Renaissances – Tarsem Singh

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Synopsis (Allociné): Damian Hale (Ben Kingsley), un richissime homme d’affaire new-yorkais atteint d’une maladie incurable, se voit proposer une opération révolutionnaire par le mystérieux groupe Phénix : transférer son esprit dans  « une enveloppe vide », un nouveau corps jeune et athlétique pour prolonger sa vie. Comment résister à une telle proposition ? Damian Hale procède au transfert et redécouvre les joies de la jeunesse, du luxe et des femmes dans son nouveau corps. Jusqu’au jour où il découvre un terrible secret sur l’opération. Un secret pour lequel Phénix est prêt à tuer.

Chronique: Je n’attendais pas spécialement ce film mais j’ai vu la bande-annonce par hasard au cinéma et j’ai voulu tenter. Si la réalisation est plutôt élégante ce film n’a rien d’inoubliable.

L’idée de départ n’est pas très originale et le « secret » est dévoilé dans la bande-annonce. Globalement, le scenario ne repose pas sur le suspense mais plutôt sur le dilemme moral auquel fait face Damian qui n’est pas vraiment un « héros » au départ. Le développement de l’intrigue est assez linéaire opposant Damian à la société Phoenix. Matthew Goode est un méchant calme, froid et agaçant à souhait.

La rencontre de Damian avec Madeline (Natalie Martinez) et sa fille est émouvante et permet à Ryan Reynolds d’être plus expressif qu’à l’habitude. Cependant, les projets de Damian ne sont pas suffisamment « forts » pour justifier cette seconde vie. Certes il voudrait renouer avec sa fille (Michelle Dockery) mais comment cela pourrait-il être possible sous sa nouvelle identité?

Selfless-Ryan-Reynolds

La mise en scène est efficace, le bling-bling qui entoure Damian s’efface rapidement au profit d’une cavale parfois violente. C’est aussi le seul terrain d’expression du réalisateur d’habitude très original mais réalisant ici un film-commande.

En bref, c’est plutôt un bon divertissement servi par de bons acteurs mais vous pouvez largement attendre qu’il passe à TV.

Old friends and new fancies – Sybil Brinton

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Résumé: Fiancée au colonel Fitzwilliam, Georgiana Darcy n’est pas heureuse. Elle révèle son désarroi à sa belle-sœur, Elizabeth, et cette dernière s’empresse d’intervenir afin d’annuler les fiançailles. Soulagé, le colonel Fitzwilliam accompagne le couple Darcy à Bath tandis que Georgiana rend visite à la sœur d’Elizabeth, Jane Bingley. Ils vont alors, chacun à leur tour, croiser et rencontrer les héros des autres romans de Jane Austen, d’Emma au capitaine Wentworth. Mais au fil des intrigues, ces personnages hauts en couleur devront affronter maintes épreuves avant de connaître le parfait amour. 

Ce roman est présenté comme l’une des plus anciennes austeneries, il a été publié en 1913 au Royaume-Uni. Ayant lu les romans de Jane Austen et quelques réécritures, j’étais curieuse de voir comment l’auteure parvient de créer des liens entre les nombreux personnages.

Le début du roman est lourd, l’auteure présente les personnages sous forme de longues phrases qui présentent les personnages. Par exemple:

« She however, reserved to herself the right of insisting that her relatives should visit her at Bath, and Darcy who wished to give no occasion of offense to his mother’s only sister, was in the habit of taking his wife and his sister down there every spring for a short stay at one of the hotels, thus forming among among themselves a pleasant and independent little party, Which was usually joined by Colonel Fitzwilliam ».

Il s’agit d’une phrase extrêmement longue qui nous explique les liens entre Lady Catherine de Bourgh et les Darcy et qui permet d’introduire l’habitude d’aller à Bath lieu de mondanités. Ces très longues phrases sont trop nombreuses et rendent la lecture désagréable. Je ne sais pas trop si c’était une façon pour l’auteure de donner un aspect « suranné » et classique à son récit… Plus accessoirement j’ai trouvé étrange que Elizabeth appelle son époux Darcy et non Fitzwilliam.

Mais rapidement certains éléments m’ont fait sourire: les insupportables soeur Steele, le passage concernant l’invitation de Mary Crawford au bal organisé par Lady Catherine de Bourgh…etc. L’auteure exploite bien les multiples résidences des personnages, leur mode de vie presque nomade multiple les rencontres et les séparations.

