Chanson Douce – Leïla Slimani

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Difficile d’avoir un avis original sur le Prix Goncourt 2016. Je vais tout même tenter de vous dire pourquoi j’ai aimé ce livre, car oui, sans surprise, je l’ai adoré.

Le pari d’évoquer un double infanticide dont l’issue est connue dès les premières pages était très courageux. Je trouve que l’auteure trouve la bonne distance avec ses personnages. Elle dresse le portrait d’un couple de parents petit bourgeois parisiens qui semblent enfermés dans un appartement trop petit, un quotidien insatisfaisant sans être insupportable et un certain nombre de non-dit. Ils ont bien du mal se positionner comme « patrons ».

D’autre part une nounou qui vit dans un meublé sordide mais se rend indispensable, pimpante et énergique dès qu’elle entre en contact avec cette famille. Elle semble se nourrir d’eux à la manière d’un vampire. Quelques flashback montre un passé difficile mais partiellement montré. On ne saura pas tout sur elle et c’est mieux ainsi. Leïla Slimani ne cherche pas à tout expliquer ou à se lancer dans des théories psychologiques ou sociales.

Un roman inscrit dans une longue tradition

D’autre part, d’un point vue plus « littéraire » je dirais que se roman place dans un longue tradition de livres racontant l’envers du décor des petits appartements bourgeois. Les exemples sont multiples Les Rougon-Macquart d’Emile Zola, La Cousine Bette de Balzac ou encore Le journal d’une femme de chambre de Octave Mirbeau. Il fait également écho à des faits-divers plus anciens que celui dont il s’inspire comme l’affaire Violette Nozière qui vivait un appartement minuscule et sordide avec ses parents. On se croirait aussi parfois dans un film de Claude Chabrol comme La cérémonie. Il n’est donc pas surprenant que ce roman ait tapé dans l’oeil des jurés du Goncourt!

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Loving – Jeff Nichols

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Je suis une grande fan du cinéma de Jeff Nichols et en particulier de son film Mud, sur les rives du Mississippi. Midnight Special m’avait déçue mais j’attendais beaucoup de son nouveau film inspiré d’une histoire vraie, celle d’un couple mixte interdit de se marier dans l’Etat de Virginie à la fin des années 1950.

Un cinéaste du sensible 

Jeff Nichols s’approprie parfaitement cette histoire vraie. Loin de se sentir écrasé par l’aspect historique des faits il décrit une vie de couple et de famille au plus près des personnages et de leur vie quotidienne. La vie au grand air, le vent qui soulève les robes de grossesse de Mildred (Ruth Negga), la cohabitation naturelle entre noirs et blancs, les courses de voitures. Le réalisateur s’attache à  nous présenter les petites choses qui en font un couple soudé et amoureux, ce qui constitue leur mariage: le travail manuel de Richard, sa volonté de prendre soin de sa femme, les enfants qui s’enchaînent…etc.

Jeff Nichols aborde le thème du racisme et de la ségrégation de façon presque indirecte. La violence est présente par intermittence (comme souvent dans ses films) par exemple lors des arrestations sans ménagement et de l’exil forcé des époux vers un Etat où le mariage « mixte » est légal. Aussi étonnant que cela puisse paraître c’est leur difficulté à apprécier un mode de vie urbain étouffant qui les pousse à multiplier les recours juridiques dans l’espoir de revenir en Virginie.

Un film d’une grande sobriété 

Les détails juridiques sont peu développés et les 2 principaux avocats qui leur viennent en aide sont très modestes, loin des orateurs dieux-vivants dont nous gratifie régulièrement Hollywood. Le couple est lui-même discret et peu bavard, les acteurs ont l’élégance de s’effacer derrière leurs personnalité respectives. La reconstitution historique frôle la perfection.

