Gossip Girl, Le temps de l’innocence

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Gossip Girl (2007-2012): La vie de la jeunesse dorée des élèves de deux écoles privées new-yorkaises, vue à travers les yeux ironiques d’une mystérieuse « bloggeuse » surnommée Gossip Girl. Entre amour et amitié, chacun tente de tirer son épingle du jeu, mais rien n’est jamais simple derrière des apparences parfaites…

Chroniques: De nombreuses séries aiment citer des oeuvres littéraires dans les introductions ou les conclusions de leurs épisodes pour apporter une petite morale, c’est par exemple le cas des Frères Scott ou de Greys’ Anatomy. Mais dans Gossip Girl les références et les parallèles avec la littérature des XIXe et XXe siècle vont beaucoup plus loin.

En effet, j’ai revu la totalité de la série cet été et ce qui m’a frappé c’est la dimension littéraire très forte et ouvertement assumée. Les mises en abîmes sont très présentes durant des épisodes ou des arcs narratifs entiers. Les scenaristes se positionnent dans la lignée de la mythologie et des contes de fées (Cendrillon, la Belle et la bête).

Mais c’est du côté des romans d’Edith Wharton que le parallélisme est le plus marqué. La série partage avec le roman des codes cruels et difficilement compréhensibles pour un personnage extérieur de l’élite new-yorkaise. Tout tourne autour de quelques familles puissantes avec un système de préséance subtile. Les scénaristes poussent le parallèle jusqu’à faire jouer la pièce aux lycéens lors de leur année de terminale lors de la saison 2.  « Before Gossip Girl there was Edith Wharton. And how little has changed. The same society snobs still reigned. Only in corsets and horse-drawn carriages. »

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Blair et Dan dans la représentation de L’âge de l’innocence

Chez les heureux du monde

Plus généralement, de nombreux les romans traitant de sociétés élitistes et décadantes sont cités et réinterprétés. Ainsi, Blair et Chuck qui complotent en permanence et orchestrent des humiliations publiques n’ont rien à envier à la marquise de Merteuil et au vicomte de Valmont des Liaisons dangereuses. Ils se livrent également à des jeux de rôles littéraires de plus ou moins bon goût.

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Blair en Anna Karénine sexy

Les références littéraires, présentent également une dimension plus psychologique et  crépusculaire lorsqu’elles font référence au blues ressenti par ces jeunes riches qui souffrent de leur destin tout tracé (oui, les pauvres!) notamment Nate et Serena qui rappellent les personnages de Francis Scott Fitgerald (Les heureux, les damnés et Gatsby, le magnifique) ou L’attrape-coeur de Salinger.

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L’écriture comme arme ultime?

Face à un monde si fermé, l’écriture est finalement la seule arme pour les analyser voire les détruire et c’est ce qu’a bien compris Gossip Girl avec ses posts provocateurs. En effet, Gossip Girl ne se contente pas de relayer des photos ou des informations compromettantes elle analyse ce petit monde avec acidité. Certains personnages comme Vanessa Adams ou Dan Humphrey portent également un regard extérieur et critique sur ce petit monde et le transforme en oeuvres artistiques (documentaires pour Vanessa, article et nouvelles pour Dan).  « Humphertising » d’après le personnage Dan Humphrey devient un néologisme pour le fait de vouloir analyser et interpréter chaque comportement. Si écrire sur eux égratigne le mythe, on peut également se demander si ce n’est pas finalement le cadeau ultime.

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Chuck en pleine crise d’humilité

Xo Xo,  Gossip Girl

The Cry – Helen Fitzgerald

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Résumé de l’éditeur: Joanna et Alistair, couple sans histoires, s’envolent pour l’Australie avec leur bébé de neuf semaines. Entre larmes et crises de l’enfant, le voyage est éprouvant. Peu après leur arrivée, ils découvrent que leur enfant a perdu la vie. Les deux parents prennent une décision folle.

Chronique:  Si nous sommes témoins du mensonge originel, Helen Fitzgerald nous réserve de nombreuses révélations sur le huis-clos de ce couple au sein duquel les rapports de pouvoir sont décortiqués ce qui donne lieu à domestic thriller aux thématiques contemporaines. En effet, si Joanna est dans un état d’épuisement avancé lié au voyage et au fait qu’elle s’occupe quasiment seule de son enfant, Alistair a une carrière politique à sauver.

Le procès de la maternité

A l’image de Gone Girl de Gillian Flynn, cette affaire va faire éclater au grand jour les secrets et les relations familiales autour du couple. Tous les détails qui pourraient paraître anodin prennent des proportions considérables dans le cadre d’une disparition d’enfant. Le roman montre également la médiatisation de cette affaire et le jugement moral permanent qu’elle entraîne principalement à l’égard de Joanna. Le phénomène des enquêteurs amateurs qui se lancent dans des investigations poussées, créent des sites internet et prennent allègrement partie est également bien illustré.

Helen Fitzgerald réussit son puzzle chronologique composé de différents points de vue  et du récit du procès ainsi que sa description d’une Australie peu hospitalière.

Suite à ma lecture, j’ai regardé l’adaptation de la BBC en série de 4 épisodes. L’actrice qui interprète Joanna (Jenna Coleman) correspond très bien au personnage. Les fausses pistes sont encore plus accentuées et le suspense est total pour les spectateurs n’ayant pas lu le livre.

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Je remercie les éditions Les Arènes pour cet envoi!