Les préoccupations de la plupart des personnages résident dans les alliances qui pourrait rendre heureux les célibataires de leur entourage, c’est le fameux Marriage Plot. Comme dans les romans de Jane Austen, les dernières pages réservent des rebondissements qui donnent lieu à plusieurs mariages.

On ne retrouve bien sûr pas la causticité de Jane Austen mais c’est une lecture agréable et en V.O ce qui est toujours instructif.

Lu dans le cadre du Challenge A year in England organisé par Titine.

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Nos futurs – Remi Bezançon

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Synopsis: Deux amis d’enfance, qui s’étaient perdus de vue depuis le lycée, se retrouvent et partent en quête de leurs souvenirs…

Chronique: Suite à une soirée d’anniversaire morne, Yann (Pierre Rochefort) reprend contact avec son ami de jeunesse Thomas (Pio Marmaï). Le scénario joue sur la différence de personnalités : Pierre est sérieux et renferme tous ses sentiments, Thomas est au contraire un grand gamin charmant et très sociable.

Ce principe régressif est très répandu au cinéma (Les Gamins, Camille redouble…etc.), il est tout de même plutôt sympathique dans les premières minutes, les premières retrouvailles sont décalées (Mad Max a vieilli). Les références plus ou moins culturelles se multiplient (qui n’a pas pleuré devant Le Roi Lion?). Cependant, l’humour n’est pas suffisamment réussi, les excuses bidons leurs permettant de s’absenter du travail sont par exemple insipides.

Au fur et à mesure, les indices sur la difficulté de faire face à un deuil et à la mort en général deviennent de plus en plus présentes. L’émotion finale est donc gâchée par un grand manque de subtilité et une trop grande prévisibilité. Au delà de ce scénario très maladroit, le film souffre de la prestation morne de Pierre Rochefort. Certes son personnage est censé être triste et replié sur lui même mais là il a l’air d’être sous sédatif.

Au final, je regrette de voir Remi Bezançon régresser comme réalisateur et comme scénariste. Bien qu’écrit par 3 personnes le scénario est digne d’un mauvais téléfilm. Pio Marmaï est en revanche un acteur à suivre!

Rebecca – Daphné du Maurier

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Résumé (Editions Albin Michel): Une longue allée serpente entre des arbres centenaires, la brume  s’accroche aux branches et, tout au bout, entre la mer et les bois sombres, un manoir majestueux : Manderley, le triomphe de Rebecca de Winter, belle, troublante, admirée de tous. Un an après sa mort, son charme noir hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse de Maxim de Winter, jeune et timide, pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Chronique: J’ai profité de la présence dans ma médiathèque de cette nouvelle traduction pour découvrir ce roman qui semble culte. Je vais rien vous dévoiler des rebondissements qui sont très bien menés. Il s’agit d’un roman qui mêle de nombreux genres littéraires: roman d’amour, thriller psychologique et roman d’apprentissage.

J’ai apprécié l’étude de caractères que propose le roman. La narratrice revient sur ses jeunes années alors qu’elle était naïve et facilement impressionnable. Elle mesure les changements de sa personnalité. L’une des grande force de roman est le fait traite d’émotions universelles comme la jalousie ou la peur. Il aborde également ce que Tatiana de Rosnay a appelé La mémoire des murs dans un de ses romans.

Daphné du Maurier utilise des thèmes classiques voire mythiques comme celui de la demeure isolée et « hantée » pour suggérer des réalités psychologiques et psychanalytiques encore nouvelles pour l’époque. Au fur et à mesure de mes découvertes sur les personnages, ils m’ont paru moins sympathiques pourtant la narration à la première personne nous obligent à rester en connexion avec eux.

Adaptation de 1940 Alfred Hitchcock
Adaptation de 1940 Alfred Hitchcock

A peine deux ans après la publication du roman, le réalisateur se voit confié la réalisation de son adaptation. Sa marge de manoeuvre est très faible il n’a le dernier mot ni sur le casting, ni le scénario ni le montage. La pression était importante puisque le roman fut un best-seller immédiat. Le maître du suspense s’en sort très bien, il livre une mise en scène fidèle et parfois terrifiante. Il est bien aidé par Judith Anderson qui aurait mérité l’oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation de Mrs Danvers.

