Rive gauche à Paris

Ce mardi 17 mars avait lieu la cérémonie de remise du prix du Roman des étudiants à Eric Reinhardt pour L’amour et les forêts.

J’ai profité de l’après-midi pour visiter le Panthéon pour la première fois. Il s’agit d’un monument particulièrement majestueux et solennel. Comme vous le savez tous, il s’agit d’un monument religieux qui devait à l’origine être consacrée à Sainte-Geneviève protectrice de Paris. Il devint au moment de la Révolution un monument à la gloire des grands hommes de l’Histoire de France. Si les régimes successifs des XIXe et XXe siècles modifient le monument (jouant plus ou moins sur l’aspect religieux), le Panthéon est aussi un symbole de continuité de la nation française.

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La Convention nationale François Sicard (1921-1924)

La visite du monument est assez intimiste et émouvante. L’atmosphère est plutôt au recueillement. On distingue un niveau constituant la partie « principale » et la crypte au niveau inférieur. De manière plus pragmatique il faut savoir qu’il s’agit d’un lieu très sombre en particulier la crypte et où la température est très basse!

L’Exposition temporaire s’intéressait à la postérité et l’influence de  Jean Jaurès. J’ai trouvé cet angle intéressant et une fois de plus assez émouvant lorsque ses obsèques ou la mort de son fils durant la Première Guerre mondiale sont évoqués.

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Je me suis allée me balader dans le quartier Saint-Michel et au Jardin du Luxembourg.

Le soir je me suis rendue à la soirée de remise du Prix du Roman des étudiants à Eric Reinhart donc. J’y ai retrouvé Violette, une autre jurée de ma ville et j’ai pu faire la connaissance de plusieurs autres jurés même si les Parisiens se connaissaient déjà très bien entre eux! Bref, je vous conseille, si vous êtes étudiants de participer à cette aventure l’an prochain c’est très chouette!

Echapper – Lionel Duroy

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Présentation de l’éditeur: Avec la profondeur et l’intensité narrative qu’on lui connaît, Lionel Duroy parvient à mêler dans un même récit des thèmes aussi variés que la création littéraire, l’origine du mal et le deuil de la relation amoureuse.

Critique: A condition de s’accrocher un peu au début, Lionel Duroy nous permet de faire un beau voyage sur les thèmes de création artistique et du couple. En effet, ce roman évoque son voyage en Allemagne et au Danemark à la redécouverte d’un peintre Emil Nolde expressionniste et aquarelliste qu’il a découvert dans un roman biographique: La leçon d’allemand de Sigfried Lentz. C’est donc l’occasion pour lui de découvert la vraie personnalité de cet artiste et notamment les deux mariages avec deux femmes totalement dévouées. Le narrateur en revanche, Augustin, peine à se remettre de son divorce avec Esther et questionne ses déceptions amoureuses.

Si la structure narrative se fait sur plusieurs niveaux, le style est lui simple et fluide si bien qu’on est facilement touché par Augustin et que l’on suit avec plaisir ses découvertes et ses réflexions. Augustin (qui est ouvertement le double de Lionel Duroy) dévoile ses sentiments les plus intimes en tant qu’amoureux et en tant qu’écrivain. Son roman est entre autre l’occasion d’évoqué les conjoints des artistes: dévoués, décevants, choqués de devenir les personnages d’une oeuvre d’art…etc.

Ce beau roman n’échappe pas à quelques maladresses, les personnes rencontrées au cours de son voyage sont pour la plupart de braves gens plutôt bourrus mais avec un bon fond. Cette uniformité des personnages secondaires est lassante et peu crédible. D’autre part, Lionel Duroy émet un parallèle entre les artistes interdit de créer sous le régime nazie avec les pressions que lui subit de la part de sa famille à cause de ses ouvrages autobiographiques. Ce comparaison me semble très osée!

Malgré ces maladresses, Lionel Duroy nous offre un ouvrage sincère dans lequel les thèmes aussi universels que le couple sont questionnés.

