Eden – Monica Sabolo

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Résumé de l’éditeur: «Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, avec son pantalon froissé et sa chemise sale, à la police, aux habitants de la réserve, elle dirait toujours les mêmes mots, lèvres serrées, menton buté. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. »»

Chronique: J’aime beaucoup l’oeuvre de Monica Sabolo notamment son précédent roman Summer, j’ai donc entamé cette rentrée littéraire avec son nouveau roman. Je l’imaginais nous proposer un roman un peu ésotérique sur une secte ou une société secrète mais Eden est un roman bien plus ambitieux et subtile que cela!

Un roman de métamorphose 

En effet, il s’agit d’un roman qui marque sans doute un tournant dans son oeuvre et qui traite de nombreux sujets d’actualité (violence faite aux femmes, discriminations..). Ce roman se déroule également dans un décor assez nouveau: une (ancienne) réserve qu’on devine en Amérique du Nord proche d’un forêt aux ressources convoitées. Monica Sabolo reste tout de même fidèle à son style poétique et à un de ses thèmes de prédilection: l’adolescence. L’intrigue est ainsi vécu à hauteur d’adolescentes en particulier de Nita décide d’enquêter sur ce qui est arrivé à sa camarade Lucy.

Pour cela elle va fréquenter des lieux qui lui paraissent sulfureux et surtout tenter de percer à jours les autres personnages. Le roman repose beaucoup sur la part de mystère et d’inconnu que l’on trouve en chacun d’entre nous et à plus forte raison chez les adolescents. La forêt elle-même changeante est la parfaite métaphore de ces mystères et changements intérieurs. Sa forme semble s’adapter à la personne qui la traverse.

J’ai beaucoup aimé ce roman que l’on peut lire avec le prisme de nos préoccupations actuelles (écologie, #MeToo) mais qui ne renonce jamais au style, à la poésie et à son ambition littéraire.

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Mercy, Mary, Patty – Lola Lafon

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Résumé de l’éditeur: En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille d’un célèbre magnat de la presse, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Pour dépouiller le volumineux dossier qui lui a été confié, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…

Chronique: J’ai mis du temps avant de lire ce roman de la rentrée littéraire 2018, le sujet n’intéresse pourtant beaucoup. J’ai lu de long articles de presse sur ce faits divers passionnant et mystérieux. Lola Lafon aborde le sujet à travers deux personnages fictives: Gene Neveva chercheuse américaine conformiste et Violaine sa jeune élève américanophile.

La contrainte imposée à Violaine d’analyser les documents par ordre chronologique permet de prendre connaissance des enregistrements de Patricia Hearst et des réactions de la presse de l’époque.  Ils donnent lieu à des analyses de texte (pronom, verbe, temps employé…etc) très poussées. Cependant, le roman ne vise pas forcément à relater l’ensemble des évènement dans leur exhaustivité. Il souligne les contradictions des parents de Patricia, la bassesse de son fiancé ou encore la misogynie des mouvements d’extrême gauche. Plus généralement, le roman souligne les contradictions de la société américaine.

Ce qui est encore plus émouvant dans ce récit, c’est les portraits de Gene et Violaine,  2 femmes incomprises qui vivent un peu en marge de la société. Elles sont jugées pour leur mode de vie excentrique. Gene se tient toujours du point de vue des minorités dans ses études universitaires et ses prises de position. A travers, ces deux personnages on devine un hommage aux nombreuses femmes qui se sont opposé à la culture de leur société à toutes les époques.

« On s’est mises à hurler bien fait avec ma soeur, bien fait pour toi, connard, Tania a repris la plume, nos parents essayaient de nous calmer, on sautait sur le canapé, on était heureuses, bouleversées même, qu’elle le remette à sa place publiquement. Elle parlait pour nous. pour tout ce qu’on notait dans nos carnets et qu’on taisait, les petites humiliations des profs et les lâchetés de nos parents. Tania ne se laissait pas faire, elle.« 

Paradigma Pia Petersen

 

Résumé: Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement.Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique.
Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ?
Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main.

Chronique: Pia Petersen est une autrice d’origine danoise mais dont la langue de plume est le français. Je remercie les éditions Les Arènes pour l’envoi de ce roman qui est pour moi une découverte de son œuvre.

