The Night Manager – Susanne Bier

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Synopsis: Le soldat britannique Jonathan Pine (Tom Hiddleston) est devenu directeur de nuit dans un hôtel. Il croise la route de Sophie (Aure Atika), une proche de Richard Onslow Roper (Hugh Laurie), qui opère sur le marché noir des armes. Sophie fournit à l’ancien soldat des documents incriminant Roper. Lorsqu’elle est assassinée, Pine devient un agent des services secrets et s’infiltre chez Roper pour le faire arrêter et venger la mort de Sophie.

J’ai souvent été déçue par les adaptations de John Le Carré dont les intrigues sont très alambiquées mais un peu vides de sens. Il est toujours question de trahison  mais sans que cela suscite un grand émoi chez moi comme dans La Taupe et dans une moindre mesure A very wanted man). Ici les enjeux sont plus simples: Angela Burr (génialissime Olivia Coleman) agent placardisée mais déterminée recrute un directeur d’hôtel qui n’a rien à perdre et semble même avoir une inclination pour le danger voire le masochisme. Sa mission est simple: infiltrer l’empire du trafiquant d’armes le plus détesté de l’univers (rien que ça) et récolter suffisamment d’informations pour le faire tomber.

Le scénario décrit habilement la lente transformation de Jonathan Pine à travers plusieurs changements d’identité, une prise en main par Roper qui le transforme en homme de paille sans jamais baisser la garde. La séduction de Jonathan (bien aidée par le physique et e-le charisme de Tom Hiddleston) marche à tous les niveaux: sur Roper, la compagne de ce dernier ainsi que les spectateurs.

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L’ombre d’un James Bond

Avec cette série Tom Hiddelston pose officiellement sa candidature pour incarner l’agent 007. La série emprunte  d’ailleurs de nombreux codes à la saga James Bond: on y retrouve des lieux de tournages somptueux parfaitement bien exploités par la réalisatrice (Egypte en pleine révolution, les building gris des autorités londoniennes, la villa de Roper à Majorque, les montagnes suisses, la frontière turque…). La violence est distillée progressivement jusqu’à un épisode presque entièrement consacré à la démonstration des armes si longuement évoquées.. Autour de Tom Hiddelston, Hugh Laurie compose un méchant crédible, Tom Hollander (aka Collins dans Orgueil et préjugés) poursuit son exploration des anti-héros.

Au final la série permet de développer et de moderniser le roman de John Le Carré, les enjeux sont bien posés et la fin est assez jouissive. Une série 5 étoiles.

Julieta – Pedro Almodovar

Julieta

Condensé de trois nouvelles d’Alice Munro ce nouveau portrait de femme reprend de nombreux codes almodovariens mais lorgne également du côté des  thrillers américains des années 1950. Il y gagne une certaine froideur qui étouffe un peu l’émotion.

L’un des thèmes du film c’est d’abord l’obsession: Julieta une femme de 50 ans cultivée et apparemment heureuse en couple avec Lorenzo (Dario Frandinetti dans un nouveau rôle d’amoureux gentil comme dans Parle avec elle) reprend soudain l’espoir de retrouver la trace de sa fille Antia dont elle n’a plus de nouvelles depuis 12 ans… Elle commence alors un récit-confession qui nous fait découvrir son histoire d’amour avec Xoan (Daniel Grao) le père de sa fille.

Cette histoire d’amour est mise en scène avec brio, la rencontre dans le train est un moment magique et un hommage à de multiples films d’Alfred Hitchcock. Leur installation dans un village de pécheurs est une vraie bouffée d’air pur et apporte des images et des couleurs inédites chez Almodovar. Le couple est fusionnel. Le mâle viril et hétérosexuel, pêcheur dur à la peine se fait également plus présent que dans les films habituels du réalisateur.

Julieta-XoanMais les drames menacent comme le rappelle souvent l’éternelle gouvernante excentrique et intrusive jouée ici par Rossy de Palma ou encore la mer parfois déchaînée. Suite à un drame, les femmes reprennent leur habitude de vivre repliées sur elle-mêmes de façon solidaire. Pourtant, des secrets se mettent progressivement entre elles y compris entre Antia et Julieta. Almodovar nous montre ainsi une fois de plus la difficulté des liens parents-enfants, le poids des secrets et la tentation de punir ses parents si on n’approuve pas leur choix de vie. Seulement, à la différence de Tout sur ma mère ou de Volver l’émotion n’a pas vraiment été au rendez-vous.

