No Impact Man

No Impact Man

noimpactman

J’ai découvert cet essai sur le blog Une Tasse de culture. L’auteur a  entraîné sa famille new-yorkaise dans le défi de réduire leur impact sur l’environnement en modifiant leur mode vie (transport, déchets, alimentation…) pour une durée d’un an. Même si l’auteur n’est pas scientifique il nous offre un habile mélange entre données climatiques, anecdotes et conseils pratiques. Je trouve que ce mélange typiquement américain manque aux essais français qui sont bien trop scolaires.

L’auteur commence par faire son mea culpa en se rendant compte qu’au lieu de tenter de changer les autres il devrait commencer par changer lui-même. Il décide donc de se lancer ce défi un peu fou de réduire quasiment à zéro l’empreinte énergétique de sa famille durant une année. Son épouse, working girl et accro au shopping est plus que sceptique mais elle s’adapte et se montre parfois plus radicale que lui!

Il faut souligner que cette petite famille part de loin puisqu’ils se nourrissent presque entièrement de préparations achetées chez des traiteurs. Certains de leurs efforts comme celui de cuisiner pour la première fois de leur vie ne seront pas nécessairement parlants pour les Français. L’auteur fait cependant le tour des principales questions: déchets, production locale, gâchis énergétique… mais les limites (faut-il vraiment priver son enfant de lumière le soir?).

Durant cette année, les changements sont aussi sociaux voire philosophiques comme passer davantage de temps en famille et même méditer.

Bref, il ne s’agit pas d’un guide pratique, j’y ai trouvé moins d’astuces concrètes que ce que j’aurais pu imaginer. Mais c’est un récit sans prétention avec une bonne dose d’auto-dérision. Ce projet a connu un écho très important à travers le blog de Colin Beavan et un documentaire. Un succès qui semble agacer en France.

Le bois du rossignol – Stella Gibbons

Le bois du rossignol – Stella Gibbons

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Résumé: Mariée très jeune, Viola Wither se retrouve veuve à vingt et un ans et contrainte de quitter Londres pour emménager avec sa belle-famille pingre et austère, dans leur demeure de l’Essex. Elle y côtoie sa belle-sœur Tina et, de l’autre côté de la vallée, Victor Spring, son amour secret de jeunesse. 

Chronique: Stella Gibbons (1902-1989) est souvent présentée comme la Jane Austen du XXe siècle. Après la lecture de ce roman, je dirais qu’on est plus proche de Mansfield Park ou d’Emma que d’Orgueil et préjugés. Car il faudrait préciser d’emblée que roman est assez long (520 pages) et qu’il n’a pas un style très « enlevé ». Au contraire l’auteure prend le temps de décrire avec ironie le quotidien de quelques familles d’un petit village qui ne se situe pas très loin de Londres. Il se passe peu de choses durant une grande partie du roman mais le lecteur pressent que des bouleversements se préparent.

« Aux Aigles, la famille c’était rassemblée au salon en cette heure morne où le thé est passé depuis longtemps sans que le dîner soit encore en vue. C’était une scène tranquille qui aurait irrité un communiste. »

L’auteure évoque avant tout les traditions encore très présentes (mariage, famille, argent) malgré les évolutions d’une société un peu moins rigide (Viola a par exemple été employée dans un magasin avant de se marier). Le ton est donc ironique mais reste aussi très sage, le narrateur se comporte comme s’il relayait des commérages à l’occasion d’un thé entre dames respectables, certains mots sont même passés sous silence et décrits à travers des périphrases. Cet aspect un peu sage de l’auteure m’a déçu même s’il correspond sans doute à sa personnalité.

L’un des autres grands thèmes en dehors des traditions, est selon moi la faiblesse de caractère des personnages. Même s’ils ont tous des qualités et des ambitions à l’image du chauffeur Saxon qui rêve de séduire une demoiselle de famille riche, les personnages ne sont pas conscients de leurs défauts ou faiblesses. Le narrateur se plaît à souligner leur naïveté ou leur manque d’expérience ce qui est très drôle à suivre pour le lecteur qui est finalement plus renseigné que les personnages.

