Everybody knows – Asghar Farhadi

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Synopsis (Allociné): A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

J’étais très curieuse de découvrir cette incursion d’Asghar Farhadi dans le cinéma espagnol. Son film Une séparation est pour moi un chef d’oeuvre. J’avais cependant trouvé Le passé pesant et Le client pas totalement abouti.

Une plongée réussie dans l’Espagne rurale

Le réalisateur transcrit très bien le retour des immigrés (qui peut d’ailleurs s’appliquer à d’autres régions du monde comme le Maghreb) avec la joie démonstrative et les rapides nouvelles. Le village est bien décrit avec quelques éléments sur la crise économique en filigrane. Le village semble incarné par le personnage de Paco (Javier Bardem, parfait) un viticulteur charismatique qui fait clairement partie des meubles. Le mariage est également un parfait exemple de bonheur familial avec la chanson originale « Se muere por volver »  qui reste dans la tête.

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Le film bascule ensuite dans une ambiance plus dramatique. Comme souvent chez Asghar Farhadi cet évènement révèle des facettes peu reluisantes des personnages et la suspicion est omniprésente. Le mari de Laura interprété par Ricardo Darin est un homme passif et dévot assez insupportable.

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Néanmoins l’absence totale d’intervention de la police/justice et de la société en général m’a paru peu crédible et donne un aspect artificiel et un peu hors-sol à l’ensemble. Un personnage va tout de même se révéler plus juste et droit que les autres. Quant au secret de famille il n’est ni ridiculement évident ni révolutionnaire.

Au final, Asghar Farhadi livre un film mitigé qui reste agréable à regarder car il a  le mérite de ne pas être plombant malgré des thèmes difficiles abordés. Cependant, la construction en vase clos s’avère un peu vaine et manque cruellement de réalisme et de vie.

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Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

Dans les angles morts

Résumé de éditeur: En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre – depuis combien de temps? Huit mois plus tôt, engagé à l’université de Chosen, il avait acheté pour une bouchée de pain une ancienne ferme laitière, et emménagé avec sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie, en passe d’être repeuplée par de riches New-Yorkais. Ce qu’il a omis de dire à sa femme, c’est que les anciens propriétaires, acculés par les dettes, s y étaient suicidés, en laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole. 

Chronique: Pour son premier roman traduit en français, l’écrivaine affiche des ambitions littéraires de très haut niveau et frappe un grand coup. En effet, ce roman, doté d’une grande finesse psychologique, est une vraie autopsie d’une commune rurale des Etats-Unis à la fin des années 1970.

Le roman s’ouvre sur l’assassinat de Catherine épouse d’un universitaire ayant racheté une ferme marquée par un drame. On s’attend alors à un roman à thèse sur la confrontation entre une population rurale appauvrie et des riches New-Yorkais qui rachètent les terres pour une bouchée de pain. Il n’en est rien.

Les 30 premières pages m’ont dérouté car l’auteure développe un style original dans lequel dialogues qui ne sont pas clairement attribués à chaque personnage.  Elle s’intéresse à  chaque foyer, la description des frères Hale orphelins adolescents livrés à eux-même est poignante. Le quotidien de Catherine auprès de son mari George froid et les problèmes de couples sont légion, les frustrations de chacun emplissent les conversations et le roman est empreint d’une réelle noirceur au risque de paraître un peu déséquilibré tant les sources de malheur sont nombreuses.

De nombreux éléments sociaux tels que des personnages plus ou moins « hippies », les ravages de la drogue ou encore la pratique du spiritisme sont évoqués sans jugement de valeur. Il s’agit d’un roman exigeant qui distille lentement ses analyses psychologiques et sociales. Une vraie découverte et une auteure à suivre, j’espère que ses précédents romans bénéficieront d’une traduction française!

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Ciné – 3 héroïnes de ce début d’année

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Le retour du héros – Laurent Tirard

Si le film s’appelle Le retour du héros, c’est bien Elisabeth Beaugrand jeune célibataire par choix et aspirante écrivaine qui mène le récit et la supercherie. Elle rappelle les héroïnes de Jane Austen par son indépendance d’esprit et son intelligence. Elle va trouver un adversaire/allié à taille avec le colonel Neuville. L’humour qu’il soit basé sur les dialogues ou des situations ridicules est efficace. C’est très agréable de voir un film français avec un scénario qui tient la route et réserve plusieurs surprises. Mélanie Laurent s’adapte très bien à la comédie!

