Le malheur du bas – Inès Bayard

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Résumé: « Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Chronique: Inès Bayard livre un premier roman sans concession sur les conséquences d’un viol. A l’image de Chanson douce de Leïla Slimani, la romancière dévoile dès la première page sa fin funeste.

Le roman prend le parti de montrer Marie, une jeune femme de 32 ans violée par un supérieur hiérarchique et qui garde le secret de cette agression. On assiste alors horrifié à la sa souffrance et sa déchéance physique et psychologique qui la mène au bord de la folie. L’aveuglement de son mari et de sa famille est révoltant et donne un autre niveau de lecture au roman.

En effet, au delà du viol et des violences faites aux femmes le roman dresse un portrait au vitriol du couple parisien parfait de classe moyenne-haute entouré d’une famille aimante et d’amis attentifs. Les personnages sont des archétypes de leur époque et le prénom même de Marie illustre la volonté d’Inès Bayard de tendre vers une histoire universelle. Marie, dans son malheur, va se rebeller et prendre amèrement conscience des violences et des pressions imposées aux femmes (sexe, beauté, maternité, partage des tâches dans le couple). En mettant ces idées féministes dans l’esprit d’une femme blessée et en colère, Inès Bayard donne une force très importante à son récit et le rend plus provocateur et perturbant qu’il n’y parait au premier abord.

Un premier roman coup de poing qui ne laisse pas indemne!

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Mary Shelley – Haifa Al-Mansour

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Synopsis (Allociné): En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. 

Chronique: J’attendais avec impatience cette première incursion occidentale de la réalisatrice Haifa Al-Mansour après son magnifique Wadjda. On peut raisonnablement penser qu’il s’agit d’un film commande sorti 200 ans après la publication de Frankenstein. Un peu plus tôt cette année, dans Une vie sans fin, Frederic Beigbeder faisait référence à l’écriture de ce roman à Genève durant une période proche de la dépression pour son auteure, ces informations que j’ignorais m’ont encore davantage donné envie de découvrir son biopic.

Il s’agit d’un long focus sur la période 1814-1818 soit de sa rencontre avec Percy Shelley poète romantique reconnu jusqu’à la publication de Frankenstein. Le biopic est extrêmement riche en informations sur le monde littéraire du tout début du XIXe siècle. En effet, Mary est la fille de deux esprits très libres voire anarchistes avant l’heure. Sa mère est par exemple l’auteure d’un essai féministe Défense des droits de la femme et ses parents ne se sont mariés que pour qu’elle puisse être légitimée. Son adolescence est cependant étouffante et marquée par les difficultés financières de son père et l’austérité de sa belle-mère. Si les portraits de Percy Shelley et Lord Byron (au bord de la dépression nerveuse) sont un peu caricaturaux, le film donne réellement envie d’en savoir plus sur leurs vies et leurs écrits.

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Le film m’a paru un peu lent dans un premier temps, mais en réalité il traduit bien la lente maturation de Mary Shelley qui connaît une série de déceptions, de trahisons et de deuils qui offrent le matériau de son roman culte.  Elle Fanning que j’aime beaucoup depuis Super 8 est parfaite en héroïne romantique. Son écriture évolue également d’imitatrice à réelle auteure sous le regard bienveillant de son père qui est finalement le seul personnage masculin respectable du film. Enfin, les doutes exprimés par les éditeurs et critiques sur la capacité d’une femme à écrire un récit aussi déroutant résonnent clairement avec la redécouverte du rôle de certaines femmes d’écrivains ou l’effet Matilda en science, un sujet d’actualité.

Il s’agit donc d’un film assez classique et qui contient quelques longueurs mais très intéressant et porté par une très bonne Elle Fanning.

Rendez-vous avec le crime – Julia Chapman

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Résumé: Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? Et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Chronique: A l’image de ce long résumé, l’intrigue met un peu de temps à se mettre en place. L’auteure se délecte de la description des rancunes et des petitesses de cette petite commune. Les retrouvailles entre la courageuse et déterminée Delilah et le fils prodigue du village Samson vont produire leur petit effet.

On est rapidement sous le charme de Samson, un homme d’action qui cache des blessures et des problèmes dans son emploi de policier qu’il a quitté brutalement. Le roman devient réellement divertissant lorsque les speed dating organisés par Delilah deviennent matière à l’enquête. J’ai accéléré ma lecture à ce moment là. Les rebondissements sont présents sans être renversants. On rit surtout des réactions des villageois aux évènements qui secouent cette petite commune.