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Photoshoot des Loving reconstitué dans le film

Bridget Jones 1 & 2 Helen Fielding

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Comme beaucoup de monde j’ai découvert Bridget Jones à travers les adaptations ciné. Si au premier visionnage je n’ai pas forcément ressenti une empathie énorme pour le personnage, avec le temps j’ai davantage apprécié l’humour et les références pop-culture de cette série de films. J’ai donc décidé de m’attaquer aux 2 premiers romans en V.O (et j’ai également lu d’une traîne le Bridget Jones Baby écrit à l’occasion de la sortie du film mais en français cette fois). Cela m’a pris un petit peu de temps mais le format de journal rythme bien la lecture et en début d’année c’est plutôt de circonstance compte tenu de la place qu’occupent les bonnes résolution de l’héroïne.

Je dois dire que c’est une belle réussite qui mérite son statut de roman « culte ». Tout d’abord l’auteure réussit à nous faire découvrir l’entourage de Bridget mais aussi ses petits défauts et sa mauvaise foi alors même qu’elle est la seule narratrice puisqu’elle s’adresse à son journal. L’humour est très présent et on s’identifie aisément à cette femme maladroite qui a du mal à gérer les deadline, qui se fixe des objectifs souvent inatteignables et qui apprécie qu’il y ait un peu de drame et d’action dans sa vie et celle de ses proches.

Pour employer les grands mots je pense aussi qu’au niveau culturel voire social Helen Fielding voit juste et popularise pas mal de concepts: la solitude des trentenaires urbains, le travail de bureau qui n’a pas toujours beaucoup de sens, les relations femmes-hommes, le célibat de longue durée malgré la libération des moeurs, les amis qui deviennent une famille de substitution…etc.

Si ces livres ont posé les jalons de la Chick-Lit aujourd’hui subdivisée en de nombreux sous-genre c’est aussi une réécriture libre d’Orgueil et Préjugés et dans une moindre mesure Persuasion pour le Tome 2. Les références à l’adaptation de 1995 avec Colin Firth sont d’autant plus marrantes que l’acteur interprètera plus tard Mark Darcy.

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Le look unique de Mark Darcy a popularisé la mode du Jumper Day

Il me reste désormais à lire Folle de lui le Tome 3 qui je suis sûre s’attaque de manière pertinente à l’amour au temps d’internet.

Bilan Lecture 2016 & Envies 2017

Cela me paraît loin maintenant mais le début de l’année 2016 a commencé par ma seconde participation au jury du  Roman des étudiants France Culture-Télérama. J’ai encore fait de belles découvertes avec notamment le roman de Camille Laurens Celle que vous croyez, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan (en cours d’adaptation au ciné) ou encore La Cache de Christophe Boltanski.  Les 2 derniers sont désormais disponibles en poche alors n’hésitez-pas.

J’ai également poursuivi des oeuvres d’auteures auxquelles je suis devenue accro comme Daphné du Maurier qui m’a profondément ému avec Le bouc-émissaire. J’aimerais poursuivre sur ma lancée en lisant en priorité Ma cousine Rachel dont l’adaptation sortira cette année.

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Rachel Weisz dans le rôle-titre

Idem pour Joyce Maynard, dont je poursuis l’oeuvre toujours avec plaisir (Baby Love et bientôt la chronique son dernier roman traduit en français Les règles d’usage).

J’ai aussi lu quelques essais féministes (La chair interdite, Laetitia ou la fin des hommes) et j’aimerais poursuivre sur ma lancée en lisant plus d’ouvrages anglo-saxons sur ce sujet.

J’ai envie de lire du Stephen King et plus généralement de découvrir plus de thrillers, j’ai envie de redécouvrir Stefan Zweig dont j’aime beaucoup l’univers.

Bilan Cinéma 2016

Je suis allée voir environ 80 films au cinéma cette année, j’ai bien profité du Festival Cine-cool qui propose des avant-premières à la fin du mois d’août. J’ai eu plusieurs coup de coeurs notamment pour des films avec des rôles féminins forts mais aussi souvent un sentiment du style « Je ne regrette pas de l’avoir vu mais il n’est pas extraordinaire ».

Mon Top 5 

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Ce qui m’a marqué dans ce biopic c’est sa subtilité pour traduire le malaise de cet écrivain qui oscille entre tristesse, impuissance et honte face à sa situation d’exilé relativement privilégié eu égard à se qui se passe en Allemagne et en Autriche. La construction en 5 actes dans des lieux différents confère une dimension de tragédie à ce film. La chronique.

