Les évènements – Jean Rolin

les-evenements

Résumé de l’éditeur: Les Événements est le récit d’une traversée de la France dans le contexte d’une guerre civile dont les enjeux, pas plus que les causes, ne seront précisés. Il ne s’agit aucunement, en effet, d’un ouvrage de prospective ou de politique-fiction, mais d’une tentative de description d’un pays « normal » (comme son actuel président), soudainement confronté à la violence, à la destruction, à la pénurie, et plus généralement à une perturbation massive de ses habitudes et de son mode de vie.

Critique: Ce roman qui pourrait être considéré comme un roman d’anticipation par les plus pessimistes suit le trajet du narrateur sobrement appelé « Le narrateur » de Paris vers le sud de la France. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre que l’objet du roman était de décrire le paysage urbain et l’aménagement du territoire français dans un contexte de guerre. Les interactions du narrateur avec d’autres personnages sont expédiées en quelques lignes. Cela donne donc un ouvrage presque entièrement consacré aux paysages français dans lesquels le narrateur critique la laideur de nombreux bâtiments et autres zones commerciales.

« Il semble aussi que dès le début des évènements, l’armurerie du chasseur solognot, à l’angle de la rue du Marché, ait été mise à sac, si peu adapté à un usage militaire que fut le matériel dont elle disposait. Quand à la forêt, elle est si présente à Salbris quand l’aperçoit déjà depuis les locaux de Pôle-Emploi, en face de l’hôtel de ville, c’est à dire bien avant d’atteindre le Carrefour Market, ou le bâtiment également vaste, mais sensiblement plus hideux, qui abrite l’entreprise Les Belles Portes de France, meubles Aubrun. »

Au fur et à mesure de son périple, la Narrateur réapprend à s’émerveiller devant certains paysages naturels. Son arrivée dans le sud coïncide également avec complexification du récit. Le Narrateur évoque davantage la situation politique ressemblant à la guerre d’Espagne de part la division en de nombreux sous-groupes des personnes engagées à très gauche. Il décrit également des djihadistes. Le tout donne une impression que l’Histoire se repère de façon assez monotone.

Au final, il s’agit d’un roman étrange, dont le personnage principal-narrateur semble totalement indifférent aux êtres humains. Il peut faire penser par moment aux philosophes stoïciens ou encore à Meursault dans L’étranger d’Albert Camus. Ce parti pris d’évoquer uniquement le paysage français ne pas vraiment convaincue.

Tristesse de la terre – Eric Vuillard

tristessedelaterre

Résumé: On pense que le reality show est l’ultime avatar du spectacle de masse. Qu’on se détrompe. Il en est l’origine. Son créateur fut Buffalo Bill, le metteur en scène du fameux Wild West Show.

Critique: Eric Vuillard démystifie le personnage de Buffallo Bill Cody dans un récit qui mêle descriptions historiques, passages romancés et photographies qui tiennent une place à part entière. L’auteur dresse un portrait amer du succès rencontrés par les spectacles de Buffallo Bill et de leurs conséquence sur l’image des amérindiens dans le monde occidental.

Buffalo_bill_wild_west_show_c1899

A l’image de certains spectacles de l’antiquité romaine Bufallo Bill reconstitue avec de grands moyens les batailles légendaires qui opposent les Amérindiens à l’armée américaine comme celle de Little Big Horn mais aussi le massacre de Wounded Knee dont il modifie allègrement le déroulement. Il pousse la mise en abîme jusqu’à engager des Amérindiens ayant réellement participé à ces affrontements. L’adéquation entre ces mises en scènes malhonnêtes et l’appétit du public américain et européen donne un sentiment de malaise au lecteur.

« Rien n’arrête le démon de la mise en scène, rien ne remplit assez le tiroir caisse. Et aussitôt les curieux se pressent, la ville veut mieux voir. On ne voit jamais assez. Il y a quelque chose il y a quelque chose de grand et de beau, ou peut être de très affreux et très vulgaire, qui nous échappe toujours. »

Selon Eric Vuillard, Buffallo Bill n’a pour seul talent que d’avoir su comprendre l’appétit du plus grand nombre pour ce type de spectacles.  A coup de mises en scène et merchandising il transforme l’image des Amérindiens. L’un des exemple le plus emblématique est le fameux cri de sioux que nous avons tous fait enfants et qui est une pure invention.

