Laetitia – Ivan Jablonka

Laetitia

Cet essai revient sur un fait divers dont vous avez surement entendu parler en janvier 2011, celui de l’enlèvement suivi du meurtre de Laetitia Perrais, 18 ans, une jeune femme placée en famille d’accueil. À l’horreur du crime s’ajoute l’attitude goguenarde du coupable et la découverte quelques mois plus tard des abus sexuels que Laetitia et sa soeur jumelle ont subi au sein de leur famille d’accueil.

J’ai découvert cette enquête à la fin du mois d’août à travers d’innombrables articles dithyrambiques, je l’ai donc choisi lors du Livre sur la Place et j’ai pu rencontre l’auteur qui a l’air très gentil et qui correspond parfaitement à l’image du  « professeur d’université »!

Le fait-divers comme objet historique

L’auteur prend le fait divers comme point de départ de son enquête mais réalise en fait un portrait de Laetitia et des personnes qui sont un jour intervenues dans sa vie (notamment les services sociaux et juridiques). Il prend le temps de mettre en lumière chaque personne et chaque thème et semble même parfois ne pas vouloir mettre un terme à ce livre. L’idée de faire le portrait d’une personne ou d’un groupe social ayant eu affaire à la justice n’est pas nouvelle. Au XXe siècle, les historiens se sont emparés de faits divers célèbres du XIXe siècle (Antoine Léger, Pierre Rivière, Lacenaire) et en ont tiré des informations sur le contexte social et familial. La littérature et le cinéma en ont fait de même en s’inspirant d’affaires criminelles (De sang Froid de Truman Capote par exemple). Mais tous ces écrits perpétuent une certaine fascination pour les criminels. Ivan Jablonka fait le choix d’accorder enfin la place centrale à personne qui a eu une vie « normale » avant d’être victime d’un meurtre. De plus, il s’attaque à notre société toute entière (fragilité des enfants, récupération politique de l’affaire…etc).

Le portrait d’une femme et d’une époque

Il décrit le quotidien d’une jeune femme de 18 ans à qui il faut parfois 1h30 de bus pour se prendre à son lycée professionnel, qui a souffert de multiples violences, alors qu’elle était encore bébé, qui souffre de problèmes d’orthographe quasi-dyslexiques mais qui ne se résigne pas. Il détaille toutes les difficultés sociales et personnelles pour mieux expliquer ensuite qu’il n’y pas pour autant un déterminisme qui la confinerait au statut de victime. Charmante, protectrice avec les plus jeunes, elle est sur le point d’avoir un métier. C’est d’ailleurs désormais le cas de sa soeur jumelle Jessica à qui l’auteur rend un vibrant hommage à la fin du roman. On imagine leurs dialogues faits d’humanité et d’autant plus faciles, peut être, qu’il incarne tout l’inverse des hommes que les jumelles ont côtoyé.

Si beaucoup de passages soulignent la petitesse des êtres humains et des circonstances qui entraînent la médiatisation d’une affaire judiciaire, Ivan Jablonka souligne le travail de l’ombre des enquêteurs qui s’installent parfois de longs mois sur les lieux de l’affaire, loin de leur famille. J’ai beaucoup appris sur leur travail et sur celui des travailleurs sociaux.  Enfin, j’ai apprécié le courage d’Ivan Jablonka de faire preuve d’empathie et de subjectivité envers Laetitia, d’une certaine façon cela prouve qu’il est suffisamment sûr de la solidité de ses recherches et de son enquête. Ce style nouveau renforce plus généralement l’Histoire en tant que science humaine et lui permet de toucher un public plus large.

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4 réflexions sur “Laetitia – Ivan Jablonka

  1. C’est certainement un excellent livre, qui permet à une jeune femme victime de ne pas être oubliée.
    Merci pour ta présentation, et on point de vue positif sur l’auteur.
    Il vient d’obtenir cet après-midi le Prix Médicis
    amicalement – france

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