Une belle fin – Uberto Pasolini

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Synopsis (Allociné): Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Note: 07/10

Chronique: Une belle fin est un film très subtil, dans lequel il ne se passe pas grand chose mais qui porte des valeurs humanistes.

Le personnage principal sur lequel repose tout le film est brillamment interprété par Eddie Marsan (Lestrade dans les Sherlock Holmes de Guy Ritchie). Il mène une vie très solitaire et ritualisée. Il se consacre entièrement à l’organisation d’enterrements de personnes isolées. Il apparaît donc assez clair qu’il fait lui-même partie de cette catégorie de personnes qui risque de n’avoir lui-même personne à son enterrement. Ce personnage nous questionne et nous met mal à l’aise car il est apparemment heureux de mener une vie très différente de l’idéal commun (famille, amis, couple). Tout en vivant au marge de la société, il a une responsabilité profondément sociale et humaine d’assurer un rite funéraire. La dignité du personnage contraste avec son supérieur antipathique (Andrew Buchan) et une collègue peu délicate.

Dans la seconde partie du film, le personnage casse sa routine et rencontre de nombreux personnages notamment une charmante jeune femme (Joanne Frogatt), fille d’un homme récemment décédé. On se met donc à rêver d’une sorte de feel-good movie à l’anglaise. Cependant, le film poursuit dans sa veine réaliste voire naturaliste selon les propos du réalisateur. La fin peut laisser perplexe voire déplaire mais elle s’inscrit dans la logique du réalisateur.

Il s’agit donc d’un film qui sous une froideur apparente évoque des sujets profondément humains (la relation à l’autre, l’exclusion social et les rites sociaux). Ce sont des sujets qui peuvent rebuter, il s’agit de thèmes plus souvent traités à travers la littérature mais c’est un film qui vaut le coup d’oeil.

Big Eyes – Tim Burton

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Synopsis (Allociné): Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret.

Note: 05/10

Critique: Tim Burton livre un film en demi-teinte à propos d’un scandale qui avait pourtant un grand potentiel.

Le premier plan du film nous montre une banlieue proprette des années 1950, on pourrait se croire dans le lotissement d‘Edward aux mains d’argent, chef d’oeuvre du réalisateur. Par la suite, la scène de fuite du premier domicile conjugal au volant d’une voiture rappelle de nombreuses scènes cultes du cinéma.

Tim Burton déroule la rencontre entre Margaret et un artiste beau-parleur et dragueur. On comprend que cette femme timide et sensible puisse être impressionnée par ce personnage. Le mariage survient rapidement compte tenu de l’époque et de sa situation difficile de mère divorcée. Le mari prend la carrière de son épouse en main et tente d’exposer ses « Big Eyes ». S’en suit une critique féroce du comportement de son mari et de la presse mondaine.

Le problème est que Tim Burton ne livre jamais de réel point de vue artistique sur ces Big Eyes. Il se contente de répéter que les personnes achètent les Big Eyes parce qu’ils les « touchent ». Mais est-ce réellement de l’art? Que penser des reproductions (sous forme de poster…etc.) des oeuvres d’art? Si les oeuvres de Margaret ne sont pas des oeuvres d’art le scandale et la critique du monde de l’art serait alors au moins double. D’autre part, en approfondissement la psychologie de Margaret, le scenario aurait pu être plus abouti.

Tim Burton esquive ces sujets passionnants pour se contenter de montrer la douceur et la fragilité de Margaret. Si les deux acteurs sont parfaits, le film manque de rythme. On assiste cependant à une scène d’anthologie au tribunal dans laquelle Christoph Waltz peut pousser la duplicité de son personnage à l’extrême et apporter une pointe d’humour bienvenue.

Au final, si le film est correct formellement, il se montre un peu trop bienveillant avec le personnage principal (encore vivante) et manque l’occasion d’apporter une reflexion intéressante sur l’art contemporain.