Il s’agit donc d’un roman très agréable à lire même j’aurais aimé un peu plus de nerf et une plus grande audace de l’auteure (on a déjà lu plus cru à des époques antérieures). Mais au final ce roman représente bien une certaine idée de l’Angleterre.

L’épreuve – Erik Poppe

L’épreuve – Erik Poppe

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Synopsis: Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu’elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l’explosion d’une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l’angoisse provoquée par les risques que son métier impose.

Chronique: Lorsque j’ai découvert que ce film allait bientôt sortir j’ai tout de suite été intéressée par le thème et par ce couple un peu improbable Juliette Binoche-Nicolaj Coster-Waldau.

Rebecca revient donc dans sa famille après avoir été gravement blessée et hospitalisée. Pour son mari c’est la frayeur de trop. Il se montre taciturne, le spectateur adopte alors le point de vue de Rebecca qui souhaite regagner l’amour de son mari sans renier son métier. Nicolaj Coster-Waldau joue donc essentiellement sur son charisme et son charme pour interpréter ce père de famille.  Juliette Binoche est elle parfaitement à l’aise de ce rôle de femme ambitieuse mais touchante, elle est si bien habituée à ce type de personnages.

La différence d’âge entre les deux filles de Rebecca permet de traiter le problème sous deux regards complémentaires.  L’aînée Stephanie est en pleine crise d’adolescence, la mère et la fille doivent ré-apprendre à se connaître. Cela donne lieu à des discussions très intéressantes sur le métier et la vocation de Rebecca. Avec la jeune Lisa, on explore davantage les sentiments, le manque et l’inquiétude face au traumatismes de sa mère.

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L’ensemble est filmé avec une lumière saturée qui retranscrit bien l’état  semi-conscient dans lequel se trouve Rebecca les premières semaines après son retour. Le film est un peu alourdi par des métaphores qui manquent de subtilité sur l’indépendance. Malgré ces lourdeurs et quelques longueurs, ce film le mérite de souligner l’hypocrisie des médias qui publient certains récits selon le contexte politique mais également l’hypocrisie des citoyens qui ne sont choqués que par ce qu’ils voient de près.

La fin du film est particulièrement marquante, elle donne tout son sens à la volonté de Rebecca d’aller au bout de celle qu’elle doit accomplir.

Oona et Salinger – Frederic Beigbeder

Oona et Salinger – Frederic Beigbeder

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Frederic Beigbeder a choisi je s’éloigner un peu de l’autofiction en évoquant l’amourette de Oona O’Neill et J.D Salinger dans les 1940’s. Les liens entre les vies de ces deux célébrités et celle de Beigbeder sont cependant nombreux.

Tout d’abord faisons un point sur J.D Salinger. L’auteur de L’Attrape coeur semble être l’un des écrivains préférés de Frederic Beigbeder. Son roman sur un adolescent de bourgeois qui refuse d’entrer dans le monde des adultes est un classique controversé du XXe siècle. Personnellement, je n’avait pas réellement adhérer à ce roman.

Oona O’Neill, elle est la fille du Prix Nobel Eugène O’Neill qui la délaisse depuis son enfance. Elle bénéficie d’une liberté totale et passe son temps à sortir avec d’autres « It-Girls » et Truman Capote.

On ne sait quasiment rien de l’idylle entre ces deux jeunes gens âgés de 16 et 21 ans lorsqu’ils se rencontrent.  On sait uniquement que J.D Salinger a envoyé des lettres à Oona durant la Seconde Guerre Mondiale. Cela permet à Beigbeder d’imaginer leur flirt. Il le fait très bien, en distillant d’habiles formules sur l’importance du premier amour. Les lettres qu’il imagine sont particulièrement bien écrites, il se fond littéralement dans la peau des deux héros. Il parvient également très bien à imaginer et transcrire l’expérience de J.D Salinger durant la Seconde Guerre mondiale en la mettant en parallèle avec celle d’Hemingway. Je regrette juste que l’auteur ait inséré quelques anachronismes poussifs dans certains dialogues notamment sur le téléphone portable.