Il s’agit sans conteste d’une oeuvre ambitieuse, avec de nombreuses références mythologiques (L’Odyssée) ou artistiques (Lucian Freud), la mise en scène est élégante, les acteurs parfaits mais il m’a manqué un petit quelque chose. julieta

Va et porte une sentinelle – Harper Lee

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Il s’agit du premier roman présenté par Harper Lee à une maison d’édition qui en avait décelé le potentiel mais lui a conseillé de le remanier. Cela a donné le chef d’oeuvre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, un sublime roman sur l’enfance et la découverte de l’injustice. L’an dernier comme par hasard alors que l’auteure était très affaiblie et âgée de 90 ans, son entourage a décidé de publier ce premier manuscrit.

Dans ce roman l’action se déroule une vingtaine d’années après les évènements de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. La dimension autobiographique est toujours bien présente: Jean Louise « Scout » Finch vit à New York mais rend une visite annuelle à son vieux père Atticus toujours aussi patient et tolérant avec sa fille rebelle qui ne s’habille pas comme une dame et revendique sa liberté. Un ami d’enfance absent dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’ajoute à l’histoire Henry est un orphelin quasi-adopté par Atticus mais qui espère bien décrocher la main de Louise. Le récit coule doucement à travers les excentricités de « Scout » qui font le délice des habitants de Maycomb jusqu’à un élément perturbateur lié à la ségrégation raciale.

L’héroïne devient alors littéralement malade par la déception que lui inspire ses proches. Cela donne lieu à de vifs débats avec son père, Henry et son oncle le Dr Finch. Les argumentaires sont assez poussifs et la redécouverte de Maycomb par la jeune femme semble un peu énorme. Les symboles (la daltonisme de Jean Louise) sont un peu lourds également. On comprend donc mieux qu’Harper Lee ait retravaillé son idée pour donner Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, elle s’éloigna ainsi des tensions des années 1960 pour mieux déconcer l’absurdité du racisme avec les années 1930 comme décor.

À lire si on a adoré Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur et que veut en savoir plus sur le travail d’auteure d’Harper Lee qui même si elle aura été la femme d’un seul roman n’en est pas moins une légende!

Sélection ciné du weekend de l’Ascension

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 Même si les critiques ont massacré ce film je voulais me faire ma propre opinion. La Révolution est une période passionnante, la volonté de Godefroy de défendre la monarchie aurait pu donner un film d’action parodique très réussi. Hélas, tous les personnages semblent anesthésiés. Les scénaristes n’ont pas eu le courage de mêler comédie et dangers voire mort. L’immeuble dans lequel sont enfermés les personnages devient donc le théâtre de dialogues insipides. Christian Clavier donne de sa personne à coup d’humour scatologique et même Robespierre a droit à des problèmes digestifs. Très fatigant.

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 Une jolie adaptation de ce classique. Même si la série animée restera ma référence j’ai beaucoup aimé les acteurs notamment les enfants. Les moments « cultes » sont présents. Le film est peut être un tout petit peu long pour les enfants…

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Mieux vaut en savoir le moins possible avant d’aller le voir, le synopsis et la B-A racontent les 3/4 du film. Il s’agit d’un vaudeville new-yorkais dans lequel tous les personnages sont des universitaires bobos et égocentriques. L’occasion pour la réalisatrice de traiter avec humour de la répartition des tâches ménagères, de l’esprit de famille et de la tendance à « vampiriser » son conjoint ou sa conjointe. En plus on rit beaucoup!

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Je ne pouvais pas rater ce nouvel opus des Avengers qui cette fois ci se tapent dessus à cause d’un désaccord sur le vision « politique »: garder une totale liberté ou de plier des accords internationaux. Si sur le fond je suis plutôt d’accord avec Captain America, Iron Man a une nouvelle fois retenu toute mon attention et pas en vain puisque son personnage s’étoffe encore et se révèle très émouvant en homme esseulé. Les scènes d’action sont à la hauteur et le petit nouveau Spider-Man est rafraichissant!