American Sniper – Clint Eastwood

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Note: 07/10

Synopsis (Allociné): Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ».

Chronique: Ce film a déjà été beaucoup commenté sur la toile et cela fait un petit bout de temps que je l’ai vu mais je souhaitais tout de même rassembler mes pensées dans une chronique. En effet, si ce film n’est pas parfait, je suis assez surprise de voir à quel point les spectateurs le considèrent comme une oeuvre de propagande au service de l’action américaine en Iraq. Je vais donc essayer d’avancer les éléments qui selon moi prouvent que American Sniper n’est pas à la gloire de la guerre en Iraq.

Tout d’abord, il suffit de voir la vie que mène Chris Kyle avant de s’engager en Iraq. Il participe à des tournois de rodéo de seconde zone en compagnie de son frère et semble totalement perdu dans sa vie sentimentale. Vers l’âge de 25 ans (il en paraît plus dans le film), sans attaches, il décide d’accomplir quelque chose de sa vie, de se lancer un défi en partie physique en intégrant l’armée. Les attentats du 11 septembre lui paraissent comme imposants nécessairement une guerre extérieure pour protéger les Etats-Unis. Cependant, son épouse ne partage pas son point vue et tout au long du film lui rappelle à quel point la protection de ses proches ne passe pas par la guerre en Iraq. Le film ne présente pas une seule vision de la guerre, d’autres témoignages négatifs à l’égard du conflit apparaissent durant le film.

De plus, tout au long du film on voit très bien à quel point les militaires n’ont pas accès à une réelle vision globale ou stratégique du conflit. Les « ennemis » iraqiens sont globalement montrés sous un jour négatif car ils sont vus du point de vue de Chris Kyle. Pour lui, ils sont une source de danger ou une possibilité d’obtenir des informations. L’expérience de Chris Kyle est décrite de façon exhaustive, on voit la peur, les positions de faiblesse lorsque c’est lui la cible de snipers iraqiens, les décès de ses coéquipiers…etc. C’était sans doute le principal objectif du réalisateur et il met tout son talent avec une mise en scène sobre, rythmée et très réussie.

La faiblesse du film, réside selon moi dans le traitement des troubles psychologiques provoqués par la guerre. Chris Kyle semble à plusieurs reprises s’en sortir uniquement grâce à sa bonne volonté et à l’amour de sa famille. Ce n’est absolument pas crédible mais il s’agit peut être d’une manière de souligner le peu d’encadrement que reçoivent les soldats à leur retour au pays.

Enfin, les 5 dernières minutes pétries de bons sentiments et de l’imagine idyllique de la famille texane « gâchent » qui tenait la route jusque là. Le générique est carrément grotesque, donnant une dimension d’Homme d’Etat à ce personnage certes charismatique mais dont l’importance semble largement exagéré.

Au final, ce film est loin d’être le meilleur de Clint Eastwood, mais il permet cependant d’évoquer l’expérience d’un personnage trouble et parfaitement interprété par Bradley Cooper. Seule la fin, par son manque de finesse plombe ce film.

Rive gauche à Paris

Ce mardi 17 mars avait lieu la cérémonie de remise du prix du Roman des étudiants à Eric Reinhardt pour L’amour et les forêts.

J’ai profité de l’après-midi pour visiter le Panthéon pour la première fois. Il s’agit d’un monument particulièrement majestueux et solennel. Comme vous le savez tous, il s’agit d’un monument religieux qui devait à l’origine être consacrée à Sainte-Geneviève protectrice de Paris. Il devint au moment de la Révolution un monument à la gloire des grands hommes de l’Histoire de France. Si les régimes successifs des XIXe et XXe siècles modifient le monument (jouant plus ou moins sur l’aspect religieux), le Panthéon est aussi un symbole de continuité de la nation française.

