De l’autre côté de l’espoir

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C’est la première fois que je regarde un film d’Aki Kaurismäki, un cinéaste finlandais célèbre pour son style très reconnaissable: une vie en scène figée, des décors très « faux » et une certaine mélancolie. Dans ce film il s’intéresse à une amitié assez improbable entre un commerçant qui plaque tout pour reprendre une gargote miteuse et un jeune réfugié syrien. S’ensuit toute une série de péripéties absurdes et touchantes.

Une réflexion sur les apparences

Le réalisateur nous offre un belle réflexion sur les apparences et le comportement que les autres attendent de nous. C’est le cas pour les migrants et les interminables questionnaires auxquels ils doivent répondre en ayant l’air heureux d’être dans leur pays d’accueil sans trop en faire. Le restaurant qu’acquière Wikström est cédé « avec » les serveurs qui font littéralement partie du décor. Dans ce cadre on assiste à un véritable jeu de rôle sur le comportement attendu des employés, les faux semblants, les attitudes propres à chaque métier et un certain effacement de l’individu derrière son « rôle ». Même la Finlande en tant que pays est redécouvert à travers les yeux de Khaled.

Le hasard, les coups de chance et les coups du sort sont multiples dans le film et constitue l’autre  grand thème. Il se matérialise souvent par des rencontres inattendues une entraide et de la solidarité gratuite. Je manque un peu de recul pour saisir le ton des films du réalisateur mais il me semble étonnement optimiste.

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Chanson Douce – Leïla Slimani

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Difficile d’avoir un avis original sur le Prix Goncourt 2016. Je vais tout même tenter de vous dire pourquoi j’ai aimé ce livre, car oui, sans surprise, je l’ai adoré.

Le pari d’évoquer un double infanticide dont l’issue est connue dès les premières pages était très courageux. Je trouve que l’auteure trouve la bonne distance avec ses personnages. Elle dresse le portrait d’un couple de parents petit bourgeois parisiens qui semblent enfermés dans un appartement trop petit, un quotidien insatisfaisant sans être insupportable et un certain nombre de non-dit. Ils ont bien du mal se positionner comme « patrons ».

D’autre part une nounou qui vit dans un meublé sordide mais se rend indispensable, pimpante et énergique dès qu’elle entre en contact avec cette famille. Elle semble se nourrir d’eux à la manière d’un vampire. Quelques flashback montre un passé difficile mais partiellement montré. On ne saura pas tout sur elle et c’est mieux ainsi. Leïla Slimani ne cherche pas à tout expliquer ou à se lancer dans des théories psychologiques ou sociales.

Un roman inscrit dans une longue tradition

D’autre part, d’un point vue plus « littéraire » je dirais que se roman place dans un longue tradition de livres racontant l’envers du décor des petits appartements bourgeois. Les exemples sont multiples Les Rougon-Macquart d’Emile Zola, La Cousine Bette de Balzac ou encore Le journal d’une femme de chambre de Octave Mirbeau. Il fait également écho à des faits-divers plus anciens que celui dont il s’inspire comme l’affaire Violette Nozière qui vivait un appartement minuscule et sordide avec ses parents. On se croirait aussi parfois dans un film de Claude Chabrol comme La cérémonie. Il n’est donc pas surprenant que ce roman ait tapé dans l’oeil des jurés du Goncourt!