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I, Tonya – Craig Gillespie

Réalisé comme un faux documentaire, ce biopic est instructif et hilarant. Il revient sur le parcours chaotique de Tonya Harding (brillamment interprétée par Margot Robbie) patineuse américaine ayant été la première Américaine à réaliser un trip axel. Malheureusement pour elle, elle venait d’un milieu très défavorisé que les Etats-Uniens appellent « white trash ». Elle a donc dû se battre pour tout (les cours payés difficilement par une mère abusive, les tenues qu’elle doit fabriquer elle-même, son mauvais caractère) et malgré ses efforts elle n’est pas acceptée par les jurys aseptisés. Pour arranger le tout, elle forme un couple destructeur avec un cas social qui la mènera à « l’incident » raconté avec décalage et humour! Le film apporte également une réflexion sur les médias et les chaînes 24h qui se sont passionné pour cette affaire avant de se désintéresser de Tonya au profit du procès d’O.J Simpson.

 

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Le premier film réalisé par Greta Gerwig dresse le portrait somme toute assez universel d’une adolescente durant son année de terminale. Le résultat est moins arty que ce que j’avais imaginé. La relation de Christine « Lady Bird » avec sa mère est très touchante et similaire à celles de nombreuses familles. Les relations amoureuses et amicales sont également très justes. Pour poursuivre, je vous conseille Mistress America de Noah Baumbach avec Greta Gerwig comme actrice dans lequel le personnage de Tracy vit des premiers mois difficiles dans une université new yorkaise.

Mon Top 5 Ciné 2017

 

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1- Faute d’amour -Andreï Zviaguintsev

Pour moi c’est LE film de 2017, celui qui allie un regard impitoyable sur la société russe avec une mise en scène au diapason. A travers la disparition d’un enfant, le réalisateur autopsie la société russe dans ce qu’elle a de plus négatif (matérialisme, individualisme et hypocrisie autour des valeurs religieuses et familiales) et positif à travers un groupe de citoyens bénévoles qui se substituent aux services de l’Etat pour aider à retrouver les disparus. Les scènes recherches tournées dans des bâtiments désaffectés traduisent l’angoisse et l’abandon dans lequel se trouve la Russie. Les dialogues sans concession sont très éprouvants mais il est impossible de détourner le regard. Ma palme d’or!

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2 – Loving – Jeff Nichols

Jeff Nicholls continue à tracer son sillon naturaliste pour raconter cette fois ci un aspect politique de l’Histoire des Etats-Unis, à savoir la bataille juridique d’un couple mixte à une époque où le mariage « mixte » est interdit dans certains Etats américains. Le résultat est sublime et très sensible. Chronique.

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3 – Jackie – Pablo Larrain

Je m’intéresse beaucoup à l’histoire des Kennedy. Pablo Larrain choisit de se concentrer sur la manière dont Jackie Kennedy a géré les jours qui ont suivi la mort de JFK en alternance avec ses confidences à un journaliste. La reconstitution historique donne lieu à des scènes époustouflantes comme la course de la voiture du président blessé en direction de l’hôpital ou le cortège funéraire. Ce film confirme que l’avenir du biopic se situe bien dans ce type de focus et non plus sur un récit de vie linéaire et parfois un peu laborieux.

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4- Mother! – Darren Aronofsky 

Le nouveau film de mon réalisateur préféré a été vendu comme un film d’horreur domestique à la Roman Polanski. Si il commence par un huis-clos un peu théâtral entre un écrivain en panne d’inspiration et sa compagne-muse (excellente Jennifer Lawrence) il brasse ensuite un nombre incroyable de thèmes (création artistique, dérives de la célébrités, violences). Darren Aronofsky se lance dans une suite de scènes grandioses qui résument les souffrances que les humains s’infligent et qu’ils infligent à la terre-mère. Les mises en abîme sont nombreuses et les interprétations infinies.

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5- Get Out – Jordan Peele

Get Out pourrait passer pour un film d’horreur efficace et à petit budget. Mais il est surtout une réflexion sur les relations entre noirs et blancs dans les Etats-Unis post-Obama. C’est difficile de parler de ce film sans trop vous spoiler, je dirais qu’il évoque l’hypocrisie de la bourgeoisie blanche américaine qui se dit progressiste et s’approprie les héros et les références des afro-américains jusqu’à un degré extrême. La mise en scène est très réussie sauf dans le dernier quart d’heure un peu excessif à mon goût.