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Ce film est un remake d’un film sud-américain un peu kitsch Corazon de Leon. L’idée de départ est valable car encore aujourd’hui si une magnifique femme d’1m80 se promène dans la rue avec un homme d’1m36 ils risquent d’attirer les regards des curieux. Hélas les effets spéciaux sont ratés, Jean Dujardin ne semble jamais avoir la même taille, quelque fois il semble minuscule par rapport à certains meubles. Autre problème, comme souvent dans ce types de films, l’homme est très très riche et généreux. Il en met plein la vue à Diane, la rencontre amoureux se confond totalement avec une démonstration de richesse et d’entrées dans des lieux hors du commun. J’aurais aimé que certains personnages soient mieux traités comme l’ex « jaloux ». Pour autant, il y a une atmosphère bienveillante et parfois très drôle qui sauvent un peu le film.

Mr Vertigo – Paul Auster

Mr-Vertigo

Résumé: « Tu ne vaux pas mieux qu’un animal. Si tu restes où tu es, tu seras mort avant la fin de l’hiver. Si tu viens avec moi, je t’apprendrai à voler. »  L’Amérique du Ku Klux Klan et du jazz, des gangsters et du cinéma. Revisitée par un écrivain qui, sans cesser d’être lui-même, reprend ici la tradition de Mark Twain et de Steinbeck pour nous raconter une histoire captivante – juste assez étrange pour que nous ne puissions l’oublier…

Chronique: Lorsque j’étais ado, j’ai découvert ce roman culte, je gardais le souvenir de certaines scènes marquantes comme la scène d’ouverture ou la description d’un bar luxueux. Je me souvenais d’un fond de violence et de misère mais sans tous les détails. La raison est sans doute le fait que ce conte initiatique est truffé de rebondissements et de personnages qui ressurgissent sans qu’on les attende. L’ascension n’est absolument pas linéaire et le jeune  Walt connaît beaucoup de revers de fortune tout en apprenant de ses mésaventures.

Un conte philosophique

La première partie du roman est dominée par la personnalité du Maître Yehudi qui assure son éducation physique et morale dont l’art de voler n’est qu’une partie. Walt apprend à vivre en autarcie dans un grand dénuement mais auprès de personnages emblématiques: Esope le noir qui rêve de poursuivre des études, une maman sioux sans oublier que le maître est juif. Marion remplit le rôle de la femme fatale.

La violence mais aussi les succès vont jalonner sa vie, il va être mêlé indirectement à  l’histoire de l’Amérique, un pays encore en cours de construction où tout est possible (crise économique, mafia, passion du base-ball). Le héros connaitra aussi de longues périodes durant lesquelles rien n’est un signaler.

Le rythme est donc assez étrange, le livre est court mais il couvre la longue vie de Walt avec le longues ellipses temporelles. L’aspect très imagé des description donne un aspect très cinématographique à ce conte. Je pense que le cinéma a été une source d’inspiration pour Paul Auster qui cite d’ailleurs la facilité avec laquelle un réalisateur peut montrer les jours qui défilent dans un film. Enfin, le style d’écriture est celui de Walt vieillissant qui jette un regard plein de recul mais avec un langage des rues parfois fleuri sur son destin exceptionnel.

Il s’agit donc d’un classique de la littérature américaine à (re)lire, je m’étonne que les différents projets d’adaptation au cinéma n’aient jamais abouti.

High-Rise – Ben Weathley

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Synopsis: La vie en communauté dérape dans un immeuble de grande hauteur.

Chronique: Ce film est un ovni qui m’a attiré en grande partie à cause de Tom Hiddleston qui est l’un des acteurs du moment. Il s’agit d’une adaptation d’un roman de science-fiction écrit par J.G Ballard dans les années 1970. L’idée d’un immense immeuble dans lequel les habitants sont classés par niveau de richesse ne semble pas si dingue et pourtant la cohabitation dégénère assez vite.