Roman lu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants France-Culture- Télérama

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Les évènements – Jean Rolin

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Résumé de l’éditeur: Les Événements est le récit d’une traversée de la France dans le contexte d’une guerre civile dont les enjeux, pas plus que les causes, ne seront précisés. Il ne s’agit aucunement, en effet, d’un ouvrage de prospective ou de politique-fiction, mais d’une tentative de description d’un pays « normal » (comme son actuel président), soudainement confronté à la violence, à la destruction, à la pénurie, et plus généralement à une perturbation massive de ses habitudes et de son mode de vie.

Critique: Ce roman qui pourrait être considéré comme un roman d’anticipation par les plus pessimistes suit le trajet du narrateur sobrement appelé « Le narrateur » de Paris vers le sud de la France. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre que l’objet du roman était de décrire le paysage urbain et l’aménagement du territoire français dans un contexte de guerre. Les interactions du narrateur avec d’autres personnages sont expédiées en quelques lignes. Cela donne donc un ouvrage presque entièrement consacré aux paysages français dans lesquels le narrateur critique la laideur de nombreux bâtiments et autres zones commerciales.

« Il semble aussi que dès le début des évènements, l’armurerie du chasseur solognot, à l’angle de la rue du Marché, ait été mise à sac, si peu adapté à un usage militaire que fut le matériel dont elle disposait. Quand à la forêt, elle est si présente à Salbris quand l’aperçoit déjà depuis les locaux de Pôle-Emploi, en face de l’hôtel de ville, c’est à dire bien avant d’atteindre le Carrefour Market, ou le bâtiment également vaste, mais sensiblement plus hideux, qui abrite l’entreprise Les Belles Portes de France, meubles Aubrun. »

Au fur et à mesure de son périple, la Narrateur réapprend à s’émerveiller devant certains paysages naturels. Son arrivée dans le sud coïncide également avec complexification du récit. Le Narrateur évoque davantage la situation politique ressemblant à la guerre d’Espagne de part la division en de nombreux sous-groupes des personnes engagées à très gauche. Il décrit également des djihadistes. Le tout donne une impression que l’Histoire se repère de façon assez monotone.

Au final, il s’agit d’un roman étrange, dont le personnage principal-narrateur semble totalement indifférent aux êtres humains. Il peut faire penser par moment aux philosophes stoïciens ou encore à Meursault dans L’étranger d’Albert Camus. Ce parti pris d’évoquer uniquement le paysage français ne pas vraiment convaincue.

Tristesse de la terre – Eric Vuillard

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Résumé: On pense que le reality show est l’ultime avatar du spectacle de masse. Qu’on se détrompe. Il en est l’origine. Son créateur fut Buffalo Bill, le metteur en scène du fameux Wild West Show.

Critique: Eric Vuillard démystifie le personnage de Buffallo Bill Cody dans un récit qui mêle descriptions historiques, passages romancés et photographies qui tiennent une place à part entière. L’auteur dresse un portrait amer du succès rencontrés par les spectacles de Buffallo Bill et de leurs conséquence sur l’image des amérindiens dans le monde occidental.

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A l’image de certains spectacles de l’antiquité romaine Bufallo Bill reconstitue avec de grands moyens les batailles légendaires qui opposent les Amérindiens à l’armée américaine comme celle de Little Big Horn mais aussi le massacre de Wounded Knee dont il modifie allègrement le déroulement. Il pousse la mise en abîme jusqu’à engager des Amérindiens ayant réellement participé à ces affrontements. L’adéquation entre ces mises en scènes malhonnêtes et l’appétit du public américain et européen donne un sentiment de malaise au lecteur.

« Rien n’arrête le démon de la mise en scène, rien ne remplit assez le tiroir caisse. Et aussitôt les curieux se pressent, la ville veut mieux voir. On ne voit jamais assez. Il y a quelque chose il y a quelque chose de grand et de beau, ou peut être de très affreux et très vulgaire, qui nous échappe toujours. »

Selon Eric Vuillard, Buffallo Bill n’a pour seul talent que d’avoir su comprendre l’appétit du plus grand nombre pour ce type de spectacles.  A coup de mises en scène et merchandising il transforme l’image des Amérindiens. L’un des exemple le plus emblématique est le fameux cri de sioux que nous avons tous fait enfants et qui est une pure invention.

