120 battements par minutes

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Synopsis: Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

Chronique: On ne présente plus ce film sorti auréolé d’une critique dithyrambique et récompensé du Grand Prix du Jury au festival de Cannes. La première moitié du film tient toutes ses promesses de plongée au sein d’une association radicale composée de jeunes majoritairement libertaires. Le réalisateur nous plonge dans les AG passionnées avec confrontations, analyse des lobbys pharmaceutiques et idées de manifs marquantes. La présence de la mère d’un jeune hémophile contaminé est très émouvante et participe à la variété des personnages. On ressent le vécu du réalisateur, Robin Campillo, et on comprend que la plupart des personnages sont inspirés de militants qu’il a côtoyé.

Les actions coup de poings impriment la marque de fabrique de cette association. J’ai été très touchée par les enterrements politiques à l’imagine de ceux du XIXè. Ces actions sont très bien filmées. Néanmoins la réalisation est parfois un peu trop maniérée comme les scènes de boîtes de nuit.

Mais avec un tel sujet, le film ne pouvait pas se contenter d’être un combat galvanisant contre l’industrie pharmaceutique. La seconde partie se focalise sur la lente déchéance physique d’un des personnage principaux. J’ai trouvé cette partie moins réussie et trop longue. La description crue de la maladie m’a semblé être une forme de punition du réalisateur pour prendre une revanche sur l’aveuglement de la société qui a longtemps fermé les yeux sur la maladie. Le film souffre également de scènes assez répétitives.

Globalement, ce film retranscrit très efficacement cette période charnière dans la lutte contre les ravages du Sida. Un montage un peu plus « court » aurait tout même permis au film d’un encore plus percutant.

 

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Summer – Monica Sabolo

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Résumé: Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.

ChroniqueMonica Sabolo nous propose ici un roman d’atmosphère mais aussi un roman psychologique raconté du point de vue de Benjamin un homme dépressif appartenant à une puissante famille suisse et hanté par la disparition de sa soeur aînée. L’auteure décrit avec précision cette haute bourgeoisie étourdie de fêtes et de sports nautiques. Tout le monde est beau, puissant et bronzé mais les relations humaines sont, elles, glaçantes à l’image du monde décrit dans Mars l’essai autobiographique de Fritz Zorn. Dans cette Suisse aseptisée, seules les jeunes filles en fleurs sont fascinantes, fragiles et entourées d’une forme de danger. La disparition dans ce cadre idyllique, sans violence mais avec le danger que peut représenter le lac est superbement décrite. Si l’auteure revendique des inspirations américaines notamment celle de Laura Kasischke, elle développe une plume poétique et subtile bien à elle.

Le regard de Benjamin, adolescent de 14 ans un peu gauche donne toute sa puissance au récit. Sensible, délaissé par ses parents il affronte le temps qui file sans Summer. L’ adolescence, la vie étudiante avec une dépression latente et un certain dégoût pour sa propre personne et son entourage. Le destin contrarié du jeune frère aurait-il été différent sans ce drame? Les excès fréquents dans ce milieu (drogues, alcool) et la famille dysfonctionnelle laissent à penser que sa vie aurait été tout aussi douloureuse sans ce drame.

Une fois l’ambiance installée, il est très délicat de terminer un tel roman et tant que lectrice j’avoue avoir accélérer ma lecture et ainsi avoir un peu moins profité du dernier quart du roman. La temporalité s’étend peu à peu 10 après la disparition puis 25 ans. La tension peut sembler se diluer, les souvenirs se mêlent aux rêves et aux analyses de Benjamin avec son psychologue. Les émotions risquent de s’émousser pour les personnages comme pour le lecteur. J’ai tout de même apprécié la réponse apportée par l’auteure qui sans être renversante (le spectaculaire n’est pas l’objectif ici) clos le roman et met fin à l’incertitude.

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Les filles au lion – Jessie Burton

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Résumé: En 1967, Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. 
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. 
La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage. 

Chronique: Après une expérience mitigée avec le premier roman de Jessie Burton Le Miniaturiste j’ai tout de même tenté son nouveau roman sorti auréolé de critiques dithyrambiques. Et je dois dire que cette fois la magie a opéré.