De ce récit, se dégage donc une violence faite aux survivants de ces batailles mais à la mémoire du peuple amérindien en grande partie décimé. L’un des constats douloureux que l’on peut faire à la fin de ce roman est que le spectacle de masse a tué une seconde fois une civilisation.

romanetudiants

Imitation Game – Morten Tyldum

imitationgame

 

Synopsis (Allociné): 1940: Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Note: 7,5/10

Critique: J’attendais avec impatience ce biopic notamment pour son casting. Je n’ai pas été déçue bien qu’étant très calibré pour le récompenses il tire beaucoup d’avantages de son côté british. Ce film consacré aux travaux et à la personnalité de ce grand scientifique s’inscrit dans un processus très tardif de réhabilitation. En effet, condamné à cause de son homosexualité, Alan Turing n’a été gracié à titre posthume par la reine Elizabeth II qu’en 2013!

Il s’agit d’un biopic très classique dans la mesure où y trouve tout ce qui fait le succès de ce type de films à oscars: une histoire vraie, une personnalité originale, ce qu’il faut de suspense et d’humour. Ici l’humour est apportée notamment par les comportements parfois très décalés d’Alan Turing en société, il semble souffrir d’une forme de syndrome d’Asperger. Mais ce caractère lui permet d’être direct et très franc. Cela renforce la distance entre ce génie persévérant et le reste de ses collègues et de sa hiérarchie. Cependant, il ne s’agit pas non plus d’un personnage caricatural, il évolue durant le film et on cerne certains aspects de sa personnalité grâce à des flashbacks sur son adolescence.

J’ai lu dans plusieurs critiques que l’homosexualité d’Alan Turing était très peu évoquée dans le film, je trouve au contraire que son orientation sexuelle et ses conséquences sont pleinement traitées.

Benedict Cumberbatch bien accompagné

Benedict Cumberbatch bien accompagné

Le point fort du film ce sont ses acteurs britanniques qui sont excellents même ceux ayant de petits rôles. Benedict Cumberbatch déjà habitué à jouer les génies sociopathes (Sherlock) est très bon. Il est parfaitement épaulé par Keira Knightley (habituée aux premiers rôles) qui représente les jeunes femmes aspirant à une carrière dans les années 1940. On trouve également Charles Dance (Tywin Lannyster), Allen Lynch (Tom dans Downton Abbey), Mark Strong ou encore Matthew Goode. Tous ces personnages sont soigneusement développés dans le cadre de leur travail très complexe mais aussi dans les moments de détentes où on entrevoit leurs personnalités et leurs vies privées. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Bien sûr ce biopic ne dispense de lire une biographie d’Alan Turing dont les travaux et la personnalité restent très complexes et trop méconnus.

Les Rouart: de l’impressionnisme au réalisme magique

rouart-nancy

 

On a parfois tendance à procrastiner les expositions qui sont proches de chez soi, j’ai donc visité cette exposition juste avant qu’elle ne prenne fin.

Les Rouart sont une dynastie d’artistes peintres et collectionneurs dont l’héritier actuel est l’écrivain Jean-Marie Rouart né en 1943, membre de l’académie française, il a mis à disposition de nombreuses oeuvres de sa collection personnelle pour cette exposition au musée des Beaux-Arts de Nancy. De nombreuses autres oeuvres sont des prêts du musée d’Orsay.

La première génération est constituée d’Henri Rouart (1833-1912) et de son épouse Hélène. Après des études à Polytechnique, il devient un brillant ingénieur et dépose de nombreux brevets qui lui assurent des revenus importants. Il se constitue alors une collection riche d’oeuvres d’arts  et fréquente des artistes comme Degas ou encore Paul Valery.

