Un moment d’égarement de Jean-François Richet

Un moment d’égarement de Jean-François Richet

momentegarement

Synopsis (Allociné): Antoine et Laurent, amis de longue date, passent leurs vacances en Corse avec leurs filles respectives : Louna, 17 ans et Marie, 18 ans.  Un soir sur la plage, Louna séduit Laurent. Elle est amoureuse mais pour Laurent ce n’est qu’un moment d’égarement… Sans dévoiler le nom de son amant, Louna se confie à son père qui cherche par tous les moyens à découvrir de qui il s’agit…

Note: 05/10 

Chronique: Je n’ai pas vu la version 1977 mais les photos d’Agnès Soral topless et de Jean-Pierre Marielle moustachu ne me donne pas très envie de découvrir leur romance. La version 2015 est avant tout une comédie (voire une farce) estivale qui joue avec les stéréotypes sur la Corse et les sujets de société qui parlent au plus grand nombre (couples séparés, adolescents qui ne communiquent pas avec leurs parents).

En effet, François Cluzet assure le spectacle dans le rôle du père de famille dépassé et sanguin mais avec un bon fond. Ceux qui ont vu Les petits mouchoirs auront une impression de déjà-vu. Sa fille Louna (Lola Le Lann) semble sincèrement amoureuse de Laurent (Vincent Cassel) mais est présentée comme une prédatrice lourde et ridicule. Laurent est fuyant et mystérieux mais n’est pas très loin du ridicule non-plus. Enfin, Marie (Alice Isaaz) la fille de Laurent et amie de Louna se trouve dans une situation très perturbante. Elle est pourtant le personnage le plus équilibré, à l’aise dans sa génération toute en étant sensible et cultivée. Elle apporte un peu de normalité dans cette comédie survoltée.

La nervosité d’Antoine monte crescendo donnant lieu à plusieurs quiproquos laissant craindre aux autres personnages qu’il a tout deviné. Le suspense semble tout de même long et un peu répétitif. On se s’ennuie pas pour autant puisque lorsque Antoine ne se ridiculise pas, on a droit à des scènes paradisiaques de la Corse, des boîtes de nuit sur la plage et de quelques remarques misogynes des « mâles » locaux.

Il s’agit donc d’une comédie qui a déclenché plus d’un éclat de rire même si je ne pense en garder un grand souvenir. J’espère que les projets de François Cluzet lui permettront de quitter ce stéréotype du personnage naïf et au bord de la crise de nerfs.

Angélique – Ariel Zeitoun

Angélique – Ariel Zeitoun

angelique2013

Synopsis: Le destin incroyable d’Angélique : une jeune fille aussi belle qu’insoumise, qui trouvera dans son amour pour Joffrey de Peyrac la force de combattre l’injustice et la tyrannie dans un siècle en proie aux luttes de pouvoir, aux inégalités et à l’oppression…

Note: 04/10

Chronique: Je ne suis pas une spécialiste des romans ni des adaptations d’Angélique marquise des anges. J’ai l’image d’aventures rocambolesques et érotiques portées par des personnages dotés d’une grande force de caractère.

Le film s’ouvre sur une scène montrant Angélique (Nora Arnezeder)  en fuite, déguisée et blessée. Le reste du film est donc un long flash-back sur la jeunesse puis le mariage d’Angélique avec le comte de Peyrac (Gérard Lanvin). Les châteaux paraissent reconstitués en 3D pour les vues extérieures, les décors sont « cheap » et l’image est grisâtre. Les costumes d’Angélique sont en revanche très réussis et il sont utilisés habilement dans les scènes de bravoure de l’héroïne.

L’histoire personnelle d’Angelique se mêle aux complots qui ont eu lieu durant le règne de Louis XIV. En effet, alors qu’elle était enfant, elle a surpris une discussion entre frondeurs.  Il s’agit d’aristocrates et de parlementaires ayant tenté de renverser Louis XIV alors qu’il était mineur. À cette occasion elle a subtilisé des lettres qui sont des preuves de l’implication de certaines personnes. Cet épisode fait d’elle une cible pour ces personnes mais lui donne aussi une sorte d’avantage qu’elle pourra utiliser pour prouver sa loyauté au roi si nécessaire. Cette intrigue politique n’est pas très habilement développée non plus. Les rares duels à l’épée sont mous. Les personnages secondaires ne sont guère aidés par leurs perruques et leur faible présence à l’écran (Matthieu Kassovitz et Tomer Sisley en font les frais).