Mais cette courte Idylle n’est pas le seul thème du roman. Frederic Beigbeder évoque avec une grande bienveillance et un certain humour le couple formé par la suite par Oona Salinger et Charlie Chaplin de 36 ans son aîné. Ayant lui-même épousé Lara Micheli de 25 ans sa cadette Frederic Beigbeder fait l’éloge de la complémentarité entre un homme âgé et une jeune femme, étrangement il n’évoque jamais l’hypothèse d’une femme âgée avec un homme plus jeune. Un peu caricaturale, cette partie a le mérite de montrer le désamour entre Charlie Chaplin et Hollywood. Ce dernier accusé de communisme finit par s’exiler en Europe, c’est une partie de sa vie assez peu connue du grand public.

Frederic Beigbeder réussit donc à rendre hommage à l’écrivain reclus voire maudit J.D Salinger et à la « pureté » du premier amour. Il ne se contente pas de cela et évoque également la participation des Etats-Unis à la seconde guerre mondiale et le mariage de Oona et Chaplin. J’ai été davantage touchée par J.D Salinger et son évolution suite à l’expérience de la guerre ce qui éclaire à la fois L’attrape-coeur et la misanthropie de cet écrivain.

Une belle fin – Uberto Pasolini

Une belle fin – Uberto Pasolini

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Synopsis (Allociné): Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Note: 07/10

Chronique: Une belle fin est un film très subtil, dans lequel il ne se passe pas grand chose mais qui porte des valeurs humanistes.

Le personnage principal sur lequel repose tout le film est brillamment interprété par Eddie Marsan (Lestrade dans les Sherlock Holmes de Guy Ritchie). Il mène une vie très solitaire et ritualisée. Il se consacre entièrement à l’organisation d’enterrements de personnes isolées. Il apparaît donc assez clair qu’il fait lui-même partie de cette catégorie de personnes qui risque de n’avoir lui-même personne à son enterrement. Ce personnage nous questionne et nous met mal à l’aise car il est apparemment heureux de mener une vie très différente de l’idéal commun (famille, amis, couple). Tout en vivant au marge de la société, il a une responsabilité profondément sociale et humaine d’assurer un rite funéraire. La dignité du personnage contraste avec son supérieur antipathique (Andrew Buchan) et une collègue peu délicate.

Dans la seconde partie du film, le personnage casse sa routine et rencontre de nombreux personnages notamment une charmante jeune femme (Joanne Frogatt), fille d’un homme récemment décédé. On se met donc à rêver d’une sorte de feel-good movie à l’anglaise. Cependant, le film poursuit dans sa veine réaliste voire naturaliste selon les propos du réalisateur. La fin peut laisser perplexe voire déplaire mais elle s’inscrit dans la logique du réalisateur.

Il s’agit donc d’un film qui sous une froideur apparente évoque des sujets profondément humains (la relation à l’autre, l’exclusion social et les rites sociaux). Ce sont des sujets qui peuvent rebuter, il s’agit de thèmes plus souvent traités à travers la littérature mais c’est un film qui vaut le coup d’oeil.

Big Eyes – Tim Burton

Big Eyes – Tim Burton

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Synopsis (Allociné): Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret.

Note: 05/10

Critique: Tim Burton livre un film en demi-teinte à propos d’un scandale qui avait pourtant un grand potentiel.

Le premier plan du film nous montre une banlieue proprette des années 1950, on pourrait se croire dans le lotissement d‘Edward aux mains d’argent, chef d’oeuvre du réalisateur. Par la suite, la scène de fuite du premier domicile conjugal au volant d’une voiture rappelle de nombreuses scènes cultes du cinéma.

Tim Burton déroule la rencontre entre Margaret et un artiste beau-parleur et dragueur. On comprend que cette femme timide et sensible puisse être impressionnée par ce personnage. Le mariage survient rapidement compte tenu de l’époque et de sa situation difficile de mère divorcée. Le mari prend la carrière de son épouse en main et tente d’exposer ses « Big Eyes ». S’en suit une critique féroce du comportement de son mari et de la presse mondaine.

