Prix Lectrices Elle 2018 – Lauréats

Comme vous le savez j’ai eu le plaisir de faire partie du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018. Je n’ai pas écrit sur tous les 28 livres que j’ai lu mais ce fut une superbe expérience partagée avec des co-jurées passionnées et passionnantes!

Voici donc le palmarès dévoilé hier soir:

Catégorie Roman: La salle de bal – Anna Hope 

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Ce roman était mon chouchou, celui que j’ai le mieux noté avec 18/20. L’auteure évoque un asile d’aliéné en 1911 en Angleterre à travers 3 personnages qui ne sont pas réellement fous: Ella jeune ouvrière révoltée, Clem jeune fille rebelle et John un mélancolique et mystérieux Irlandais. Malgré le huis-clos l’auteure parvient à aborder un nombre incroyable de thèmes avec une grande subtilité. Le récit sonne comme un hommage aux opprimés/oubliés de l’histoire. J’ai désormais très envie de lire son précédent roman: Le chagrin des vivants dont j’ai lu beaucoup de bien sur la blogosphère.

Catégorie Essai: Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui

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Cet essai poignant sur une bibliothèque clandestine en Syrie était, je pense, le grand favori et aussi celui que j’ai le mieux noté. Bravo à Delphine Minoui pour cette enquête!

Catégorie Policier: Les chemins de la haine – Eva Dolan

Les chemins de la haine

C’était mon policier préféré à égalité avec Tango Fantôme de Tove Alsterdal. Ne vous fiez pas à la couverture et au titre un peu grandiloquent (Long Way Home en V.O). Il s’agit du premier tome d’une série qui suit deux enquêteurs, l’inspecteur Zigic et le sergent Fereira chargés des crimes de haine en Grande Bretagne. Avec les faibles moyens mis à l’heure disposition ils vont plonger dans le monde des travailleurs clandestins réduits à un état de quasi-esclavage. Avec simplicité et humanisme Eva Dolan nous embarque dans une enquête qui ne néglige pas pour autant les rebondissements. 3 autres tomes ont été publiés en anglais, à suivre donc!

Le Grand Prix des lycéennes de Elle a été remis à Et soudain la liberté un livre qui devait être une autobiographie d’Evelyne Pisier et qui été poursuivi par Caroline Laurent son amie et éditrice après sont décès.

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Ce roman m’avait beaucoup plu par sa description de l’Indochine et de l’émancipation surprenante de la mère d’Evelyne Pisier. Les lycéennes ont donc eu beaucoup de goût!

Au final de je suis ravie du résultat, d’autant plus que le roman et l’essai étaient dans la pré-sélection de Janvier dont je faisais partie. Les inscriptions pour le jury 2019 sont déjà closes. Quant à moi je dois attendre 3 ans avant de postuler à nouveau, ce que je ne manquerai pas de faire! Merci au magazine Elle, à Olivia de Lamberterie, Pascale Frey et Léa à la maison Guerlain qui a accueilli l’une des rencontres avec les auteurs finalistes et bien sûr à mes co-jurées!

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Everybody knows – Asghar Farhadi

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Synopsis (Allociné): A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

J’étais très curieuse de découvrir cette incursion d’Asghar Farhadi dans le cinéma espagnol. Son film Une séparation est pour moi un chef d’oeuvre. J’avais cependant trouvé Le passé pesant et Le client pas totalement abouti.

Une plongée réussie dans l’Espagne rurale

Le réalisateur transcrit très bien le retour des immigrés (qui peut d’ailleurs s’appliquer à d’autres régions du monde comme le Maghreb) avec la joie démonstrative et les rapides nouvelles. Le village est bien décrit avec quelques éléments sur la crise économique en filigrane. Le village semble incarné par le personnage de Paco (Javier Bardem, parfait) un viticulteur charismatique qui fait clairement partie des meubles. Le mariage est également un parfait exemple de bonheur familial avec la chanson originale « Se muere por volver »  qui reste dans la tête.

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Le film bascule ensuite dans une ambiance plus dramatique. Comme souvent chez Asghar Farhadi cet évènement révèle des facettes peu reluisantes des personnages et la suspicion est omniprésente. Le mari de Laura interprété par Ricardo Darin est un homme passif et dévot assez insupportable.

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Néanmoins l’absence totale d’intervention de la police/justice et de la société en général m’a paru peu crédible et donne un aspect artificiel et un peu hors-sol à l’ensemble. Un personnage va tout de même se révéler plus juste et droit que les autres. Quant au secret de famille il n’est ni ridiculement évident ni révolutionnaire.

Au final, Asghar Farhadi livre un film mitigé qui reste agréable à regarder car il a  le mérite de ne pas être plombant malgré des thèmes difficiles abordés. Cependant, la construction en vase clos s’avère un peu vaine et manque cruellement de réalisme et de vie.