Portrait d'Henri Rouart par Degas

Portrait d’Henri Rouart par Degas

Henri Rouart, L’Etang du domaine de l’Hermitage

Henri Rouart, L’Etang du domaine de l’Hermitage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’un des six enfants du couple, Ernest (1874-1942) épouse Julie la fille unique des peintres Berthe Morisot et Eugène Manet. Elle a grandi entourée de nombreux artistes comme son oncle Edouard Manet ou encore Stephane Mallarmé. Le couple Ernest-Julie tente de mettre en valeur l’oeuvre de Berthe Morisot. Julie peint essentiellement pour son loisir mais Ernest lui, a une brillante carrière. J’ai trouvé ses oeuvres magnifiques. Impressionniste il saisit aussi les changements notamment chez les femmes élégantes des années 1910-1920. Je ne parviens pas à partager avec vous des images de ses tableaux d’élégantes parisiennes car ces derniers font partie de collections privées.

Ernest Rouart, Portrait de Julie Manet

Ernest Rouart, Portrait de Julie Manet

Ernest Rouart, L’Homme au chien, portrait d’Eugène Rouart

Ernest Rouart, L’Homme au chien, portrait d’Eugène Rouart

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Augustin Rouart (1907-1997) est l’un des petits-enfants du patriarche Henri Rouart, je vous passe les détails de son ascendance maternelle mais il a lui aussi grandi entouré d’artistes. Son style est totalement différent de l’impressionnisme, il est bercé par de multiples influences y compris japonaises et espagnoles. D’un point vue formel, son oeuvre est assez simple, elle est qualifiée de « réalisme magique » par Bruno Foucart historien de l’art qui dit de lui « parmi les autres, il ne ressemble qu’à lui ». Je dois reconnaître que j’ai un petit moins accroché à son oeuvre.

Augustine Rouart, Lagrimas y penas

Augustine Rouart, Lagrimas y penas

Cette exposition est très instructive et permet d’évoquer une famille d’artistes ayant de nombreuses alliances amicales et familiales avec d’autres artistes comme Paul Valery par exemple. Il est tout de même très difficile de connaître tous les membres de ce clan à la fin de l’exposition. Si ce sujet vous intéresse de nombreux ouvrages ont été consacrés à ces artistes notamment celui de Dominique Bona.

La gaieté – Justine Levy

la-gaiete

Justine Levy poursuit sa série de romans autobiographiques après Rien de grave et Mauvaise fille à travers son double littéraire prénommée Louise. Ce dernier roman n’a pas de thème clairement assumé ce qui lui donne un aspect superficiel et anecdotique. Au début de l’ouvrage elle montre l’intention de nous décrire comment, à la naissance de ses enfants, elle essaye de les entourer d’un sentiment de gaieté en luttant ainsi contre les accès de tristesse qui la torturent depuis son enfance. Elle balaie d’un revers de main l’idée même de bonheur, elle précise qu’elle devrait songer à demander à ses amis ayant l’air heureux de lui décrire leurs sentiments. Difficile de garder son sérieux devant une remarque aussi superficielle et désinvolte.

Elle décrit donc ses angoisses passées qui étaient parfois dues aux drogues et aux amphétamines qu’elle prenait. En alternance, elle décrit son bonheur trouvé avec Pablo et ses angoisses de jeunes maman. Elle le fait à travers des listes parfois lassantes des objets qu’elle achète pour eux ou des malades dangereuses qu’elle craint. Certaines descriptions de la place des enfants dans notre société sonnent assez juste.

Cependant, le roman se concentre progressivement sur l’enfance de Louise partagée entre les semaines chez son père vivant avec d’horribles belles-mères interchangeables et les weekend chez sa mère « camée » menant une vie très libre. Louise revit ses souvenirs auprès de cette mère à la psychologie instable mais à laquelle elle tient beaucoup et qu’elle tente d’aider. Avec l’aide de son père elle tente de reconstituer certains éléments assez sombres de son enfance auprès de sa mère. C’est aussi l’occasion de comparer les moeurs plus « libres » des années 1970 par rapport à la façon d’élever des enfants de nos jours.

Au final, Justine Levy semble abandonner le thème de la gaieté liée à la maternité pour revenir inlassablement à son sujet fétiche qui est sa relation avec sa mère.

romanetudiants

50 shades of Grey – Sam Taylor-Johnson

50shadesofGrey

Synopsis (Wikipédia): Anastasia Steele accepte de remplacer sa colocataire malade pour interviewer l’homme d’affaires et milliardaire Christian Grey. Jeune PDG séduisant et mystérieux, ce dernier l’intimide. A sa grande surprise, Christian Grey vient la voir au magasin où elle travaille, prétextant des achats. Très attirée par lui, elle se verra rapidement devenir sa soumise.