MissDanvers

Joan Fontaine est trop belle pour le rôle mais elle l’interprète très bien, elle est en permanence courbée et accourt dès que Maxim ou un domestique l’appelle. Laurence Olivier est un peu moins conforme à l’image que je me faisais de Maxim, j’ai également trouvé son débit de paroles un peu trop rapide ce qui un comble pour un acteur venant du théâtre et particulièrement célèbre pour sa voix… La fin est un peu moins fidèle au roman mais l’ensemble est vraiment réussi, Hitchcok se permet même des petits clins d’oeil au cinéma à travers par exemple la passage durant lequel les deux époux regardent le film de leur lune de miel.

J’ai également vu une adaptation TV de Jim O’Brien 1997 (2X1h30) 

rebecca-1997

Maxim est interprété par Charles Dance (Tywin Lannister dans Game of Thrones!) et la narratrice par Emilia Fox (Alias Georgiana Darcy dans Orgueil et Préjugés 1995). Je n’aurait jamais imaginé Maxim avec ce physique mais ils forment un couple très crédible notamment grâce à un grand nombre de scènes en tête à tête. Mrs Danvers est interprétée par Diana Rigg (Chapeau melon et bottes de cuirs, Game of Thrones), elle a un comportement plus en retenue, elle est moins effrayante que dans la version de 1940. De façon général, le film est moins gothique et plus « léger ». Dans la première partie on voit Me Van Hopper faire ouvertement des avances à Maxim et on a droit à quelques scènes de Charleston. La lune de miel et son effet bénéfique semblent influencer la suite du roman. J’ai l’impression qu’il y a eu une envie de « moderniser » l’ensemble.

Il existe également une adaptation datant de 1979 mais ce sera pour une autre fois. Pour l’instant je suis contente de ma découverte de l’univers de Daphné du Maurier et j’aimerais poursuivre avec Le bouc-émissaire qui me tente beaucoup.

Lu et vus dans le cadre du challenge a Year in England organisé par Titine.

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Amy – Asif Kapadia

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Synopsis (Allociné): Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles. Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire.Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

Chronique: J’ai été déçue par ce documentaire très long et un peu voyeuriste qui a pourtant été encensé par la critique.

Commençons tout de même par le positif. Le début du documentaire utilise de nombreuses vidéos filmées par les amies d’enfance d’Amy, ce qui permet de la voir dès ses 14 ans déjà forte de caractère, insolente et attachante. Cette spontanéité elle la garde lors de ses premières interviews après la sortie de son premier album Franck en 2003. Sur ce point, le documentaire montre bien les particularités musicales d’Amy (très fortement inspirée par le Jazz) et donc à mille lieux de ce qui se fait en Grande-Bretagne dans les années 2000. J’aurais tout de même aimé que le réalisateur exploite un peu plus ce que Amy a pu dire sur ses sources d’inspirations dans des interviews passées, il aurait pu intégrer d’une façon ou d’une autre les interviews écrites ou même radio. Je le trouve trop centré sur les archives vidéos.

Les scènes montrant l’enregistrement de l’album Back to black sont les plus beaux moments du films on en redemande.

Malheureusement, toute la deuxième heure du documentaire est consacrée à la déchéance de la chanteuse suite à sa « découverte » des drogues dures par l’intermédiaire de son compagnon Blake Civil-Filder. Le réalisateur semble vouloir dénoncer le manque d’aide de son entourage ainsi que l’acharnement des paparazzis. Pourtant, je trouve qu’il joue leur jeu en étalant bien trop longtemps la descente aux enfers de la star. Enfin, j’aurais aimé qu’il accorde quelques minutes à la réactions des fans et aux hommages qui lui ont été rendus après sa mort.

Visionné dans le cadre du challenge A Year in England

organisé par Titine du blog Plaisirs à cultiver.

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La isla minima – Alberto Rodriguez

Laislaminima

Synopsis (Allociné): Deux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

Ce thriller espagnol exploite au maximum ses lieux de tournage et son époque. Le résultat est un thriller classique et étonnamment sobre.

