Bilan Lecture 2016 & Envies 2017

Cela me paraît loin maintenant mais le début de l’année 2016 a commencé par ma seconde participation au jury du  Roman des étudiants France Culture-Télérama. J’ai encore fait de belles découvertes avec notamment le roman de Camille Laurens Celle que vous croyez, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan (en cours d’adaptation au ciné) ou encore La Cache de Christophe Boltanski.  Les 2 derniers sont désormais disponibles en poche alors n’hésitez-pas.

J’ai également poursuivi des oeuvres d’auteures auxquelles je suis devenue accro comme Daphné du Maurier qui m’a profondément ému avec Le bouc-émissaire. J’aimerais poursuivre sur ma lancée en lisant en priorité Ma cousine Rachel dont l’adaptation sortira cette année.

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Rachel Weisz dans le rôle-titre

Idem pour Joyce Maynard, dont je poursuis l’oeuvre toujours avec plaisir (Baby Love et bientôt la chronique son dernier roman traduit en français Les règles d’usage).

J’ai aussi lu quelques essais féministes (La chair interdite, Laetitia ou la fin des hommes) et j’aimerais poursuivre sur ma lancée en lisant plus d’ouvrages anglo-saxons sur ce sujet.

J’ai envie de lire du Stephen King et plus généralement de découvrir plus de thrillers, j’ai envie de redécouvrir Stefan Zweig dont j’aime beaucoup l’univers.

Bilan Cinéma 2016

Je suis allée voir environ 80 films au cinéma cette année, j’ai bien profité du Festival Cine-cool qui propose des avant-premières à la fin du mois d’août. J’ai eu plusieurs coup de coeurs notamment pour des films avec des rôles féminins forts mais aussi souvent un sentiment du style « Je ne regrette pas de l’avoir vu mais il n’est pas extraordinaire ».

Mon Top 5 

Stefan-Zweig

Ce qui m’a marqué dans ce biopic c’est sa subtilité pour traduire le malaise de cet écrivain qui oscille entre tristesse, impuissance et honte face à sa situation d’exilé relativement privilégié eu égard à se qui se passe en Allemagne et en Autriche. La construction en 5 actes dans des lieux différents confère une dimension de tragédie à ce film. La chronique.

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Un très beau film d’une lenteur et d’une mélancolie touchantes. Il fait porter un propos existentiel (le temps, le langage) à une mère en deuil (sublime Amy Adams). La chronique.

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Un film amoral qui semble hors du temps. Isabelle Huppert a clairement mérité son Golden Globe. La chronique.

Colonia

Un film très fort qui utilise l’Histoire du Chili pour réaliser un thriller sentimental. Chronique.

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Un très beau film historique qui rappelle parfois Ida. Les échanges entre l’infirmière (Lou de Lâage) et les soeurs (toutes très différentes) sont fascinants. Chronique.

D’autres films m’ont plus comme L’économie du couple, Le fils de Jean et La danseuse côté français. Côté international Pedro Almodovar livre une nouvelle fois un film à la mise en scène sublime avec Julieta. Enfin, j’ai beaucoup aimé le retour de Bridget Jones d’autant plus que je viens de lire le livre en v.o., je vous en parle bientôt.

Quelques déceptions avec Midnight Special, Conjuring 2 ou encore Les Visiteurs.

Elle – Paul Verhoeven

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Synopsis (Allociné): Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. 

Chronique: Isabelle Huppert joue de son image en incarnant une compilation de ses rôles de bourgeoise dominatrice et névrosée (notamment chez Chabrol et Haneke). Le résultat est jouissif, dynamique et totalement amoral. C’était d’autant plus agréable, que le réalisateur néerlandais insuffle une vraie dynamique que l’on trouve rarement dans les films français.

Une héroïne insaisissable

En effet,  c’est presque un film d’action tant Michèle enchaîne les problèmes et les décisions avec un rejet total de la psychologie. Il y a bien sûr les scènes de viols à répétition auxquelles elle tente de préparer une défense tel un joueur de jeux vidéos qui s’améliore à chaque partie. Elle apprend à utiliser un pistolet, elle enquête sur ses employés…etc. Elle doit en parallèle gérer les délais serrés de son entreprise de jeux vidéos, des amants, une mère envahissante, un fils gros bêta et le très lourd passé judiciaire de son père.