Le double contexte historique m’a particulièrement plu. En effet, Odelle originaire des Caraïbes et élevée dans le culte de la culture britannique connaît une période charnière de sa vie: sa colocataire et meilleure amie se marie tandis qu’elle commence à laisser libre court à ses aspirations artistiques (elle écrit des poèmes). Cette jeune femme très attachante mène sa petite enquête sur un tableau intrigant et très difficile à dater tant il semble original. Alternativement, plusieurs jeunes femmes fortes hantent l’Andalousie des années 1930 et ont un lien encore mystérieux avec le tableau. Si ce type d’écriture alternant deux époques est très répandu je l’ai trouvé vraiment prenant dans ce cas. Les personnages sont complexes et particulièrement bien dessinés.

L’autre force du roman réside dans le fait qu’il évoque le statut d’artiste au XXe siècle et le mystère qui entoure la création artistique. Si le roman a la forme d’une enquête qui m’a tenu en haleine, il rétablit également un certain culte du secret. On sait l’effet que peuvent avoir certains évènements historiques sur la disparition ou la spoliation d’oeuvre d’art. Jessie Burton mêle la grande Histoire avec les secrets de famille, l’amour et les difficultés de la condition d’artiste. Elle questionne aussi le rôle souvent ambiguë des personnes qui exhument les secrets liés aux oeuvres d’art (galeristes, historiens de l’art) : sans les accabler l’auteure montre que leurs actions ne sont pas toujours dans  le simple l’intérêt des artistes. C’est donc un très beau roman sur l’art et le destin des femmes artistes.

La fille d’avant – J.P Delaney

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Résumé: C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… Avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée. 

La magazine Causette du mois de Juillet 2017 consacre un article au « Domestic Noir » nouveau genre littéraire à la mode qui est aussi un vrai business. Je craque de temps en temps pour ce type de roman sans jamais atteindre la claque que j’ai eu à la lecture de Gone Girl de Gillian Flynn (La fille du train ne m’avait pas convaincu).

Il s’agit de romans dont le personnage principal est féminin, se déroulant plutôt en milieu urbain et avec une thématique de danger autour du foyer (mari, amant…etc).  Ce roman en est le parfait exemple, il met en scène 2 working girls qui ont vécu successivement dans une maison luxueuse à Londres. Cette maison représente un idéal de minimalisme et de perfectionnisme. Leur rapport à la maison et les différents tests auxquels les soumet le charismatique architecte oriente le roman vers une réflexion autour de la vérité et de la volonté de se transformer pour plaire à quelqu’un. Comme toute utopie, la maison engendre des dérives et des dangers. Les chapitres courts rythment bien la lecture et donnent envie d’en savoir davantage sur chacune des deux locataires. J’ai eu une préférence pour Jane qui se reconstruit après un drame très intime.

Héroïnes féminines ne veut hélas pas dire roman féministe

Au delà de leurs problèmes et de leurs drames, leurs 2 histoires tournent beaucoup autour de leur rapport aux hommes. Elle existent essentiellement à travers la séduction. On atteint parfois le pire en terme misogynie: l’auteur surfe allègrement sur le fantasme des femmes menteuses et manipulatrices. Les séances chez la psy ne sont pas parfaitement exploitées, on sent que l’auteur s’est documenté sur différents troubles comportementaux mais le résultat est indigeste. Pour couronner le tout, la résolution finale est décevante.

The young lady – William Oldroyd

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Ce film est inspiré du roman russe Lady Macbeth du district de Mtsensk de Nikolaï Leskov lui-même ayant un titre en référence à la machiavélique héroïne shakespearienne.

Il s’agit d’un film épuré, sec qui rappelle le cinéma « nordique » notamment celui d’Ingmar Bergman. Ce parti pris est en partie dû à un budget réduit au strict minimum. Cette mise en scène est au service d’une description crue de la condition féminine dans l’Angleterre victorienne.

