Le Mars Club – Rachel Kushner

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Résumé: Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne stripteaseuse doit y purger 2 peines consécutives de réclusion à perpétuité, plus six ans, pour avoir tué l’homme qui la harcelait. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude : son fils de 7 ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu’au jour où l’administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer.

Chronique: Rachel Kushner signe un roman très visuel et extrêmement fort qui commence par une scène de transfert de prison épique et cinématographique. La peine à perpétuité que purge la principale narratrice et ses souvenirs souvent douloureux donnent d’entrée le ton: dramatique et sans pathos. Ainsi, elle réussit là où la série Orange is the New Black m’avait mise mal à l’aise par son mélange de comédie et d’éléments plus trash. Romy est une narratrice vive et intelligente qui ne s’épargne pas.

Un portrait des white-trash?

Romy semble être relativement marginale. Elle entretient une relation conflictuelle avec sa mère, elle a des moyens très limités pour faire vivre son fils et  travaille au Mars Club un club de strip-tease miteux. Elle est dans un position fragile bien qu’elle soit dotée d’un certain potentiel intellectuel. Elle une proie facile pour le système judiciaire états-unien. La manière dont elle décrit son avocat commis d’office est à la fois comique et révoltante. Néanmoins, l’auteure nous montre à quel point elle ne fait pas partie des plus marginaux.

Le San Francisco 1980 et 1990 est décrit à travers ses quartiers pauvres, point de ventes des dealers et club de strip-tease crasseux. Pourtant même ces quartiers sont sujets à la gentrification regardée avec mépris par Romy.

Rachel Kushner excelle dans sa démarche de raconter le  point de vue des exclus et des marginaux du rêve américain. En parallèle d’autres histoires plus mineures sont développées, elles viennent sans doute illustrer des thèmes chers à l’auteure (l’échec, le retour à la nature) mais peu approfondis qui restent marginaux par rapport à l’histoire de Romy et ne sont pas une grande réussite.

« En fin de compte, elle était vraiment malheureuse, l’actrice dont je porte le prénom. Son fils avait escaladé un portail, s’était perforé une artère fémorale et il était mort. Il avait quatorze ans. Après quoi elle n’avait pas arrêté de boire, jusqu’à en mourir à quarante-trois ans. J’ai vingt neuf ans. quatorze années c’est une éternité si c’est ce que je dois vivre. (…) Je n’ai pas l’intention de vivre longtemps. Ni brièvement d’ailleurs. Je n’ai aucun projet. Le problème c’est qu’on continue d’exister qu’on en ait l’intention ou pas, jusqu’à ce qu’on cesse d’exister, et alors, les projets ne riment plus à rien. Mais ne pas avoir de projets ne signifie pas que je n’ai pas de regrets. Si seulement je n’avait pas travaillé au Mars Club. Si seulement je n’avais pas rencontré Kennedy le pervers. Si seulement Kennedy le pervers n’avait pas décidé de me traquer. Mais il a décidé de le faire et s’y est appliqué implacablement. Si rien de tout cela n’était arrivé, je ne serais pas dans la bus, en route pour une vie dans un trou en béton. »

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