Mon Top 5 Séries 2017

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1- La servante écarlate Hulu/OCS Max

Pour moi c’est de loin LA série de l’année. La mise en scène très réussie nous plonge d’emblée dans la dictature de Gilead aux Etats-Unis dans laquelle uniformes, langage pseudo-religieux et absence totale de liberté sont de mise. Nous faisons corps avec Offred (Elisabeth Moss, excellente), la narratrice qui nous décrit avec malice et mélancolie sa vie actuelle de « servante écarlate » et son passé. La violence est omniprésente que ce soit lors de la chute de la démocratie ou dans les punitions et menaces permanentes du régime de Gilead. La saison 1 s’arrête sur un cliffhanger (le roman également s’arrête également de cette façon) ce qui donne une liberté totale  pour le scénario de la saison 2!

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2 – Dark – Netflix

Une série qui ose se prendre au sérieux. En effet, ce village allemand près d’une centrale nucléaire ne respire pas la joie de vivre. La disparition d’un enfant réveille de vieilles histoires notamment la disparition du frère du père du disparu vieille de 33 ans, vous suivez? Des corps d’enfants refont surface sans liens avec les précédents…  Les enjeux changent, les voyages temporels se multiplient et le vrai personnage principal émerge dans les derniers épisodes. Je me suis perdue avec délectation dans cette série qui n’hésite à mêler philosophes allemands et perles musicales des années 1980, la chanson Irgendwie, Irgendwo, Irgendwann de Nena me trotte dans la tête. Vivement la saison 2.

 

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3 – Mindhunter – Netflix 

Une série très intelligente et brillamment construite. Le jeune et ambitieux agent du FBI Holden Ford lance une étude sur la psychologie des criminels condamnés à de très longues peines. Il est épaulé par son collègue Bill Tench et la psychologue Wendy. Ensemble il vont conceptualiser la notion de « tueur par séquence » qui deviendra « tueurs en série » puis l’équipe se sert de son apprentissage pour mener des enquêtes et surtout pour tenter de faire de la prévention des comportements suspects dès l’enfance. La série montre aussi les difficultés et les limites voire les dérives qu’il peut y avoir à vouloir prédire les comportements des personnes. Une saison 2 est prévue!

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4 – The Crown Saison 2 – Netflix

Ce n’est une nouvelle série mais je l’inclus à ce top tant elle est de qualité! Après trois épisodes un peu en huis-clos sur les difficultés du mariage royal, la série s’offre de beaux morceaux de bravoure notamment avec l’épisode 4 « Beryl » centrée sur Margaret et digne d’un film de cinéma ou celui consacré à la visite du couple Kennedy. La reconstitution historique est un travail d’orfèvre.

5- Stranger Things Saison 2 – Netflix

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J’ai retrouvé avec plaisir la bande de gamins dans une saison 2 qui penche davantage vers l’univers Alien. Will est plus présent, sa mère moins hystérique et certains personnages prennent de l’importance comme Jim Hopper ou Steve. Mention spéciale à la petite soeur de Lucas pour la touche humoristique.

J’ai également découvert Las chicas del cable une série très soap opera mais fort sympathique. J’ai apprécié la série 23.11.1963 adaptée d’un roman de Stephen King sur un jeune homme (James Franco) qui tente d’empêcher l’assassinat de JFK. J’ai tenté de me faire l’intégrale de Mad Men que je n’avais jamais vu mais j’avoue que c’est un peu long.  En 2018 je vais tenté de regarder Big Little Lies après en avoir entendu beaucoup de bien.

Sélection Novembre – GPL ELLE 2018

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Le coeur battant de nos mères – Brit Bennett 

      Ce premier roman nous offre une plongée dans une communauté afro-américaine très pieuse de Californie. Quelque chose sonne faux dans cette station balnéaire un peu glauque dans laquelle tout le monde se surveille. C’est dans ce contexte que Nadia Turner doit faire face à 2 bouleversements en 6 mois: sa mère s’est suicidée et elle va subir un avortement. Elle est aussi une jeune femme belle et elle sera la seule de sa génération à intégrer une prestigieuse université. Elle dénote donc dans cette communauté étouffante.

      Le roman a tout pour s’inscrire dans l’air du temps et nous propose le parcours forcément un peu « déchiré » de cette brillante jeune fille. Cependant le récit n’est pas linéaire, l’auteure s’attarde sur la communauté des femmes de la paroisse ainsi que Luke jeune sportif au destin brisé par une blessure et Aubrey jeune femme timide ayant eu une enfance difficile. Nadia est souvent amenée à revenir comme si elle ne pouvait pas se détacher totalement des conséquences de ce fameux été. Les personnages sont décrits avec bienveillance et espoir. Si l’auteure muscle un peu son écriture, une belle carrière s’offre à elle.