Il s’agit donc d’un bon tome d’introduction, un peu lent mais qui donne clairement envie de retrouver nos 2 héros pour une prochaine enquête. La suite est à découvrir dès ce mois de juin 2018 avec une enquête qui tournera autour d’une maison de retraite en période de fêtes de fin d’année.

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Prix Lectrices Elle 2018 – Lauréats

Comme vous le savez j’ai eu le plaisir de faire partie du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018. Je n’ai pas écrit sur tous les 28 livres que j’ai lu mais ce fut une superbe expérience partagée avec des co-jurées passionnées et passionnantes!

Voici donc le palmarès dévoilé hier soir:

Catégorie Roman: La salle de bal – Anna Hope 

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Ce roman était mon chouchou, celui que j’ai le mieux noté avec 18/20. L’auteure évoque un asile d’aliéné en 1911 en Angleterre à travers 3 personnages qui ne sont pas réellement fous: Ella jeune ouvrière révoltée, Clem jeune fille rebelle et John un mélancolique et mystérieux Irlandais. Malgré le huis-clos l’auteure parvient à aborder un nombre incroyable de thèmes avec une grande subtilité. Le récit sonne comme un hommage aux opprimés/oubliés de l’histoire. J’ai désormais très envie de lire son précédent roman: Le chagrin des vivants dont j’ai lu beaucoup de bien sur la blogosphère.

Catégorie Essai: Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui

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Cet essai poignant sur une bibliothèque clandestine en Syrie était, je pense, le grand favori et aussi celui que j’ai le mieux noté. Bravo à Delphine Minoui pour cette enquête!

Catégorie Policier: Les chemins de la haine – Eva Dolan

Les chemins de la haine

C’était mon policier préféré à égalité avec Tango Fantôme de Tove Alsterdal. Ne vous fiez pas à la couverture et au titre un peu grandiloquent (Long Way Home en V.O). Il s’agit du premier tome d’une série qui suit deux enquêteurs, l’inspecteur Zigic et le sergent Fereira chargés des crimes de haine en Grande Bretagne. Avec les faibles moyens mis à l’heure disposition ils vont plonger dans le monde des travailleurs clandestins réduits à un état de quasi-esclavage. Avec simplicité et humanisme Eva Dolan nous embarque dans une enquête qui ne néglige pas pour autant les rebondissements. 3 autres tomes ont été publiés en anglais, à suivre donc!

Le Grand Prix des lycéennes de Elle a été remis à Et soudain la liberté un livre qui devait être une autobiographie d’Evelyne Pisier et qui été poursuivi par Caroline Laurent son amie et éditrice après sont décès.

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Ce roman m’avait beaucoup plu par sa description de l’Indochine et de l’émancipation surprenante de la mère d’Evelyne Pisier. Les lycéennes ont donc eu beaucoup de goût!

Au final de je suis ravie du résultat, d’autant plus que le roman et l’essai étaient dans la pré-sélection de Janvier dont je faisais partie. Les inscriptions pour le jury 2019 sont déjà closes. Quant à moi je dois attendre 3 ans avant de postuler à nouveau, ce que je ne manquerai pas de faire! Merci au magazine Elle, à Olivia de Lamberterie, Pascale Frey et Léa à la maison Guerlain qui a accueilli l’une des rencontres avec les auteurs finalistes et bien sûr à mes co-jurées!

Everybody knows – Asghar Farhadi

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Synopsis (Allociné): A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

J’étais très curieuse de découvrir cette incursion d’Asghar Farhadi dans le cinéma espagnol. Son film Une séparation est pour moi un chef d’oeuvre. J’avais cependant trouvé Le passé pesant et Le client pas totalement abouti.

Une plongée réussie dans l’Espagne rurale

Le réalisateur transcrit très bien le retour des immigrés (qui peut d’ailleurs s’appliquer à d’autres régions du monde comme le Maghreb) avec la joie démonstrative et les rapides nouvelles. Le village est bien décrit avec quelques éléments sur la crise économique en filigrane. Le village semble incarné par le personnage de Paco (Javier Bardem, parfait) un viticulteur charismatique qui fait clairement partie des meubles. Le mariage est également un parfait exemple de bonheur familial avec la chanson originale « Se muere por volver »  qui reste dans la tête.

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Le film bascule ensuite dans une ambiance plus dramatique. Comme souvent chez Asghar Farhadi cet évènement révèle des facettes peu reluisantes des personnages et la suspicion est omniprésente. Le mari de Laura interprété par Ricardo Darin est un homme passif et dévot assez insupportable.

