Les filles au lion – Jessie Burton

A19697

Résumé: En 1967, Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. 
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. 
La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

Chronique: Après une expérience mitigée avec le premier roman de Jessie Burton Le Miniaturiste j’ai tout de même tenté son nouveau roman sorti auréolé de critiques dithyrambiques. Et je dois dire que cette fois la magie a opéré.

Le double contexte historique m’a particulièrement plu. En effet, Odelle originaire des Caraïbes et élevée dans le culte de la culture britannique connaît une période charnière de sa vie: sa colocataire et meilleure amie se marie tandis qu’elle commence à laisser libre court à ses aspirations artistiques (elle écrit des poèmes). Cette jeune femme très attachante mène sa petite enquête sur un tableau intrigant et très difficile à dater tant il semble original. Alternativement, plusieurs jeunes femmes fortes hantent l’Andalousie des années 1930 et ont un lien encore mystérieux avec le tableau. Si ce type d’écriture alternant deux époques est très répandu je l’ai trouvé vraiment prenant dans ce cas. Les personnages sont complexes et particulièrement bien dessinés.

L’autre force du roman réside dans le fait qu’il évoque le statut d’artiste au XXe siècle et le mystère qui entoure la création artistique. Si le roman a la forme d’une enquête qui m’a tenu en haleine, il rétablit également un certain culte du secret. On sait l’effet que peuvent avoir certains évènements historiques sur la disparition ou la spoliation d’oeuvre d’art. Jessie Burton mêle la grande Histoire avec les secrets de famille, l’amour et les difficultés de la condition d’artiste. Elle questionne aussi le rôle souvent ambiguë des personnes qui exhument les secrets liés aux oeuvres d’art (galeristes, historiens de l’art) : sans les accabler l’auteure montre que leurs actions ne sont pas toujours dans  le simple l’intérêt des artistes. C’est donc un très beau roman sur l’art et le destin des femmes artistes.

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