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En sacrifice à Moloch – Asa Larsson 

       Un roman qui alterne entre 2 époques et qui plaira au-delà des amateurs de policier nordiques. Ce cinquième tome des enquêtes de la charismatique Rebecka Martinsson traite d’une sorte de malédiction familiale en surjouant sur les rivalités professionnelles dans le domaine de la justice et l’ambiance petit village scandinave. L’enquête contemporaine concerne la mort d’une femme alcoolique vivant avec son petit-fils et son ancêtre une jeune institutrice libérale décédée dans des circonstances troubles au début du XXe siècle.

       Si on comprend rapidement que l’enquête tournera autour d’un secret de famille on s’attache surtout aux personnages. Dans la partie contemporaine, j’ai été touchée par Krister Ericksson enquêteur défiguré et secrètement amoureux de la belle Rebecka. Dans la période consacrée à l’institutrice j’ai beaucoup l’amitié entre celle-ci et et sa colocataire. Les personnages négatifs sont en revanche clairement caricaturaux mais c’est sans doute voulu. Au final, il s’agit d’un roman dépaysant, au rythme un peu lent mais qui se savoure.

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De l’ardeur – Justine Augier

        Justine Augier nous livre un essai très dense sur la militante des droits de l’Homme et pacifiste syrienne Razan Zaitouneh enlevée par des islamistes en 2013. Le parcours de cette avocate remet en perspective la révolution syrienne puis l’apparition de l’Etat Islamique. En effet, avant la révolution, Razan défend gratuitement les opposants au régime syrien qui ironiquement sont souvent des jeunes islamistes issus de quartiers pauvres des grandes villes. Elle s’engage ensuite avec passion dans les manifestations anti-régime puis le pays sombre dans une grande insécurité et cette figure féministe et farouchement indépendante n’est plus en sécurité nulle part.

     L’auteure ne s’est jamais rendue en Syrie et n’a jamais rencontré Razan. Elle a mené une enquête très fouillée en interrogeant les proches de la jeune activiste et d’autres Syriens (réfugiés, activistes), elle a analysé les interventions de son héroïne dans les médias, les articles qu’elle a publié et a visionné des documentaires qu’elle cite plan par plan. La démarche est ambitieuse, respectueuse et portée par une forme d’identification entre Justine Augier et son sujet. Néanmoins, les références multiples et les digressions sur le système quasi-concentrationnaire du régime syrien rendent l’ensemble très dense pour une non-spécialiste de la Syrie. 

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120 battements par minutes

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Synopsis: Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

Chronique: On ne présente plus ce film sorti auréolé d’une critique dithyrambique et récompensé du Grand Prix du Jury au festival de Cannes. La première moitié du film tient toutes ses promesses de plongée au sein d’une association radicale composée de jeunes majoritairement libertaires. Le réalisateur nous plonge dans les AG passionnées avec confrontations, analyse des lobbys pharmaceutiques et idées de manifs marquantes. La présence de la mère d’un jeune hémophile contaminé est très émouvante et participe à la variété des personnages. On ressent le vécu du réalisateur, Robin Campillo, et on comprend que la plupart des personnages sont inspirés de militants qu’il a côtoyé.

Les actions coup de poings impriment la marque de fabrique de cette association. J’ai été très touchée par les enterrements politiques à l’imagine de ceux du XIXè. Ces actions sont très bien filmées. Néanmoins la réalisation est parfois un peu trop maniérée comme les scènes de boîtes de nuit.

Mais avec un tel sujet, le film ne pouvait pas se contenter d’être un combat galvanisant contre l’industrie pharmaceutique. La seconde partie se focalise sur la lente déchéance physique d’un des personnage principaux. J’ai trouvé cette partie moins réussie et trop longue. La description crue de la maladie m’a semblé être une forme de punition du réalisateur pour prendre une revanche sur l’aveuglement de la société qui a longtemps fermé les yeux sur la maladie. Le film souffre également de scènes assez répétitives.

Globalement, ce film retranscrit très efficacement cette période charnière dans la lutte contre les ravages du Sida. Un montage un peu plus « court » aurait tout même permis au film d’un encore plus percutant.