Dr Strange – Scott Derrickson

dr-strange

Synopsis (Allociné): L’histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son ego de côté et apprendre les secrets d’un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives.

Chronique: Marvel poursuit la transposition au cinéma de l’univers comics. Je dirais que cet opus qui introduit un nouveau personnage est efficace mais un peu facile.

Benedict Cumberbatch (que j’adore) interprète parfaitement ce chirurgien surdoué, arrogant et un brin sociopathe (et oui cela rappelle beaucoup Sherlock). Sa volonté de guérir ses mains et de donner un nouveau souffle à sa vie l’emmène au Nepal où il fréquentera une sorte de confrérie bouddhiste qui pourrait bien lui permettre de multiplier ses pouvoirs. La thématique d’une meilleure utilisation de son corps grâce à un mélange d’érudition, d’exercices physiques accompagnés de magie est plaisante. Son apprentissage se déroule donc entre humour à deux balles (de nombreuses blagues tournent autour de son nom) et références à la pop-culture. Il y a finalement peu de personnages en dehors de L’Ancienne (l »iconique Tilda Swinton) et le a priori naïf Karl Mordo (je ne connais pas les comics, il semblerait que son personnage soit très important par la suite).

L-Ancien-Tilda-Swinton

De manière très classique (ou en tous cas attendue) le film bascule vers plus d’action. Marvel s’est fait plaisir sur les décors reconstitués de grandes métropoles, les bagarres entre corps et aussi entre esprits et des couleurs assez new age (violets, boules de feu, paillettes). On est parfois au bord du ridicule avec de tels costumes (Mads Mikkelsen est bien servi) et des réactions parfois un peu exagérées. Mais cela reste un épisode d’exposition intéressant, reste à savoir comment Dr Strange sera valorisé dans les prochains films.

Laetitia – Ivan Jablonka

Laetitia

Cet essai revient sur un fait divers dont vous avez surement entendu parler en janvier 2011, celui de l’enlèvement suivi du meurtre de Laetitia Perrais, 18 ans, une jeune femme placée en famille d’accueil. À l’horreur du crime s’ajoute l’attitude goguenarde du coupable et la découverte quelques mois plus tard des abus sexuels que Laetitia et sa soeur jumelle ont subi au sein de leur famille d’accueil.

J’ai découvert cette enquête à la fin du mois d’août à travers d’innombrables articles dithyrambiques, je l’ai donc choisi lors du Livre sur la Place et j’ai pu rencontre l’auteur qui a l’air très gentil et qui correspond parfaitement à l’image du  « professeur d’université »!

Le fait-divers comme objet historique

L’auteur prend le fait divers comme point de départ de son enquête mais réalise en fait un portrait de Laetitia et des personnes qui sont un jour intervenues dans sa vie (notamment les services sociaux et juridiques). Il prend le temps de mettre en lumière chaque personne et chaque thème et semble même parfois ne pas vouloir mettre un terme à ce livre. L’idée de faire le portrait d’une personne ou d’un groupe social ayant eu affaire à la justice n’est pas nouvelle. Au XXe siècle, les historiens se sont emparés de faits divers célèbres du XIXe siècle (Antoine Léger, Pierre Rivière, Lacenaire) et en ont tiré des informations sur le contexte social et familial. La littérature et le cinéma en ont fait de même en s’inspirant d’affaires criminelles (De sang Froid de Truman Capote par exemple). Mais tous ces écrits perpétuent une certaine fascination pour les criminels. Ivan Jablonka fait le choix d’accorder enfin la place centrale à personne qui a eu une vie « normale » avant d’être victime d’un meurtre. De plus, il s’attaque à notre société toute entière (fragilité des enfants, récupération politique de l’affaire…etc).

Le portrait d’une femme et d’une époque

Il décrit le quotidien d’une jeune femme de 18 ans à qui il faut parfois 1h30 de bus pour se prendre à son lycée professionnel, qui a souffert de multiples violences, alors qu’elle était encore bébé, qui souffre de problèmes d’orthographe quasi-dyslexiques mais qui ne se résigne pas. Il détaille toutes les difficultés sociales et personnelles pour mieux expliquer ensuite qu’il n’y pas pour autant un déterminisme qui la confinerait au statut de victime. Charmante, protectrice avec les plus jeunes, elle est sur le point d’avoir un métier. C’est d’ailleurs désormais le cas de sa soeur jumelle Jessica à qui l’auteur rend un vibrant hommage à la fin du roman. On imagine leurs dialogues faits d’humanité et d’autant plus faciles, peut être, qu’il incarne tout l’inverse des hommes que les jumelles ont côtoyé.

Si beaucoup de passages soulignent la petitesse des êtres humains et des circonstances qui entraînent la médiatisation d’une affaire judiciaire, Ivan Jablonka souligne le travail de l’ombre des enquêteurs qui s’installent parfois de longs mois sur les lieux de l’affaire, loin de leur famille. J’ai beaucoup appris sur leur travail et sur celui des travailleurs sociaux.  Enfin, j’ai apprécié le courage d’Ivan Jablonka de faire preuve d’empathie et de subjectivité envers Laetitia, d’une certaine façon cela prouve qu’il est suffisamment sûr de la solidité de ses recherches et de son enquête. Ce style nouveau renforce plus généralement l’Histoire en tant que science humaine et lui permet de toucher un public plus large.