On n’imagine pas a première vue que ces paysages de rizières si dépaysants se situent à quelques kilomètres de Malaga en Espagne. Le réalisateur joue à fond cette carte, nous réservant de nombreuses surprises. Les courses poursuites dans les rizières à bord de petites voitures sont impressionnantes.

L’intrigue est relativement classique, deux jeunes soeurs plus ou moins « rebelles » voire « libérées » disparaissent un soir de fête foraine. L’histoire a un petit côté « les hommes qui n’aimaient pas les femmes » mais je ne vous en dit pas plus. Certaines aspects culturels comme la medium du village sont montrés sans être au centre de l’intrigue. Compte tenu des thèmes abordés, je trouve que le réalisateur reste sobre et ne se perd pas dans des détails scabreux.

Les policiers envoyés de Madrid ne sont pas là par choix mais ils sont déterminés à résoudre l’affaire. Selon le schéma classique l’un est jeune, légaliste et prend très à coeur l’enquête (Raul Arevalo vu dans Les amants Passagers). L’autre est plus expérimenté, assez désabusé par la nature humaine et adepte d’interrogatoires musclés (Javier Gutierrez). Les deux acteurs sont très bons en particulier Javier Gutierrez qui joue avec un naturel impressionnant. Le reste du casting est bon même si le choix de Nerea Barros actrice de 34 ans au physique de mannequin pour interpréter la mère des deux adolescentes est une mauvaise idée.

Au final, il s’agit d’un film qui exploite avec habileté l’aspect étrange et reculé du lieu. L’intrigue qui mêle des éléments sociaux et culturels reste classique et bien menée.

Tolstoï, Oncle Gricha et moi – Léna Gorelik

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Résumé: Sofia écrit des listes, partout et tout le temps : les diminutifs gênants, les phrases qu’elle aurait souhaité ne jamais avoir dites ou les restaurants les plus mauvais. Une obsession qui lui permet d’affronter un quotidien morose : sa fille de deux ans et demi doit se faire opérer du coeur pour la troisième fois, Alzheimer emporte peu à peu sa grand-mère, et ce n’est certainement pas sa mère, grande collectionneuse d’autocollants Panini et adoratrice de Tolstoï, qui peut lui apporter son aide. De ses origines russes, la jeune femme ne sait que très peu de chose. C’est en trouvant chez sa grand-mère de mystérieuses listes écrites en cyrillique qu’elle découvre l’existence de Gricha, un oncle dont elle ignorait tout. Qui était cet homme passionné, fougueux et marginal ? À travers lui, l’histoire familiale de Sofia se dévoile peu à peu pour livrer ses plus lourds secrets.

Chronique: J’ai découvert ce roman allemand  il y a quelques mois sur la blogosphère notamment chez Plaisirs à cultiver. J’ai donc eu très envie de découvrir ce roman contemporain qui mêle la petite et la grande histoire de l’Union soviétique.

Comme on peut le voir dans le résumé, le roman traite de plusieurs générations de la famille de Sofia, la narratrice. Sofia est a priori la personne la plus banale de la famille, jeune mère inquiète pour sa fille, elle est bourrée de complexes des plus communs (son poids, ses difficultés à trouver les mots justes alors qu’elle est écrivaine). Sa mère et sa grand-mère ont des caractères assez forts et fantasques. Mais le membre le plus mystérieux et intéressant de sa famille est bien sûr l’oncle Gricha. Personnage talentueux (doué pour le dessin, la photographie…etc) et surtout esprit rebelle. Les passages qui lui sont consacrés sont passionnants et on regrette que le roman ne lui soit pas entièrement consacré. Le passage sur l’enterrement de Boris Pasternak auquel il assiste est par exemple un très beau moment de littérature.

La partie qui se déroule dans le passé, dans un contexte plus difficile est plus marquante que les parties plus contemporaines. C’est une remarque que je fais souvent concernant les romans qui mêlent les destins d’une famille à plusieurs époques. Elle paraît plus mystérieuse voire tragique. C’est souvent une volonté de l’auteur mais cela laisse un petit sentiment de frustration, si le roman avait été consacré uniquement à oncle Gricha il aurait sûrement été encore meilleur.

Il s’agit donc d’un roman contemporain que je ne regrette pas d’avoir découvert même si la lecture est un peu frustrante tant on aimerait en savoir encore plus sur Gricha.