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Néanmoins l’absence totale d’intervention de la police/justice et de la société en général m’a paru peu crédible et donne un aspect artificiel et un peu hors-sol à l’ensemble. Un personnage va tout de même se révéler plus juste et droit que les autres. Quant au secret de famille il n’est ni ridiculement évident ni révolutionnaire.

Au final, Asghar Farhadi livre un film mitigé qui reste agréable à regarder car il a  le mérite de ne pas être plombant malgré des thèmes difficiles abordés. Cependant, la construction en vase clos s’avère un peu vaine et manque cruellement de réalisme et de vie.

Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

Dans les angles morts

Résumé de éditeur: En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre – depuis combien de temps? Huit mois plus tôt, engagé à l’université de Chosen, il avait acheté pour une bouchée de pain une ancienne ferme laitière, et emménagé avec sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie, en passe d’être repeuplée par de riches New-Yorkais. Ce qu’il a omis de dire à sa femme, c’est que les anciens propriétaires, acculés par les dettes, s y étaient suicidés, en laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole. 

Chronique: Pour son premier roman traduit en français, l’écrivaine affiche des ambitions littéraires de très haut niveau et frappe un grand coup. En effet, ce roman, doté d’une grande finesse psychologique, est une vraie autopsie d’une commune rurale des Etats-Unis à la fin des années 1970.

Le roman s’ouvre sur l’assassinat de Catherine épouse d’un universitaire ayant racheté une ferme marquée par un drame. On s’attend alors à un roman à thèse sur la confrontation entre une population rurale appauvrie et des riches New-Yorkais qui rachètent les terres pour une bouchée de pain. Il n’en est rien.

Les 30 premières pages m’ont dérouté car l’auteure développe un style original dans lequel dialogues qui ne sont pas clairement attribués à chaque personnage.  Elle s’intéresse à  chaque foyer, la description des frères Hale orphelins adolescents livrés à eux-même est poignante. Le quotidien de Catherine auprès de son mari George froid et les problèmes de couples sont légion, les frustrations de chacun emplissent les conversations et le roman est empreint d’une réelle noirceur au risque de paraître un peu déséquilibré tant les sources de malheur sont nombreuses.

De nombreux éléments sociaux tels que des personnages plus ou moins « hippies », les ravages de la drogue ou encore la pratique du spiritisme sont évoqués sans jugement de valeur. Il s’agit d’un roman exigeant qui distille lentement ses analyses psychologiques et sociales. Une vraie découverte et une auteure à suivre, j’espère que ses précédents romans bénéficieront d’une traduction française!

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Ciné – 3 héroïnes de ce début d’année

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Le retour du héros – Laurent Tirard

Si le film s’appelle Le retour du héros, c’est bien Elisabeth Beaugrand jeune célibataire par choix et aspirante écrivaine qui mène le récit et la supercherie. Elle rappelle les héroïnes de Jane Austen par son indépendance d’esprit et son intelligence. Elle va trouver un adversaire/allié à taille avec le colonel Neuville. L’humour qu’il soit basé sur les dialogues ou des situations ridicules est efficace. C’est très agréable de voir un film français avec un scénario qui tient la route et réserve plusieurs surprises. Mélanie Laurent s’adapte très bien à la comédie!

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I, Tonya – Craig Gillespie

Réalisé comme un faux documentaire, ce biopic est instructif et hilarant. Il revient sur le parcours chaotique de Tonya Harding (brillamment interprétée par Margot Robbie) patineuse américaine ayant été la première Américaine à réaliser un trip axel. Malheureusement pour elle, elle venait d’un milieu très défavorisé que les Etats-Uniens appellent « white trash ». Elle a donc dû se battre pour tout (les cours payés difficilement par une mère abusive, les tenues qu’elle doit fabriquer elle-même, son mauvais caractère) et malgré ses efforts elle n’est pas acceptée par les jurys aseptisés. Pour arranger le tout, elle forme un couple destructeur avec un cas social qui la mènera à « l’incident » raconté avec décalage et humour! Le film apporte également une réflexion sur les médias et les chaînes 24h qui se sont passionné pour cette affaire avant de se désintéresser de Tonya au profit du procès d’O.J Simpson.

 

Lady-Bird

Le premier film réalisé par Greta Gerwig dresse le portrait somme toute assez universel d’une adolescente durant son année de terminale. Le résultat est moins arty que ce que j’avais imaginé. La relation de Christine « Lady Bird » avec sa mère est très touchante et similaire à celles de nombreuses familles. Les relations amoureuses et amicales sont également très justes. Pour poursuivre, je vous conseille Mistress America de Noah Baumbach avec Greta Gerwig comme actrice dans lequel le personnage de Tracy vit des premiers mois difficiles dans une université new yorkaise.