Ma vie avec John F. Donovan

Ma-Vie-avec-John-F-Donovan

Synopsis (Allociné): Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Chronique: Je ne suis pas une grande fan de Xavier Dolan et je trouve même que son cinéma tourne parfois un peu en rond autour des mêmes obsessions. Au final, malgré les nombreuses critiques négatives que j’ai lues, j’ai plutôt été séduite par son nouveau film qui le fait passer à une échelle plus hollywoodienne.

L’histoire tourne autour de la correspondance entre un acteur de série télé de 29 ans (Kit Harington) et un jeune collégien de 11 ans (Jacob Tremblay, vu dans Room). Le sujet a une raisonnance  avec certaines affaires assez scandaleuses et malsaines qui ont éclaté récemment.

Deux destinées parallèles

L’histoire est racontée du point de vue du jeune Rupert Turner aspirant comédien harcelé à l’école. Fan absolu de l’acteur John F. Donovan, il entretient une correspondance dans laquelle la star se confie sur sa solitude et ses difficultés au sein du star-système. Les ressemblances entre les deux personnages sont très flagrantes et sans doute inspirées de la jeunesse de Xavier Dolan qui écrivait et s’identifiait à ses idoles comme Léonardo DiCaprio. Leurs relations avec leurs mères respectives sont pleines d’incompréhension mais donnent lieu à quelques moments de grâce.

De plus, Xavier Dolan dresse une critique féroce du star-système qui ment au public et tourne le dos aux stars au premier au premier scandale. J’ai été séduite la BO très générationnelle (Adèle, Pink). Au final, le réalisateur canadien signe un film ambitieux mais pas prétentieux et cela me réconcilie avec son cinéma.

Publicités

De si bons amis – Joyce Maynard

Joyce-Maynard-De-si-bons-amis

Résumé de l’éditeur: Quand Ava et Swift Havilland, couple fortuné, décident de prendre sous leur aile Helen McCabe, celle-ci est au plus bas. À quarante ans, Helen a perdu la garde de son fils Oliver, huit ans, et partage sa semaine entre rencontres aux Alcooliques Anonymes, petits boulots de serveuse et soirées à faire défiler sur son écran les profils d’hommes célibataires de la région. Après s’être réfugiée depuis l’enfance derrière des récits de vies fantasmées pour masquer sa fragilité, elle trouve auprès des Havilland ce qu’elle a toujours désiré : se sentir unique et aimée. Jusqu’où Helen se laissera-t-elle manipuler par les Havilland, tandis qu’une seule chose compte à ses yeux : récupérer la garde d’Oliver ?

Chronique: Joyce Maynard est l’une de mes écrivaines préférées car elle dresse toujours des portraits de femmes justes et sensibles. Je vous ai d’ailleurs parlé à plusieurs reprises de ses romans Prête à tout, Les filles de l’ouragan et L’homme de la montagne.

Dans son dernier roman traduit en français, la narratrice, Helen, nous raconte sans s’épargner sa jeunesse cabossée, un mariage sans amour, l’alcoolisme et sa lutte pour la obtenir la garde de son fils. Durant cette période difficile, elle rencontre un couple de philanthropes richissimes et plus âgés qu’elle.

Ils la prennent sous leurs ailes, la relookent, la conseillent… La narratrice nous indique dès le début qu’un drame a mis fin à cette amitié. Elle distille ensuite des éléments de malaise qui nous laisse craindre ce que les Havilland ont pu lui infliger.

Joyce Maynard, excelle dans la description de la relation qui lie Helen aux Havilland.  Si du point de vue d’Helen il s’agit d’une amitié qu’elle compare souvent à ce que l’on peut ressentir pour sa famille on se demande si elle n’agit plutôt comme une employée du couple. Helen de son côté profite de la richesse des Havilland pour embellir ses weekend passés avec son fils Ollie et reconquérir son estime.

Joyce Maynard dresse également en filigrane le portrait de l’Amérique des laissés pour compte (gouvernante guatémaltèque, familles de classe moyenne ruinées…etc) et souligne la fragilité de chaque personne qui réside en chaque personne. Elle réussit donc à nous emporter avec une analyse psychologique subtile et une narration bien maîtrisée.

The Bookshop – Isabel Coixet

The-Bookshop

Synopsis (Allociné): En 1959 à Hardborough, une bourgade de l’Est de l’Angleterre, Florence Green, décide de racheter The Old House, une bâtisse désaffectée pour y ouvrir sa librairie. Lorsqu’elle se met à vendre le sulfureux roman de Nabokov, Lolita, la communauté sort de sa torpeur et manifeste une férocité insoupçonnée.