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Un très beau film d’une lenteur et d’une mélancolie touchantes. Il fait porter un propos existentiel (le temps, le langage) à une mère en deuil (sublime Amy Adams). La chronique.

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Un film amoral qui semble hors du temps. Isabelle Huppert a clairement mérité son Golden Globe. La chronique.

Colonia

Un film très fort qui utilise l’Histoire du Chili pour réaliser un thriller sentimental. Chronique.

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Un très beau film historique qui rappelle parfois Ida. Les échanges entre l’infirmière (Lou de Lâage) et les soeurs (toutes très différentes) sont fascinants. Chronique.

D’autres films m’ont plus comme L’économie du couple, Le fils de Jean et La danseuse côté français. Côté international Pedro Almodovar livre une nouvelle fois un film à la mise en scène sublime avec Julieta. Enfin, j’ai beaucoup aimé le retour de Bridget Jones d’autant plus que je viens de lire le livre en v.o., je vous en parle bientôt.

Quelques déceptions avec Midnight Special, Conjuring 2 ou encore Les Visiteurs.

Elle – Paul Verhoeven

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Synopsis (Allociné): Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. 

Chronique: Isabelle Huppert joue de son image en incarnant une compilation de ses rôles de bourgeoise dominatrice et névrosée (notamment chez Chabrol et Haneke). Le résultat est jouissif, dynamique et totalement amoral. C’était d’autant plus agréable, que le réalisateur néerlandais insuffle une vraie dynamique que l’on trouve rarement dans les films français.

Une héroïne insaisissable

En effet,  c’est presque un film d’action tant Michèle enchaîne les problèmes et les décisions avec un rejet total de la psychologie. Il y a bien sûr les scènes de viols à répétition auxquelles elle tente de préparer une défense tel un joueur de jeux vidéos qui s’améliore à chaque partie. Elle apprend à utiliser un pistolet, elle enquête sur ses employés…etc. Elle doit en parallèle gérer les délais serrés de son entreprise de jeux vidéos, des amants, une mère envahissante, un fils gros bêta et le très lourd passé judiciaire de son père.

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Ce film parfaitement rythmé est donc un vrai défi à la psychologie et à nos conceptions du traumatisme, de la peur ou du statut de victime. Tout n’est bien sûr pas à prendre au premier degré mais il s’agit d’une satire efficace des relations sociales (cupidité, trahison, ex « toxiques »…etc.). C’est aussi le portrait d’une héroïne qui utilisent toutes les méthodes pour triompher des multiples obstacles.

Premier Contact

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Chronique: J’ai été attirée par la B-A de ce film qui laisse la part belle aux sciences humaines dans un contexte de présence extraterrestre. Il s’inscrit dans le courant des films de science-fiction contemplatifs voire philosophiques (2001 Odyssée de l’espace, Solaris ou plus récemment Interstellar).

Le film repose avant tout sur la rencontre entre une scientifique hors pair (qui est aussi une mère meurtrie) et un évènement d’échelle planétaire qui lui permettra de révéler toute l’étendue de son talent. Dans l’absolu on peut sourire de l’aspect très héroïque de cette femme et de son discret binôme (Jeremy Renner) sur lesquels reposent tous les espoirs américains. Mais progressivement par son approche originale, Louise effectue des avancées spectaculaires dans ses échanges avec les extraterrestres.

La lenteur de la première heure du film, la musique angoissante et la guerre qui menace donnent au film donne un aspect familier même si on sait qu’on peut en attendre bien plus qu’un blockbuster classique. La réussite du film tient dans une accélération vertigineuse de l’intrigue, qui modifie bien des enjeux (au point qu’un second visionnage s’impose), révèle des éléments de la personnalité de Louise et ouvre des questions fascinantes (lien entre langage et manière d’aborder le temps, difficultés des relations geopolitiques…etc). Je ne peux pas vous en dire plus.

En conclusion, c’est peut être LE film qui consacre Amy Adams une actrice talentueuse, nommé presque tous les ans aux prix qu’on associait pas forcément à un film phare. Elle donne ici pleinement corps au personnage fascinant de Louise sur lequel repose ce film qui est l’un des plus beaux de l’année!