On comprend donc mieux pourquoi il n’y aura pas de suite comme prévu initialement. Le seul point positif de ce film sont les interprétations convaincantes de Nora Arnezeder et de Gérard Lanvin.

Westwood – Stella Gibbons

Westwood – Stella Gibbons

Westwood

Résumé: Margaret, institutrice réservée et sensible, n’est « pas du genre à séduire les hommes, autant regarder les choses en face » – dixit sa mère. À l’inverse, son amie, la pétillante Hilda, a un charme irrésistible et un don pour le bonheur. Dans le Londres de l’après-Blitz, lorsque Margaret trouve un carnet de rationnement égaré, le célèbre dramaturge Gerard Challis entre dans la vie des deux jeunes femmes.

Chronique: Après avoir eu un petit goût d’inachevé avec Le bois du rossignol j’ai rapidement retrouvé la plume de Stella Gibbons qui se fait ici plus amère. Margaret est une anti-héroïne à l’image de d’Anne Eliott dans Persuasion de Jane Austen. Bien qu’elle soit intelligente et qu’elle ait un emploi d’institutrice Margaret ne correspond à ce qui est attendu d’une femme anglaise de cette époque. En effet, ses proches attendent d’elle qu’elle soit soignée physiquement, enjouée et qu’elle sache charmer un jeune homme et l’amener à la demander en mariage. Margaret est au contraire très renfermée sur elle et vit à travers les autres.

Alors que tout le monde prédit qu’un évènement tragique pourrait réveiller sa personnalité, elle découvre le carnet de rationnement de la fille du dramaturge Gerard Challis. Ce hasard lui ouvre littéralement les portes du foyer du dramaturge et celles de sa fille Hebe marié au peintre Alex Niland. Ces artistes sont fictifs mais c’est l’occasion pour l’auteure de dresser un portrait très sévère sur ces fiertés nationales. En effet, Margaret découvre leur vie de couple malheureuse et constate à quel point Alex et Hebe négligent leurs enfants en bas âge. Elle accepte toutes sortes de gardes d’enfants et autres coups de mains qui lui paraissent naturels tant elle veut quémander du temps de présence avec eux et éventuellement de petites conversations avec Gerard Challis qu’elle idolâtre. Cette relation inégale et non-réciproque dégage une sorte de malaise durant tout le roman. D’autre part, la famille Challis a des préoccupations assez frivoles en temps de guerre.

Durant ce roman initiatique il est aussi question d’amitié puisque Margaret tend à se détacher de son amie Hilda joyeuse et superficielle pour fréquenter Zita une juive allemande réfugiée à Londres. Celle-ci aide Margaret à développer son intérêt pour l’art et même à se re-looker. Il s’agit d’une manière très intéressante de traiter les différences culturelles anglo-allemandes. L’amitié semble être la valeur forte du roman tant les couples sont décevants.

Margaret, découvre donc de nouveaux horizons sans changer radicalement de vie, son initiation à la vie se fait doucement et la fin est plutôt originale. Stella Gibbons livre un roman plus subversif qu’il en a l’air puisqu’il détruit à la fois le mythe d’un mariage heureux ainsi que celui d’un dramaturge de renommée nationale.

Spy – Paul Feig

Spy – Paul Feig

SPY-Movie

Note: 06/10

Synopsis: Susan Cooper est une modeste et discrète analyste au siège de la CIA. Héroïne méconnue, elle assiste à distance l’un des meilleurs espions de l’agence, Bradley Fine, dans ses missions les plus périlleuses. Lorsque Fine disparaît et que la couverture d’un autre agent est compromise, Susan se porte volontaire pour infiltrer le redoutable univers des marchands d’armes et tenter d’éviter une attaque nucléaire…

Chronique: Le synopsis évoque le risque qu’une bombe nucléaire se retrouve entre de mauvaises mains. On n’aura pas beaucoup de détails sur le situation géopolitique, le plus important est bien sûr l’aspect espionnage sur le terrain.