Chronique: Ce film « on ne peut plus british » a pourtant été réalisé par une Espagnole et a obtenu plusieurs Goya dont celui du meilleur film et de la meilleure réalisatrice. Il s’agit de l’adaptation du roman de Penelope Fitzgerald parfois traduit sous le titre L’affaire Lolita . L’histoire est simple et douloureuse: Florence, une âme pure n’a qu’un rêve, celui d’ouvrir une librairie à Hardborrough petit village de pêcheurs à l’Est de l’Angleterre.

The-Bookshop-Livraison

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer,  il ne s’agit absolument pas d’un Feel-Good Movie dans lequel la libraire viendrai miraculeusement au bout de tous les préjugés et mettrait tout le village à la lecture. Il s’agit plutôt du portrait d’une femme courageuse et pragmatique qui tente de réaliser son projet. En creux, se dessinent les portraits de personnages plein de lâcheté et d’étroitesse d’esprit (banquier, journaliste dilettante) et surtout Lady Violet (Patricia Clarkson, second rôle très en vue House of Cards, Sharp Objects) qui se découvre un soudain intérêt pour ce local déserté depuis des années. Le gentleman Edmund Brundish (Bill Nighy) et la jeune Christine apportent un peu de douceur au quotidien de Florence.

emily--bill

Avec pudeur et une certaine économie de scènes, la réalisatrice nous offre un film très délicat. Les paysages sont magnifiques et les scènes d’intérieur mettent en valeur le patrimoine local. En revanche j’ai cru voir quelques coquilles dans les sous-titres et  je trouve que la diffusion et la promotion ont été minimales en France pour un film primé qui a un beau potentiel pendant les vacances de fin d’année.

Le malheur du bas – Inès Bayard

Le-Malheur-du-bas

Résumé: « Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Chronique: Inès Bayard livre un premier roman sans concession sur les conséquences d’un viol. A l’image de Chanson douce de Leïla Slimani, la romancière dévoile dès la première page sa fin funeste.

Le roman prend le parti de montrer Marie, une jeune femme de 32 ans violée par un supérieur hiérarchique et qui garde le secret de cette agression. On assiste alors horrifié à la sa souffrance et sa déchéance physique et psychologique qui la mène au bord de la folie. L’aveuglement de son mari et de sa famille est révoltant et donne un autre niveau de lecture au roman.

En effet, au delà du viol et des violences faites aux femmes le roman dresse un portrait au vitriol du couple parisien parfait de classe moyenne-haute entouré d’une famille aimante et d’amis attentifs. Les personnages sont des archétypes de leur époque et le prénom même de Marie illustre la volonté d’Inès Bayard de tendre vers une histoire universelle. Marie, dans son malheur, va se rebeller et prendre amèrement conscience des violences et des pressions imposées aux femmes (sexe, beauté, maternité, partage des tâches dans le couple). En mettant ces idées féministes dans l’esprit d’une femme blessée et en colère, Inès Bayard donne une force très importante à son récit et le rend plus provocateur et perturbant qu’il n’y parait au premier abord.

Un premier roman coup de poing qui ne laisse pas indemne!

Mary Shelley – Haifa Al-Mansour

Mary-Shelley

Synopsis (Allociné): En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. 

Chronique: J’attendais avec impatience cette première incursion occidentale de la réalisatrice Haifa Al-Mansour après son magnifique Wadjda. On peut raisonnablement penser qu’il s’agit d’un film commande sorti 200 ans après la publication de Frankenstein. Un peu plus tôt cette année, dans Une vie sans fin, Frederic Beigbeder faisait référence à l’écriture de ce roman à Genève durant une période proche de la dépression pour son auteure, ces informations que j’ignorais m’ont encore davantage donné envie de découvrir son biopic.

Il s’agit d’un long focus sur la période 1814-1818 soit de sa rencontre avec Percy Shelley poète romantique reconnu jusqu’à la publication de Frankenstein. Le biopic est extrêmement riche en informations sur le monde littéraire du tout début du XIXe siècle. En effet, Mary est la fille de deux esprits très libres voire anarchistes avant l’heure. Sa mère est par exemple l’auteure d’un essai féministe Défense des droits de la femme et ses parents ne se sont mariés que pour qu’elle puisse être légitimée. Son adolescence est cependant étouffante et marquée par les difficultés financières de son père et l’austérité de sa belle-mère. Si les portraits de Percy Shelley et Lord Byron (au bord de la dépression nerveuse) sont un peu caricaturaux, le film donne réellement envie d’en savoir plus sur leurs vies et leurs écrits.

Mary-Shelley-Salon

Le film m’a paru un peu lent dans un premier temps, mais en réalité il traduit bien la lente maturation de Mary Shelley qui connaît une série de déceptions, de trahisons et de deuils qui offrent le matériau de son roman culte.  Elle Fanning que j’aime beaucoup depuis Super 8 est parfaite en héroïne romantique. Son écriture évolue également d’imitatrice à réelle auteure sous le regard bienveillant de son père qui est finalement le seul personnage masculin respectable du film. Enfin, les doutes exprimés par les éditeurs et critiques sur la capacité d’une femme à écrire un récit aussi déroutant résonnent clairement avec la redécouverte du rôle de certaines femmes d’écrivains ou l’effet Matilda en science, un sujet d’actualité.