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Ce film parfaitement rythmé est donc un vrai défi à la psychologie et à nos conceptions du traumatisme, de la peur ou du statut de victime. Tout n’est bien sûr pas à prendre au premier degré mais il s’agit d’une satire efficace des relations sociales (cupidité, trahison, ex « toxiques »…etc.). C’est aussi le portrait d’une héroïne qui utilisent toutes les méthodes pour triompher des multiples obstacles.

Premier Contact

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Chronique: J’ai été attirée par la B-A de ce film qui laisse la part belle aux sciences humaines dans un contexte de présence extraterrestre. Il s’inscrit dans le courant des films de science-fiction contemplatifs voire philosophiques (2001 Odyssée de l’espace, Solaris ou plus récemment Interstellar).

Le film repose avant tout sur la rencontre entre une scientifique hors pair (qui est aussi une mère meurtrie) et un évènement d’échelle planétaire qui lui permettra de révéler toute l’étendue de son talent. Dans l’absolu on peut sourire de l’aspect très héroïque de cette femme et de son discret binôme (Jeremy Renner) sur lesquels reposent tous les espoirs américains. Mais progressivement par son approche originale, Louise effectue des avancées spectaculaires dans ses échanges avec les extraterrestres.

La lenteur de la première heure du film, la musique angoissante et la guerre qui menace donnent au film donne un aspect familier même si on sait qu’on peut en attendre bien plus qu’un blockbuster classique. La réussite du film tient dans une accélération vertigineuse de l’intrigue, qui modifie bien des enjeux (au point qu’un second visionnage s’impose), révèle des éléments de la personnalité de Louise et ouvre des questions fascinantes (lien entre langage et manière d’aborder le temps, difficultés des relations geopolitiques…etc). Je ne peux pas vous en dire plus.

En conclusion, c’est peut être LE film qui consacre Amy Adams une actrice talentueuse, nommé presque tous les ans aux prix qu’on associait pas forcément à un film phare. Elle donne ici pleinement corps au personnage fascinant de Louise sur lequel repose ce film qui est l’un des plus beaux de l’année!

Le client – Asghar Farhadi

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Synopsis (Allociné): Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d’importants travaux menaçant l’immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l’ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple.

Chronique: Le réalisateur iranien nous a habitué à mêler finement les drames familiaux et sociaux pour en tirer des films très forts et quasi-cornéliens. Avec ce dernier film, le résultat est moins magistral mais il nous touche avec une description très touchante du quotidien de ce couple d’acteurs.

Dans ce film Asghar Faradhi fait le choix d’un rythme  plus soutenu que dans ses huis-clos habituels. Dès la première scène le jeune couple doit quitter son appartement menacé d’effondrement puis ils doivent gérer rapidement un déménagement, les heures de travail en tant que professeur pour Emad, les transports et les soirées consacrées au répétitions de La mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le couple de comédiens est bien intégré à la société iranienne et leur quotidien est plutôt heureux et banal.

L’agression que va subir Rana va dévoiler  les hypocrisies de la société iranienne même si Asghar Faradhi ne condamne pas très durement la population. La police et la justice sont entièrement absents difficile donc de les juger. C’est surtout la détérioration de la vie du couple qui est montrée. Malheureusement, le réalisateur peine à terminer son film, la fin est beaucoup moins travaillée que lors de ses précédents films. L’intrigue se dilue un peu et perd en intérêt.

Au final, c’est un film avec beaucoup de moments « vrais » qui nous touchent mais le scénario (pourtant primé à Cannes) aurait mérité une meilleure fin.

Dr Strange – Scott Derrickson

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Synopsis (Allociné): L’histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son ego de côté et apprendre les secrets d’un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives.

Chronique: Marvel poursuit la transposition au cinéma de l’univers comics. Je dirais que cet opus qui introduit un nouveau personnage est efficace mais un peu facile.

Benedict Cumberbatch (que j’adore) interprète parfaitement ce chirurgien surdoué, arrogant et un brin sociopathe (et oui cela rappelle beaucoup Sherlock). Sa volonté de guérir ses mains et de donner un nouveau souffle à sa vie l’emmène au Nepal où il fréquentera une sorte de confrérie bouddhiste qui pourrait bien lui permettre de multiplier ses pouvoirs. La thématique d’une meilleure utilisation de son corps grâce à un mélange d’érudition, d’exercices physiques accompagnés de magie est plaisante. Son apprentissage se déroule donc entre humour à deux balles (de nombreuses blagues tournent autour de son nom) et références à la pop-culture. Il y a finalement peu de personnages en dehors de L’Ancienne (l »iconique Tilda Swinton) et le a priori naïf Karl Mordo (je ne connais pas les comics, il semblerait que son personnage soit très important par la suite).