Ce roman aborde des thématiques totalement contemporaines et évoque la nécessité d’un changement de paradigme économique et social. Les inégalités sociales, les dessous d’internet ou encore les quartiers de non droits sont évoqués avec justesse. Ces thèmes sont développés le long d’une déambulation dans Los Angeles qui représente un concentré des maux de la société et des inégalités. Une grande quantité de personnages servent d’exemples à cette démonstration par leur histoire personnelle.

Une dimension prophétique

L’écriture est originale, outre la narration principale, on trouve des manifestes et des lettres de protestation politique. L’importance d’internet est ainsi sans cesse soulignée. Les personnages ont une dimension prophétique à l’image de la mystérieuse Luna ou de Malcolm X (rien que ça). La longue marche des sans abris a un aspects presque biblique ou mythologique. Cette originalité et ce mélange des genres trop rares dans la littérature francophone m’ont plu.

Je suis donc séduite par ma lecture de ce roman qui mêle des thématiques très contemporaines et politiques avec un style proche des romans anglo-saxons.

Ma vie avec John F. Donovan

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Synopsis (Allociné): Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Chronique: Je ne suis pas une grande fan de Xavier Dolan et je trouve même que son cinéma tourne parfois un peu en rond autour des mêmes obsessions. Au final, malgré les nombreuses critiques négatives que j’ai lues, j’ai plutôt été séduite par son nouveau film qui le fait passer à une échelle plus hollywoodienne.

L’histoire tourne autour de la correspondance entre un acteur de série télé de 29 ans (Kit Harington) et un jeune collégien de 11 ans (Jacob Tremblay, vu dans Room). Le sujet a une raisonnance  avec certaines affaires assez scandaleuses et malsaines qui ont éclaté récemment.

Deux destinées parallèles

L’histoire est racontée du point de vue du jeune Rupert Turner aspirant comédien harcelé à l’école. Fan absolu de l’acteur John F. Donovan, il entretient une correspondance dans laquelle la star se confie sur sa solitude et ses difficultés au sein du star-système. Les ressemblances entre les deux personnages sont très flagrantes et sans doute inspirées de la jeunesse de Xavier Dolan qui écrivait et s’identifiait à ses idoles comme Léonardo DiCaprio. Leurs relations avec leurs mères respectives sont pleines d’incompréhension mais donnent lieu à quelques moments de grâce.

De plus, Xavier Dolan dresse une critique féroce du star-système qui ment au public et tourne le dos aux stars au premier au premier scandale. J’ai été séduite la BO très générationnelle (Adèle, Pink). Au final, le réalisateur canadien signe un film ambitieux mais pas prétentieux et cela me réconcilie avec son cinéma.

De si bons amis – Joyce Maynard

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Résumé de l’éditeur: Quand Ava et Swift Havilland, couple fortuné, décident de prendre sous leur aile Helen McCabe, celle-ci est au plus bas. À quarante ans, Helen a perdu la garde de son fils Oliver, huit ans, et partage sa semaine entre rencontres aux Alcooliques Anonymes, petits boulots de serveuse et soirées à faire défiler sur son écran les profils d’hommes célibataires de la région. Après s’être réfugiée depuis l’enfance derrière des récits de vies fantasmées pour masquer sa fragilité, elle trouve auprès des Havilland ce qu’elle a toujours désiré : se sentir unique et aimée. Jusqu’où Helen se laissera-t-elle manipuler par les Havilland, tandis qu’une seule chose compte à ses yeux : récupérer la garde d’Oliver ?

Chronique: Joyce Maynard est l’une de mes écrivaines préférées car elle dresse toujours des portraits de femmes justes et sensibles. Je vous ai d’ailleurs parlé à plusieurs reprises de ses romans Prête à tout, Les filles de l’ouragan et L’homme de la montagne.

Dans son dernier roman traduit en français, la narratrice, Helen, nous raconte sans s’épargner sa jeunesse cabossée, un mariage sans amour, l’alcoolisme et sa lutte pour la obtenir la garde de son fils. Durant cette période difficile, elle rencontre un couple de philanthropes richissimes et plus âgés qu’elle.

Ils la prennent sous leurs ailes, la relookent, la conseillent… La narratrice nous indique dès le début qu’un drame a mis fin à cette amitié. Elle distille ensuite des éléments de malaise qui nous laisse craindre ce que les Havilland ont pu lui infliger.