De ce récit, se dégage donc une violence faite aux survivants de ces batailles mais à la mémoire du peuple amérindien en grande partie décimé. L’un des constats douloureux que l’on peut faire à la fin de ce roman est que le spectacle de masse a tué une seconde fois une civilisation.

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Imitation Game – Morten Tyldum

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Synopsis (Allociné): 1940: Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Note: 7,5/10

Critique: J’attendais avec impatience ce biopic notamment pour son casting. Je n’ai pas été déçue bien qu’étant très calibré pour le récompenses il tire beaucoup d’avantages de son côté british. Ce film consacré aux travaux et à la personnalité de ce grand scientifique s’inscrit dans un processus très tardif de réhabilitation. En effet, condamné à cause de son homosexualité, Alan Turing n’a été gracié à titre posthume par la reine Elizabeth II qu’en 2013!

Il s’agit d’un biopic très classique dans la mesure où y trouve tout ce qui fait le succès de ce type de films à oscars: une histoire vraie, une personnalité originale, ce qu’il faut de suspense et d’humour. Ici l’humour est apportée notamment par les comportements parfois très décalés d’Alan Turing en société, il semble souffrir d’une forme de syndrome d’Asperger. Mais ce caractère lui permet d’être direct et très franc. Cela renforce la distance entre ce génie persévérant et le reste de ses collègues et de sa hiérarchie. Cependant, il ne s’agit pas non plus d’un personnage caricatural, il évolue durant le film et on cerne certains aspects de sa personnalité grâce à des flashbacks sur son adolescence.

J’ai lu dans plusieurs critiques que l’homosexualité d’Alan Turing était très peu évoquée dans le film, je trouve au contraire que son orientation sexuelle et ses conséquences sont pleinement traitées.

Benedict Cumberbatch bien accompagné

Benedict Cumberbatch bien accompagné

Le point fort du film ce sont ses acteurs britanniques qui sont excellents même ceux ayant de petits rôles. Benedict Cumberbatch déjà habitué à jouer les génies sociopathes (Sherlock) est très bon. Il est parfaitement épaulé par Keira Knightley (habituée aux premiers rôles) qui représente les jeunes femmes aspirant à une carrière dans les années 1940. On trouve également Charles Dance (Tywin Lannyster), Allen Lynch (Tom dans Downton Abbey), Mark Strong ou encore Matthew Goode. Tous ces personnages sont soigneusement développés dans le cadre de leur travail très complexe mais aussi dans les moments de détentes où on entrevoit leurs personnalités et leurs vies privées. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Bien sûr ce biopic ne dispense de lire une biographie d’Alan Turing dont les travaux et la personnalité restent très complexes et trop méconnus.

Les Rouart: de l’impressionnisme au réalisme magique

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On a parfois tendance à procrastiner les expositions qui sont proches de chez soi, j’ai donc visité cette exposition juste avant qu’elle ne prenne fin.

Les Rouart sont une dynastie d’artistes peintres et collectionneurs dont l’héritier actuel est l’écrivain Jean-Marie Rouart né en 1943, membre de l’académie française, il a mis à disposition de nombreuses oeuvres de sa collection personnelle pour cette exposition au musée des Beaux-Arts de Nancy. De nombreuses autres oeuvres sont des prêts du musée d’Orsay.

La première génération est constituée d’Henri Rouart (1833-1912) et de son épouse Hélène. Après des études à Polytechnique, il devient un brillant ingénieur et dépose de nombreux brevets qui lui assurent des revenus importants. Il se constitue alors une collection riche d’oeuvres d’arts  et fréquente des artistes comme Degas ou encore Paul Valery.