Note: 04/10

Critique: Vous connaissez déjà tous la trilogie dont le film est issu, je me suis personnellement contenté des extraits consternants lus dans la presse. Comme je suis curieuse j’ai tout de même voulu découvrir l »adaptation réalisée par Sam Taylor-Johnson (Nowhere Boy).

Par quoi dois-je commencer? Je vais commencer par les points positifs. Tout d’abord, l’ambiance générale très froide, grise et donnant une impression trop « clean » pour être vraie est adaptée à l’histoire.  D’autre part, je trouve que l’actrice qui interprète Anastasia (Dakota Johnson) correspond bien à l’image de la jeune première aux joues roses et à l’air innocent. Jeune diplômée en littérature elle ne se préoccupe pas le moins du monde de trouver un emploi dans ce secteur! Sa manière de s’habiller évolue au cours du film, ses vêtements deviennent plus près du corps et plus féminins. Malheureusement, son partenaire Jamie Dornan n’a pas l’expérience pour incarner Christian Grey qui aurait pu être plus intrigant qu’il ne l’est dans cette adaptation.

Mais le vrai handicap du film est le scénario, l’intrigue se concentre la rencontre et les négociations entre Anastasia et Christian à propos du fameux contrat qu’ils doivent signer. Leur relation se veut forte et concrétisée par certaines étapes importantes d’un point de vue sexuel mais aussi les présentations aux parents, cadeaux d’une valeur très élevée…etc. Cependant, l’ensemble est très répétitif et les personnages notamment Christian de donnent pas l’impression d’évoluer. J’ai vraiment senti passer les deux heures, cela donne l’impression d’une sorte de gâchis d’autant plus que le film s’arrête sur un Cliffhanger. Cependant, je pense que c’est surtout dû aux exigences de l’auteure de la trilogie ainsi que des producteurs plutôt qu’à la réalisatrice.

Au final, le film est plutôt bien mis en scène, dispose d’un humour paraît-il absent dans les romans mais s’englue dans un scénario bien trop lent et attentiste.

La machine à influencer – Brooke Gladstone & Josh Neufeld

machine-à-influencer

Note: 07/10

L’auteure de cette BD est journaliste à la NPR (radio publique aux E.U que l’on peut comparer au groupe Radio France), elle anime l’émission « On the media », elle s’intéresse donc aux moyens de communication dans le cadre de son travail.

Dans son introduction, l’auteure déconstruit le mythe du complot venu d’en haut et rappelle l’importance du lecteur (client) dans le contenu d’un média.  Elle dresse ensuite une brève histoire mondiale des médias et de la presse. Malheureusement elle passe directement de l’Empire romain à la Hollande du XVIIe siècle, oubliant au passage les colporteurs du Moyen-Age par exemple. Mais ce n’est le centre de son propos.

Elle s’intéresse avant tout à l’histoire des médias aux E.U à travers par exemple la manière dont ont été couvertes les guerres ou encore les différentes muselant la presse qui ont été votée avec l’approbation de l’opinion publique. Elle cite de nombreuses sources et exemples, c’est donc très intéressant mais il vaut mieux s’intéresser à l’histoire politique des Etats-Unis.

L’auteure cite et explique de nombreuses recherches scientifiques sur la réception que l’on peut avoir des médias, la mémoire ou encore l’inconscient. Ce que j’apprécie dans les publications américaines c’est justement ce mélange des sciences et des démarches que l’on trouve assez peu en France où les domaines de recherche restent trop cloisonnés à mon goût. Elle évoque la nouvelle place d’internet et ses conséquences sur notre capacité de concentration notamment. Cependant, elle n’est pas pessimiste et compte beaucoup sur la liberté des auditeurs/lecteurs pour faire les bons choix. Je trouve cependant, qu’elle n’évoque pas assez les pressions publicitaires que subit la presse notamment la presse écrite.

Il s’agit donc d’un ouvrage instructif et bien documenté malgré quelques oublis, je le conseille surtout à ceux qui s’intéressent aux médias et/ou aux Etats-Unis car c’est assez précis et dense.