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La Convention nationale François Sicard (1921-1924)

La visite du monument est assez intimiste et émouvante. L’atmosphère est plutôt au recueillement. On distingue un niveau constituant la partie « principale » et la crypte au niveau inférieur. De manière plus pragmatique il faut savoir qu’il s’agit d’un lieu très sombre en particulier la crypte et où la température est très basse!

L’Exposition temporaire s’intéressait à la postérité et l’influence de  Jean Jaurès. J’ai trouvé cet angle intéressant et une fois de plus assez émouvant lorsque ses obsèques ou la mort de son fils durant la Première Guerre mondiale sont évoqués.

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Je me suis allée me balader dans le quartier Saint-Michel et au Jardin du Luxembourg.

Le soir je me suis rendue à la soirée de remise du Prix du Roman des étudiants à Eric Reinhart donc. J’y ai retrouvé Violette, une autre jurée de ma ville et j’ai pu faire la connaissance de plusieurs autres jurés même si les Parisiens se connaissaient déjà très bien entre eux! Bref, je vous conseille, si vous êtes étudiants de participer à cette aventure l’an prochain c’est très chouette!

Echapper – Lionel Duroy

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Présentation de l’éditeur: Avec la profondeur et l’intensité narrative qu’on lui connaît, Lionel Duroy parvient à mêler dans un même récit des thèmes aussi variés que la création littéraire, l’origine du mal et le deuil de la relation amoureuse.

Critique: A condition de s’accrocher un peu au début, Lionel Duroy nous permet de faire un beau voyage sur les thèmes de création artistique et du couple. En effet, ce roman évoque son voyage en Allemagne et au Danemark à la redécouverte d’un peintre Emil Nolde expressionniste et aquarelliste qu’il a découvert dans un roman biographique: La leçon d’allemand de Sigfried Lentz. C’est donc l’occasion pour lui de découvert la vraie personnalité de cet artiste et notamment les deux mariages avec deux femmes totalement dévouées. Le narrateur en revanche, Augustin, peine à se remettre de son divorce avec Esther et questionne ses déceptions amoureuses.

Si la structure narrative se fait sur plusieurs niveaux, le style est lui simple et fluide si bien qu’on est facilement touché par Augustin et que l’on suit avec plaisir ses découvertes et ses réflexions. Augustin (qui est ouvertement le double de Lionel Duroy) dévoile ses sentiments les plus intimes en tant qu’amoureux et en tant qu’écrivain. Son roman est entre autre l’occasion d’évoqué les conjoints des artistes: dévoués, décevants, choqués de devenir les personnages d’une oeuvre d’art…etc.

Ce beau roman n’échappe pas à quelques maladresses, les personnes rencontrées au cours de son voyage sont pour la plupart de braves gens plutôt bourrus mais avec un bon fond. Cette uniformité des personnages secondaires est lassante et peu crédible. D’autre part, Lionel Duroy émet un parallèle entre les artistes interdit de créer sous le régime nazie avec les pressions que lui subit de la part de sa famille à cause de ses ouvrages autobiographiques. Ce comparaison me semble très osée!

Malgré ces maladresses, Lionel Duroy nous offre un ouvrage sincère dans lequel les thèmes aussi universels que le couple sont questionnés.

Roman lu dans le cadre du Prix du Roman des étudiants France-Culture- Télérama

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Les évènements – Jean Rolin

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Résumé de l’éditeur: Les Événements est le récit d’une traversée de la France dans le contexte d’une guerre civile dont les enjeux, pas plus que les causes, ne seront précisés. Il ne s’agit aucunement, en effet, d’un ouvrage de prospective ou de politique-fiction, mais d’une tentative de description d’un pays « normal » (comme son actuel président), soudainement confronté à la violence, à la destruction, à la pénurie, et plus généralement à une perturbation massive de ses habitudes et de son mode de vie.