Portrait d'Henri Rouart par Degas

Portrait d’Henri Rouart par Degas

Henri Rouart, L’Etang du domaine de l’Hermitage

Henri Rouart, L’Etang du domaine de l’Hermitage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’un des six enfants du couple, Ernest (1874-1942) épouse Julie la fille unique des peintres Berthe Morisot et Eugène Manet. Elle a grandi entourée de nombreux artistes comme son oncle Edouard Manet ou encore Stephane Mallarmé. Le couple Ernest-Julie tente de mettre en valeur l’oeuvre de Berthe Morisot. Julie peint essentiellement pour son loisir mais Ernest lui, a une brillante carrière. J’ai trouvé ses oeuvres magnifiques. Impressionniste il saisit aussi les changements notamment chez les femmes élégantes des années 1910-1920. Je ne parviens pas à partager avec vous des images de ses tableaux d’élégantes parisiennes car ces derniers font partie de collections privées.

Ernest Rouart, Portrait de Julie Manet

Ernest Rouart, Portrait de Julie Manet

Ernest Rouart, L’Homme au chien, portrait d’Eugène Rouart

Ernest Rouart, L’Homme au chien, portrait d’Eugène Rouart

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Augustin Rouart (1907-1997) est l’un des petits-enfants du patriarche Henri Rouart, je vous passe les détails de son ascendance maternelle mais il a lui aussi grandi entouré d’artistes. Son style est totalement différent de l’impressionnisme, il est bercé par de multiples influences y compris japonaises et espagnoles. D’un point vue formel, son oeuvre est assez simple, elle est qualifiée de « réalisme magique » par Bruno Foucart historien de l’art qui dit de lui « parmi les autres, il ne ressemble qu’à lui ». Je dois reconnaître que j’ai un petit moins accroché à son oeuvre.

Augustine Rouart, Lagrimas y penas

Augustine Rouart, Lagrimas y penas

Cette exposition est très instructive et permet d’évoquer une famille d’artistes ayant de nombreuses alliances amicales et familiales avec d’autres artistes comme Paul Valery par exemple. Il est tout de même très difficile de connaître tous les membres de ce clan à la fin de l’exposition. Si ce sujet vous intéresse de nombreux ouvrages ont été consacrés à ces artistes notamment celui de Dominique Bona.

La gaieté – Justine Levy

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Justine Levy poursuit sa série de romans autobiographiques après Rien de grave et Mauvaise fille à travers son double littéraire prénommée Louise. Ce dernier roman n’a pas de thème clairement assumé ce qui lui donne un aspect superficiel et anecdotique. Au début de l’ouvrage elle montre l’intention de nous décrire comment, à la naissance de ses enfants, elle essaye de les entourer d’un sentiment de gaieté en luttant ainsi contre les accès de tristesse qui la torturent depuis son enfance. Elle balaie d’un revers de main l’idée même de bonheur, elle précise qu’elle devrait songer à demander à ses amis ayant l’air heureux de lui décrire leurs sentiments. Difficile de garder son sérieux devant une remarque aussi superficielle et désinvolte.

Elle décrit donc ses angoisses passées qui étaient parfois dues aux drogues et aux amphétamines qu’elle prenait. En alternance, elle décrit son bonheur trouvé avec Pablo et ses angoisses de jeunes maman. Elle le fait à travers des listes parfois lassantes des objets qu’elle achète pour eux ou des malades dangereuses qu’elle craint. Certaines descriptions de la place des enfants dans notre société sonnent assez juste.

Cependant, le roman se concentre progressivement sur l’enfance de Louise partagée entre les semaines chez son père vivant avec d’horribles belles-mères interchangeables et les weekend chez sa mère « camée » menant une vie très libre. Louise revit ses souvenirs auprès de cette mère à la psychologie instable mais à laquelle elle tient beaucoup et qu’elle tente d’aider. Avec l’aide de son père elle tente de reconstituer certains éléments assez sombres de son enfance auprès de sa mère. C’est aussi l’occasion de comparer les moeurs plus « libres » des années 1970 par rapport à la façon d’élever des enfants de nos jours.

Au final, Justine Levy semble abandonner le thème de la gaieté liée à la maternité pour revenir inlassablement à son sujet fétiche qui est sa relation avec sa mère.

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