Le problème est que Tim Burton ne livre jamais de réel point de vue artistique sur ces Big Eyes. Il se contente de répéter que les personnes achètent les Big Eyes parce qu’ils les « touchent ». Mais est-ce réellement de l’art? Que penser des reproductions (sous forme de poster…etc.) des oeuvres d’art? Si les oeuvres de Margaret ne sont pas des oeuvres d’art le scandale et la critique du monde de l’art serait alors au moins double. D’autre part, en approfondissement la psychologie de Margaret, le scenario aurait pu être plus abouti.

Tim Burton esquive ces sujets passionnants pour se contenter de montrer la douceur et la fragilité de Margaret. Si les deux acteurs sont parfaits, le film manque de rythme. On assiste cependant à une scène d’anthologie au tribunal dans laquelle Christoph Waltz peut pousser la duplicité de son personnage à l’extrême et apporter une pointe d’humour bienvenue.

Au final, si le film est correct formellement, il se montre un peu trop bienveillant avec le personnage principal (encore vivante) et manque l’occasion d’apporter une reflexion intéressante sur l’art contemporain.

American Sniper – Clint Eastwood

American Sniper – Clint Eastwood

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Note: 07/10

Synopsis (Allociné): Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ».

Chronique: Ce film a déjà été beaucoup commenté sur la toile et cela fait un petit bout de temps que je l’ai vu mais je souhaitais tout de même rassembler mes pensées dans une chronique. En effet, si ce film n’est pas parfait, je suis assez surprise de voir à quel point les spectateurs le considèrent comme une oeuvre de propagande au service de l’action américaine en Iraq. Je vais donc essayer d’avancer les éléments qui selon moi prouvent que American Sniper n’est pas à la gloire de la guerre en Iraq.

Tout d’abord, il suffit de voir la vie que mène Chris Kyle avant de s’engager en Iraq. Il participe à des tournois de rodéo de seconde zone en compagnie de son frère et semble totalement perdu dans sa vie sentimentale. Vers l’âge de 25 ans (il en paraît plus dans le film), sans attaches, il décide d’accomplir quelque chose de sa vie, de se lancer un défi en partie physique en intégrant l’armée. Les attentats du 11 septembre lui paraissent comme imposants nécessairement une guerre extérieure pour protéger les Etats-Unis. Cependant, son épouse ne partage pas son point vue et tout au long du film lui rappelle à quel point la protection de ses proches ne passe pas par la guerre en Iraq. Le film ne présente pas une seule vision de la guerre, d’autres témoignages négatifs à l’égard du conflit apparaissent durant le film.

De plus, tout au long du film on voit très bien à quel point les militaires n’ont pas accès à une réelle vision globale ou stratégique du conflit. Les « ennemis » iraqiens sont globalement montrés sous un jour négatif car ils sont vus du point de vue de Chris Kyle. Pour lui, ils sont une source de danger ou une possibilité d’obtenir des informations. L’expérience de Chris Kyle est décrite de façon exhaustive, on voit la peur, les positions de faiblesse lorsque c’est lui la cible de snipers iraqiens, les décès de ses coéquipiers…etc. C’était sans doute le principal objectif du réalisateur et il met tout son talent avec une mise en scène sobre, rythmée et très réussie.

La faiblesse du film, réside selon moi dans le traitement des troubles psychologiques provoqués par la guerre. Chris Kyle semble à plusieurs reprises s’en sortir uniquement grâce à sa bonne volonté et à l’amour de sa famille. Ce n’est absolument pas crédible mais il s’agit peut être d’une manière de souligner le peu d’encadrement que reçoivent les soldats à leur retour au pays.

Enfin, les 5 dernières minutes pétries de bons sentiments et de l’imagine idyllique de la famille texane « gâchent » qui tenait la route jusque là. Le générique est carrément grotesque, donnant une dimension d’Homme d’Etat à ce personnage certes charismatique mais dont l’importance semble largement exagéré.

Au final, ce film est loin d’être le meilleur de Clint Eastwood, mais il permet cependant d’évoquer l’expérience d’un personnage trouble et parfaitement interprété par Bradley Cooper. Seule la fin, par son manque de finesse plombe ce film.