Joyce Maynard, excelle dans la description de la relation qui lie Helen aux Havilland.  Si du point de vue d’Helen il s’agit d’une amitié qu’elle compare souvent à ce que l’on peut ressentir pour sa famille on se demande si elle n’agit plutôt comme une employée du couple. Helen de son côté profite de la richesse des Havilland pour embellir ses weekend passés avec son fils Ollie et reconquérir son estime.

Joyce Maynard dresse également en filigrane le portrait de l’Amérique des laissés pour compte (gouvernante guatémaltèque, familles de classe moyenne ruinées…etc) et souligne la fragilité de chaque personne qui réside en chaque personne. Elle réussit donc à nous emporter avec une analyse psychologique subtile et une narration bien maîtrisée.

The Bookshop – Isabel Coixet

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Synopsis (Allociné): En 1959 à Hardborough, une bourgade de l’Est de l’Angleterre, Florence Green, décide de racheter The Old House, une bâtisse désaffectée pour y ouvrir sa librairie. Lorsqu’elle se met à vendre le sulfureux roman de Nabokov, Lolita, la communauté sort de sa torpeur et manifeste une férocité insoupçonnée.

Chronique: Ce film « on ne peut plus british » a pourtant été réalisé par une Espagnole et a obtenu plusieurs Goya dont celui du meilleur film et de la meilleure réalisatrice. Il s’agit de l’adaptation du roman de Penelope Fitzgerald parfois traduit sous le titre L’affaire Lolita . L’histoire est simple et douloureuse: Florence, une âme pure n’a qu’un rêve, celui d’ouvrir une librairie à Hardborrough petit village de pêcheurs à l’Est de l’Angleterre.

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Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer,  il ne s’agit absolument pas d’un Feel-Good Movie dans lequel la libraire viendrai miraculeusement au bout de tous les préjugés et mettrait tout le village à la lecture. Il s’agit plutôt du portrait d’une femme courageuse et pragmatique qui tente de réaliser son projet. En creux, se dessinent les portraits de personnages plein de lâcheté et d’étroitesse d’esprit (banquier, journaliste dilettante) et surtout Lady Violet (Patricia Clarkson, second rôle très en vue House of Cards, Sharp Objects) qui se découvre un soudain intérêt pour ce local déserté depuis des années. Le gentleman Edmund Brundish (Bill Nighy) et la jeune Christine apportent un peu de douceur au quotidien de Florence.

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Avec pudeur et une certaine économie de scènes, la réalisatrice nous offre un film très délicat. Les paysages sont magnifiques et les scènes d’intérieur mettent en valeur le patrimoine local. En revanche j’ai cru voir quelques coquilles dans les sous-titres et  je trouve que la diffusion et la promotion ont été minimales en France pour un film primé qui a un beau potentiel pendant les vacances de fin d’année.

Le malheur du bas – Inès Bayard

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Résumé: « Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Chronique: Inès Bayard livre un premier roman sans concession sur les conséquences d’un viol. A l’image de Chanson douce de Leïla Slimani, la romancière dévoile dès la première page sa fin funeste.

Le roman prend le parti de montrer Marie, une jeune femme de 32 ans violée par un supérieur hiérarchique et qui garde le secret de cette agression. On assiste alors horrifié à la sa souffrance et sa déchéance physique et psychologique qui la mène au bord de la folie. L’aveuglement de son mari et de sa famille est révoltant et donne un autre niveau de lecture au roman.

En effet, au delà du viol et des violences faites aux femmes le roman dresse un portrait au vitriol du couple parisien parfait de classe moyenne-haute entouré d’une famille aimante et d’amis attentifs. Les personnages sont des archétypes de leur époque et le prénom même de Marie illustre la volonté d’Inès Bayard de tendre vers une histoire universelle. Marie, dans son malheur, va se rebeller et prendre amèrement conscience des violences et des pressions imposées aux femmes (sexe, beauté, maternité, partage des tâches dans le couple). En mettant ces idées féministes dans l’esprit d’une femme blessée et en colère, Inès Bayard donne une force très importante à son récit et le rend plus provocateur et perturbant qu’il n’y parait au premier abord.

Un premier roman coup de poing qui ne laisse pas indemne!