Critique: Ce roman qui pourrait être considéré comme un roman d’anticipation par les plus pessimistes suit le trajet du narrateur sobrement appelé « Le narrateur » de Paris vers le sud de la France. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre que l’objet du roman était de décrire le paysage urbain et l’aménagement du territoire français dans un contexte de guerre. Les interactions du narrateur avec d’autres personnages sont expédiées en quelques lignes. Cela donne donc un ouvrage presque entièrement consacré aux paysages français dans lesquels le narrateur critique la laideur de nombreux bâtiments et autres zones commerciales.

« Il semble aussi que dès le début des évènements, l’armurerie du chasseur solognot, à l’angle de la rue du Marché, ait été mise à sac, si peu adapté à un usage militaire que fut le matériel dont elle disposait. Quand à la forêt, elle est si présente à Salbris quand l’aperçoit déjà depuis les locaux de Pôle-Emploi, en face de l’hôtel de ville, c’est à dire bien avant d’atteindre le Carrefour Market, ou le bâtiment également vaste, mais sensiblement plus hideux, qui abrite l’entreprise Les Belles Portes de France, meubles Aubrun. »

Au fur et à mesure de son périple, la Narrateur réapprend à s’émerveiller devant certains paysages naturels. Son arrivée dans le sud coïncide également avec complexification du récit. Le Narrateur évoque davantage la situation politique ressemblant à la guerre d’Espagne de part la division en de nombreux sous-groupes des personnes engagées à très gauche. Il décrit également des djihadistes. Le tout donne une impression que l’Histoire se repère de façon assez monotone.

Au final, il s’agit d’un roman étrange, dont le personnage principal-narrateur semble totalement indifférent aux êtres humains. Il peut faire penser par moment aux philosophes stoïciens ou encore à Meursault dans L’étranger d’Albert Camus. Ce parti pris d’évoquer uniquement le paysage français ne pas vraiment convaincue.

Tristesse de la terre – Eric Vuillard

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Résumé: On pense que le reality show est l’ultime avatar du spectacle de masse. Qu’on se détrompe. Il en est l’origine. Son créateur fut Buffalo Bill, le metteur en scène du fameux Wild West Show.

Critique: Eric Vuillard démystifie le personnage de Buffallo Bill Cody dans un récit qui mêle descriptions historiques, passages romancés et photographies qui tiennent une place à part entière. L’auteur dresse un portrait amer du succès rencontrés par les spectacles de Buffallo Bill et de leurs conséquence sur l’image des amérindiens dans le monde occidental.

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A l’image de certains spectacles de l’antiquité romaine Bufallo Bill reconstitue avec de grands moyens les batailles légendaires qui opposent les Amérindiens à l’armée américaine comme celle de Little Big Horn mais aussi le massacre de Wounded Knee dont il modifie allègrement le déroulement. Il pousse la mise en abîme jusqu’à engager des Amérindiens ayant réellement participé à ces affrontements. L’adéquation entre ces mises en scènes malhonnêtes et l’appétit du public américain et européen donne un sentiment de malaise au lecteur.

« Rien n’arrête le démon de la mise en scène, rien ne remplit assez le tiroir caisse. Et aussitôt les curieux se pressent, la ville veut mieux voir. On ne voit jamais assez. Il y a quelque chose il y a quelque chose de grand et de beau, ou peut être de très affreux et très vulgaire, qui nous échappe toujours. »

Selon Eric Vuillard, Buffallo Bill n’a pour seul talent que d’avoir su comprendre l’appétit du plus grand nombre pour ce type de spectacles.  A coup de mises en scène et merchandising il transforme l’image des Amérindiens. L’un des exemple le plus emblématique est le fameux cri de sioux que nous avons tous fait enfants et qui est une pure invention.

De ce récit, se dégage donc une violence faite aux survivants de ces batailles mais à la mémoire du peuple amérindien en grande partie décimé. L’un des constats douloureux que l’on peut faire à la fin de ce roman est que le spectacle de masse a tué une seconde fois une civilisation.

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