Susan Cooper (Melissa MacCarthy) forme un duo de choc avec l’agent Fine (irrésistible Jude Law) mais elle semble avoir toujours été une souffre-douleur notamment à cause de son physique. Suite à une identification des meilleurs agents de la CIA, Susan est envoyée sur le terrain car même si elle n’a pas d’expérience elle est parfaitement formée pour cela.

La mission se déroule à un rythme effréné à travers plusieurs pays dont l’Italie et la Hongrie avec les clichés qui vont avec. Les retournements de situations sont très nombreux bien au delà de la vraisemblance et j’ai adoré cela! Susan est à la fois compétente et très gaffeuse. Elle est accompagnée contre son gré par l’agent Ford (Jason Statham) aussi incompétent que vantard et Nancy (Miranda Hart actrice de Call the Midwife) sa collègue et amie.

Les scènes d’action ne sont pas oubliées, Susan se livre à de multiples combats dont l’une se déroule dans la cuisine d’un restaurant face à une autre femme. Il faut souligner que Spy accorde une place importante aux personnages féminins (enfin!). Certains thèmes concernant les femmes sont évoqués comme le harcèlement de rue, les mains aux fesses ou encore la volonté de vouloir avoir un héritier masculin plutôt que féminin. L’importance de la beauté et le jeunisme sont également évoqués. Cela reste sur le ton de la comédie mais ces remarques sont bienvenues. Il s’agit donc d’un bon divertissement qui réserve de nombreuses surprises.

La nuit des temps – René Barjavel

La nuit des temps – René Barjavel

la-nuit-des-temps

Résumé: L’Antarctique. À la tête d’une mission scientifique française, le professeur Simon fore la glace depuis ce qui semble une éternité. Dans le grand désert blanc, il n’y a rien, juste le froid, le vent, le silence. Jusqu’à ce son, très faible. À plus de 900 mètres sous la glace, quelque chose appelle. Dans l’euphorie générale, une expédition vers le centre de la Terre se met en place.

Chronique: J’ai été agréablement surprise par l’entrée en matière du roman qui décrit de façon assez concise et efficace le fonctionnement des recherches monotones au pôle sud. La découverte d’un élément provenant d’une civilisation ancienne et inconnue attire la convoitise de toute la planète. C’est l’occasion pour René Barjavel de dresser un portrait au vitriol de la société des années 1960 (Médias, Etats organisés en blocs, société de consommation). Chaque nation envoie des scientifiques pour la représenter. Ces derniers sont stéréotypés, le représentant américain Hoover, engoncé dans son surpoids et sa mentalité matérialiste est particulièrement comique. Le personnage principal, Simon est un homme sensible et assez seul donc « disponible » pour vivre une fascination pour cette civilisation perdue.

La suite du roman est moins originale puisqu’elle reprend le thème très classique d’une civilisation perdue présentée comme une utopie. Tout y est parfaitement maîtrisé de la gestion des ressources aux relations humaines. Ce monde est cependant menacé par sa rivalité avec d’autres peuples. C’est une nouvelle occasion pour l’auteur de critiquer la société des années 1960. Ce monde est décrit par l’unique survivante Eléa réveillée d’un sommeil de 600 000 ans par les scientifiques. Pour Simon il s’agit d’un coup de foudre immédiat mais ce n’est pas la seule histoire d’amour du roman…

Sans citer les oeuvres de science-fiction, ce roman s’appuie sur des références littéraires pléthoriques parmi lesquelles on peut citer La belle au bois dormant, Roméo et Juliette ou encore Orphée et Eurydice.

Ce roman de science-fiction est donc assez rafraîchissant si je peux me permettre l’expression, il ne manque pas d’humour et de piques lancées à la société des années 1960. L’histoire d’Eléa est intéressante, elle est une authentique héroïne combattive et émouvante. Mais je n’est pas non plus été submergée par l’émotion comme c’est visiblement le cas pour beaucoup de lecteurs de ce roman.

Loin de la foule déchaînée – Thomas Vinterberg

Loin de la foule déchaînée – Thomas Vinterberg

Loin-de-la-foule-dechaînée

 

Note: 8/10

Synopsis: Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake (Matthias Schoenaerts), le riche voisin Mr Boldwood (Charlie Sheen) et le Sergent Troy (Tom Sturridge).