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De manière très classique (ou en tous cas attendue) le film bascule vers plus d’action. Marvel s’est fait plaisir sur les décors reconstitués de grandes métropoles, les bagarres entre corps et aussi entre esprits et des couleurs assez new age (violets, boules de feu, paillettes). On est parfois au bord du ridicule avec de tels costumes (Mads Mikkelsen est bien servi) et des réactions parfois un peu exagérées. Mais cela reste un épisode d’exposition intéressant, reste à savoir comment Dr Strange sera valorisé dans les prochains films.

Laetitia – Ivan Jablonka

Laetitia

Cet essai revient sur un fait divers dont vous avez surement entendu parler en janvier 2011, celui de l’enlèvement suivi du meurtre de Laetitia Perrais, 18 ans, une jeune femme placée en famille d’accueil. À l’horreur du crime s’ajoute l’attitude goguenarde du coupable et la découverte quelques mois plus tard des abus sexuels que Laetitia et sa soeur jumelle ont subi au sein de leur famille d’accueil.

J’ai découvert cette enquête à la fin du mois d’août à travers d’innombrables articles dithyrambiques, je l’ai donc choisi lors du Livre sur la Place et j’ai pu rencontre l’auteur qui a l’air très gentil et qui correspond parfaitement à l’image du  « professeur d’université »!

Le fait-divers comme objet historique

L’auteur prend le fait divers comme point de départ de son enquête mais réalise en fait un portrait de Laetitia et des personnes qui sont un jour intervenues dans sa vie (notamment les services sociaux et juridiques). Il prend le temps de mettre en lumière chaque personne et chaque thème et semble même parfois ne pas vouloir mettre un terme à ce livre. L’idée de faire le portrait d’une personne ou d’un groupe social ayant eu affaire à la justice n’est pas nouvelle. Au XXe siècle, les historiens se sont emparés de faits divers célèbres du XIXe siècle (Antoine Léger, Pierre Rivière, Lacenaire) et en ont tiré des informations sur le contexte social et familial. La littérature et le cinéma en ont fait de même en s’inspirant d’affaires criminelles (De sang Froid de Truman Capote par exemple). Mais tous ces écrits perpétuent une certaine fascination pour les criminels. Ivan Jablonka fait le choix d’accorder enfin la place centrale à personne qui a eu une vie « normale » avant d’être victime d’un meurtre. De plus, il s’attaque à notre société toute entière (fragilité des enfants, récupération politique de l’affaire…etc).

Le portrait d’une femme et d’une époque

Il décrit le quotidien d’une jeune femme de 18 ans à qui il faut parfois 1h30 de bus pour se prendre à son lycée professionnel, qui a souffert de multiples violences, alors qu’elle était encore bébé, qui souffre de problèmes d’orthographe quasi-dyslexiques mais qui ne se résigne pas. Il détaille toutes les difficultés sociales et personnelles pour mieux expliquer ensuite qu’il n’y pas pour autant un déterminisme qui la confinerait au statut de victime. Charmante, protectrice avec les plus jeunes, elle est sur le point d’avoir un métier. C’est d’ailleurs désormais le cas de sa soeur jumelle Jessica à qui l’auteur rend un vibrant hommage à la fin du roman. On imagine leurs dialogues faits d’humanité et d’autant plus faciles, peut être, qu’il incarne tout l’inverse des hommes que les jumelles ont côtoyé.

Si beaucoup de passages soulignent la petitesse des êtres humains et des circonstances qui entraînent la médiatisation d’une affaire judiciaire, Ivan Jablonka souligne le travail de l’ombre des enquêteurs qui s’installent parfois de longs mois sur les lieux de l’affaire, loin de leur famille. J’ai beaucoup appris sur leur travail et sur celui des travailleurs sociaux.  Enfin, j’ai apprécié le courage d’Ivan Jablonka de faire preuve d’empathie et de subjectivité envers Laetitia, d’une certaine façon cela prouve qu’il est suffisamment sûr de la solidité de ses recherches et de son enquête. Ce style nouveau renforce plus généralement l’Histoire en tant que science humaine et lui permet de toucher un public plus large.