entraînement dans la forêt sont autant de morceaux de bravoure très impressionnants pour un premier film.

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