Ce petit monde est observé à travers les yeux de Dr Robert Laing (Tom Hiddelston donc) psychologue solitaire et mystérieux. Il combine une beauté physique avec un côté « smart », un peu aristocrate british. Il est le lien entre les différentes couches sociales, recueillant les confidences d’une desperate housewife (Elisabeth Moss), de son mari en roue libre (génialissime Luke Evans) mais aussi les gens d’en « haut » qui l’invitent à leurs fêtes  costumées excentriques et décadentes. Le film capte une réelle ambiance des années 1970  entre ultra moderne solitude et difficultés économiques. La chanson S.O.S d’Abba émeut et prend une signification différente pour chaque personnage.

Rapidement, pour des raisons d’usage de la piscine et de coupure d’électricité, l’immeuble bascule dans l’anarchie la plus totale faite de violente et d’orgies dans lesquelles les gens du bas et ceux du haut sont en compétition. Cette violente révèle également toute la misogynie des hommes toutes classes sociales confondues. Malheureusement ce déchaînement de violence arrive trop tôt dans le film, le réalisateur fait alors durer ce chaos sans pouvoir ajouter plus d’intensité.

Il s’agit donc d’un film très original sorte d’uchronie des années 1970 mais si réaliste.

Les Buddenbrook – Thomas Mann

Buddenbrook

Résumé: Trente ans après sa parution, Les Buddenbrook figure au nombre des livres brûlés dans les autodafés. Les chemises brunes hurlent sous les fenêtres de Thomas Mann qu’une  » famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir « .  Les Buddenbrook est le roman du déclin, le livre de l’essoufflement. Thomas Mann traque dans cette dynastie marchande les prodromes du désastre. L’observation de soi-même est le premier pas vers le déclin. Car s’observer, c’est s’empêcher d’agir, s’empêcher de vivre.

Chronique: J’ai découvert l’histoire des Buddenbrook en regardant une adaptation TV sur Arte pendant des vacances de Noël et je me suis demandé comment j’avais pu ignorer jusque là ce monument de la littérature allemande qui raconte le déclin d’une famille de négociants en céréales tout au long du XIXe siècle. J’ai acheté le livre dès le lendemain mais j’ai mis du temps à attaquer ses 880 pages.

Dans ce roman Thomas Mann décrit un monde qu’il connaît bien (de nombreux éléments sont inspirés de sa famille) et met en scène un vrai darwinisme social. Les Buddenbrooock sont une dynastie de commerçants respectés de Lübeck et ils se comportent comme des aristocrates. Je ne sais si c’est voulu par l’auteur mais il y a un certain décalage entre le fait d’exercer une profession commerciale et de se revendiquer comme une catégorie particulière noble et avec un sens « romantique » de l’honneur familial. Bref, cette attitude est très présente à travers Tonie une jeune femme fière et idéaliste qui lit régulièrement le « Livre de la famille » qui nous résume les réussites des différentes générations.

Il faut bien s’accrocher au début du roman car plusieurs hommes nommés Johann Buddenbrook ont fait la réussite de cette famille et sont cités dans ce « Livre de la famille ». Néanmoins la génération des 3 frères et soeurs Thomas, Christian et Tonie est centrale. A travers eux Thomas Mann décrit le mode vie de cette famille, la responsabilité qui pèse sur leurs épaules mais aussi leurs inquiétudes et leurs échecs.

Le thème du déclin est omniprésent à travers l’industrialisation qui menace leur profession, leurs mauvais choix mais aussi les maladies assez symboliques dont ils souffrent (nerfs, anémie…etc.). De plus, la plupart des membres de la famille ne sont pas réellement cultivés  et Thomas ne découvre la philosophie de Schopenhauer que trop tardivement pour y trouver une explication à ses souffrances. Thomas Mann adopte un ton légèrement ironique. Il ne verse jamais dans le glauque qui alourdit parfois les oeuvres de Zola par exemple. Le style est fluide dans la lignée des grands romanciers du XIXe siècle comme Léon Tolstoï.

La dernière partie qui est l’une des plus émouvantes montre l’émergence d’une certaine cupidité et d’un culte de la virilité et de la performance dans les lycées. Thomas Mann dénonce la politique prussienne belliqueuse et ces critiques ont forcément une dimension annonciatrice du nazisme.

Lien vers la B-A pour mieux visualiser. Je ne peux que vous recommander ce chef d’oeuvre qui n’est pas forcément enseigné ni même très connu en France!