Chronique: J’attendais avec impatience ce mariage entre un réalisateur danois pour le moins radical (Festen, La chasse) et l’univers parfois très sombre de Thomas Hardy (Jude l’obscur, Tess d’Uberville). Le résultat est une fresque qui porte tant sur les choix amoureux  que sur la condition de propriétaire terrien au XIXe siècle, avec peut être un point commun entre ces deux thèmes: la fragilité, la rapidité avec laquelle une situation peut basculer.

Les travaux et les jours

Le premier tiers du film est dans une veine réaliste, il présente la bonne fortune de Bathsheba qui hérite de la ferme de son oncle et fait face aux nombreux défis que cela représente. Le quotidien ainsi que les passages des saisons sont mis en scène avec simplicité. Il y a de très belles images aux tons chatoyants rappelant notamment Orgueil et préjugés de Joe Wright.

LOIN DE LA FOULE DECHAINEE

Puis, le film bascule dans une atmosphère plus passionnelle. Déjà aimée par Gabriel Oak et le richissime M. Boldwood, Bathsheba fait la rencontre d’un soldat qui la trouble. Elle  découvre alors une séduction beaucoup plus sensuelle, le film s’éloigne alors un petit peu des classiques anglais pour rappeler davantage Autant en emporte le vent de Victor Fleming. L’image devient plus coloré: le rouge et le bleu dominent tant dans les costumes que dans la photographie générale du film. Les rebondissements se multiplient, l’héroïne doit faire face à de nouvelles difficultés dont je préfère ne rien vous dévoiler. Certains rebondissements peuvent paraître un peu « datés » ou exagérés mais cela n’a rien d’étonnant lorsque l’on a l’habitude des romans de Thomas Hardy.

_D3S2472.NEF

Par  moments l’ambiance devient très sombre et pesante mais l’héroïne fait face. Carey Mulligan parvient a interpréter toutes les facettes de cette jeune femme qui perd une part sa légèreté mais garde sa  fraîcheur et sa force de caractère. Le dénouement est émouvant, en deux heures nous passons par de nombreuses émotions. Je dois reconnaître qu’il m’a fallu quelques heures pour quitter cet univers romanesque.

Le film rappelle donc autant les adaptations britanniques soignées que les grandes fresques hollywoodiennes (Autant en emporte le vent, Le docteur Jivago). Une parenthèse envoûtante.

Visionné dans la cadre du Challenge XIXe siècle organisé par Fanny du Manoir au livres.

Challenge XIXe

Ex-Machina – Alex Garland

Ex-Machina – Alex Garland

ex-machina

Synopsis: Caleb, 24 ans, est programmeur dans l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise. Il y découvre qu’il va devoir participer à une expérience avec une intelligence artificielle ayant l’aspect d’une femme pour déterminer si cette machine a, ou non, une conscience.

Note: 7,5/10 

Chronique: Ex-Machina est un film de science-fiction très sobre voire minimaliste mais pose de nombreuses questions. L’intrigue se met très rapidement en marche, dès la première scène Caleb (Domhnall Gleeson vu dans Frank) apprend qu’il est choisi par Nathan (Oscar Isaac) et quelques secondes plus tard on le retrouve dans le laboratoire isolé et ultra-moderne de ce dernier. Malgré la décontraction de ce dernier un début de malaise s’installe et ne cesse croître dans ce lieu coupé du monde.

La structure du film est simple, Caleb a 7 jours pour faire passer le Test de Turing à Ava, robot ultra-perfectionné (Alicia Vikander, actrice très à la mode). Il s’agit en fait de déterminer si elle a une conscience ou non. Caleb se met donc au travail à travers des sessions journalières autour de certains thèmes touchant souvent à l’intime (passé, goûts, passions, sentiments sont à l’ordre du jour). Caleb se dévoile et semble fortement enclin à être envouté par Ava.

La tension monte donc au fur et à mesure que Caleb semble perdre tous ses repères. Domhnall Gleeson est parfait de le rôle de ce personnage intelligent mais peu sûr de lui. L’aspect thriller est donc réussi malgré un élément de l’intrigue très facile à deviner. Mais c’est surtout les questions philosophiques que le film insère avec naturel (Sommes-nous programmés pour être attirés par certaines personnes?) qui font la réussite de ce film.

Il s’agit donc d’un film de science-fiction qui pose des questions essentielles avec une grande sobriété. Certains éléments simples et efficaces tel que le huis-clos sont réellement mis au service