Il s’agit donc d’un film assez classique et qui contient quelques longueurs mais très intéressant et porté par une très bonne Elle Fanning.

Rendez-vous avec le crime – Julia Chapman

Rendez-vous-avec-crime

Résumé: Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? Et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Chronique: A l’image de ce long résumé, l’intrigue met un peu de temps à se mettre en place. L’auteure se délecte de la description des rancunes et des petitesses de cette petite commune. Les retrouvailles entre la courageuse et déterminée Delilah et le fils prodigue du village Samson vont produire leur petit effet.

On est rapidement sous le charme de Samson, un homme d’action qui cache des blessures et des problèmes dans son emploi de policier qu’il a quitté brutalement. Le roman devient réellement divertissant lorsque les speed dating organisés par Delilah deviennent matière à l’enquête. J’ai accéléré ma lecture à ce moment là. Les rebondissements sont présents sans être renversants. On rit surtout des réactions des villageois aux évènements qui secouent cette petite commune.

Il s’agit donc d’un bon tome d’introduction, un peu lent mais qui donne clairement envie de retrouver nos 2 héros pour une prochaine enquête. La suite est à découvrir dès ce mois de juin 2018 avec une enquête qui tournera autour d’une maison de retraite en période de fêtes de fin d’année.

Les-Detectives-du-Yorkshire-Tome-2-Rendez-Vous

Prix Lectrices Elle 2018 – Lauréats

Comme vous le savez j’ai eu le plaisir de faire partie du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018. Je n’ai pas écrit sur tous les 28 livres que j’ai lu mais ce fut une superbe expérience partagée avec des co-jurées passionnées et passionnantes!

Voici donc le palmarès dévoilé hier soir:

Catégorie Roman: La salle de bal – Anna Hope 

A19803

Ce roman était mon chouchou, celui que j’ai le mieux noté avec 18/20. L’auteure évoque un asile d’aliéné en 1911 en Angleterre à travers 3 personnages qui ne sont pas réellement fous: Ella jeune ouvrière révoltée, Clem jeune fille rebelle et John un mélancolique et mystérieux Irlandais. Malgré le huis-clos l’auteure parvient à aborder un nombre incroyable de thèmes avec une grande subtilité. Le récit sonne comme un hommage aux opprimés/oubliés de l’histoire. J’ai désormais très envie de lire son précédent roman: Le chagrin des vivants dont j’ai lu beaucoup de bien sur la blogosphère.

Catégorie Essai: Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui

Passeur-Livres-Daraya

Cet essai poignant sur une bibliothèque clandestine en Syrie était, je pense, le grand favori et aussi celui que j’ai le mieux noté. Bravo à Delphine Minoui pour cette enquête!

Catégorie Policier: Les chemins de la haine – Eva Dolan

Les chemins de la haine

C’était mon policier préféré à égalité avec Tango Fantôme de Tove Alsterdal. Ne vous fiez pas à la couverture et au titre un peu grandiloquent (Long Way Home en V.O). Il s’agit du premier tome d’une série qui suit deux enquêteurs, l’inspecteur Zigic et le sergent Fereira chargés des crimes de haine en Grande Bretagne. Avec les faibles moyens mis à l’heure disposition ils vont plonger dans le monde des travailleurs clandestins réduits à un état de quasi-esclavage. Avec simplicité et humanisme Eva Dolan nous embarque dans une enquête qui ne néglige pas pour autant les rebondissements. 3 autres tomes ont été publiés en anglais, à suivre donc!

Le Grand Prix des lycéennes de Elle a été remis à Et soudain la liberté un livre qui devait être une autobiographie d’Evelyne Pisier et qui été poursuivi par Caroline Laurent son amie et éditrice après sont décès.

Et-soudain-la-liberté

Ce roman m’avait beaucoup plu par sa description de l’Indochine et de l’émancipation surprenante de la mère d’Evelyne Pisier. Les lycéennes ont donc eu beaucoup de goût!

Au final de je suis ravie du résultat, d’autant plus que le roman et l’essai étaient dans la pré-sélection de Janvier dont je faisais partie. Les inscriptions pour le jury 2019 sont déjà closes. Quant à moi je dois attendre 3 ans avant de postuler à nouveau, ce que je ne manquerai pas de faire! Merci au magazine Elle, à Olivia de Lamberterie, Pascale Frey et Léa à la maison Guerlain qui a accueilli l’une des rencontres avec les auteurs finalistes et bien sûr à mes co-jurées!