Young-Lady

Lutte des classes

Dès le début, le film est marqué par le seau des inégalités économiques et sociales: le mariage est en fait le fruit d’une transaction autour d’un lopin de terre. L’épouse est méprisée et considérée comme rebutante. Même ses rythmes naturels les plus fondamentaux (sommeil, repas) sont régentés par son époux et son beau-père. L’extreme différence d’âge entre les époux constitue également une illustration de cette opposition qui va se transformer en lutte. Cette « lutte des classes » s’exprime aussi à travers le racisme de cette époque alors que presque tout le personnel de maison est noir.

Les tensions entre ces 3 « groupes » hommes/lady/domestiques seront croissantes et réservent quelques scènes glaçantes. Il est cependant un peu frustrant de n’avoir quasiment aucun accès à la psychologie de cette mystérieuse Lady. Impossible de déceler une évolution ou au contraire une forme de grain de folie présente dès le début. On assiste donc à une forme de fuite en avant dans laquelle seul le talent de la jeune actrice permet de croire encore à cette histoire.

Les petites chaises rouges – Edna O’Brien

Les Petites chaises rouges

 

J’avais découvert Edna O’Brien avec Crépuscule irlandais qui évoquait l’émancipation d’une Irlandaise exilée à Londres. Dans tous ses romans, elle s’efforce de décrire les mentalités de l’Irlande profonde et le destin des jeunes femmes en rupture avec ce milieu conservateur. Avec Les Petites chaises rouges Edna O’Brien poursuit cette analyse de façon originale.

La vie tranquille d’un village irlandais est chamboulée par l’arrivée d’un homme charismatique Vladimir Dragan originaire du Montenegro. Cette force de la nature au long cheveux noirs (quelque part entre Raspoutine et Zlatan Ibrahimovic) électrise les habitants du village et en particulier les femmes. Ajoutez à cela des compétences en médecine douce voire en sexothérapie pour mettre en place une vraie révolution douce dans ce village. En insérant cet élément perturbateur, Edna O’Brien nous fait (re)découvrir les villageois et le poids de religion. Mais cet homme cache bien des secrets en lien avec l’Histoire contemporaine…

Le portrait impressionniste d’une émancipation

Dans ce contexte, Fidelma, une belle femme qui dépérit dans ce village va tomber amoureuse de cet étranger. Ce basculement et ses conséquences (ainsi que le passé de Fidelma) sont décrits par bribes non chronologiques. Cette femme délicate et rêveuse va devoir affronter des révélations et une opprobre qui contrastent avec sa douceur. La culpabilité (et ses corollaires chrétiens: rédemption, exil…etc) vont faire découvrir à Fidelma une force qu’elle ne soupçonnait pas et lu faire rencontrer d’autres univers. C’est donc un roman assez poétique dans lequel l’auteure fait le choix d’esquisser certains éléments sans vouloir tout expliquer. Une belle lecture qui donne envie de revenir prochainement dans l’univers d’Edna O’Brien.

De l’autre côté de l’espoir

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C’est la première fois que je regarde un film d’Aki Kaurismäki, un cinéaste finlandais célèbre pour son style très reconnaissable: une vie en scène figée, des décors très « faux » et une certaine mélancolie. Dans ce film il s’intéresse à une amitié assez improbable entre un commerçant qui plaque tout pour reprendre une gargote miteuse et un jeune réfugié syrien. S’ensuit toute une série de péripéties absurdes et touchantes.

Une réflexion sur les apparences

Le réalisateur nous offre un belle réflexion sur les apparences et le comportement que les autres attendent de nous. C’est le cas pour les migrants et les interminables questionnaires auxquels ils doivent répondre en ayant l’air heureux d’être dans leur pays d’accueil sans trop en faire. Le restaurant qu’acquière Wikström est cédé « avec » les serveurs qui font littéralement partie du décor. Dans ce cadre on assiste à un véritable jeu de rôle sur le comportement attendu des employés, les faux semblants, les attitudes propres à chaque métier et un certain effacement de l’individu derrière son « rôle ». Même la Finlande en tant que pays est redécouvert à travers les yeux de Khaled.

Le hasard, les coups de chance et les coups du sort sont multiples dans le film et constitue l’autre  grand thème. Il se matérialise souvent par des rencontres inattendues une entraide et de la solidarité gratuite. Je manque un peu de recul pour saisir le ton des films du réalisateur mais il me semble étonnement optimiste.